Nelson Mandela a joué un rôle de médiateur clé dans le conflit burundais, contribuant de manière significative aux négociations des Accords d'Arusha pour la paix et la réconciliation. Ces accords, qui ont marqué un tournant dans l'histoire du Burundi, ont été négociés entre deux groupes principaux : le G10, majoritairement Tutsi, et le G7, majoritairement Hutu. Au cours de ces pourparlers intenses, Nelson Mandela a délivré un avertissement clair et prémonitoire, déclarant : "Tant que le pouvoir politique, militaire, économique, se trouve dans les mains d’une poignée de gens, et que la grande majorité est exclue, sachez que le Burundi ne sera jamais stable." Cette déclaration soulignait la nécessité impérieuse d'une répartition équitable du pouvoir et des ressources pour garantir une stabilité durable. Ces négociations visaient précisément à asseoir les bases d'une paix durable en s'attaquant aux racines profondes des divisions et des inégalités qui avaient alimenté le conflit. Le premier protocole des accords d'Arusha mettait d'ailleurs un accent particulier sur le principe fondamental du "plus jamais ça", une aspiration à rompre définitivement avec les cycles de violence passés.
Les Principes Fondateurs des Accords
Les Accords d'Arusha s'articulent autour de quatre principes directeurs fondamentaux, posant les bases d'un nouveau cadre institutionnel et social pour le Burundi. Ces principes étaient conçus pour transformer en profondeur la gouvernance et la société burundaise.
Le premier de ces principes est le « plus jamais ça », une formule puissante qui a guidé l'instauration de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) dans le pays. Léonce Ngendakumana, ancien président de l'Assemblée nationale, a souligné que ce principe est inscrit de manière explicite dans le tout premier protocole des accords. Selon lui, « Il y a d’abord le plus jamais ça, qui est écrit dans le tout premier protocole. C’est ce principe qui a » conduit à la création de la CVR, marquant une volonté politique forte de rompre avec les cycles de violence passés et de jeter les bases d'une réconciliation nationale. Ce principe visait à garantir que les atrocités passées ne se reproduisent jamais, en reconnaissant les souffrances des victimes et en cherchant la vérité sur les événements tragiques.
La démocratie et la bonne gouvernance constituent le deuxième principe fondamental des accords. Ce volet vise à établir des institutions transparentes, inclusives et représentatives, garantissant la participation pleine et entière de tous les citoyens à la vie politique et décisionnelle du pays. L'objectif était de passer d'un système de pouvoir concentré à une gouvernance partagée, respectueuse des droits de l'homme et de l'État de droit. La mise en œuvre de ce principe devait se traduire par des élections libres et équitables, une séparation des pouvoirs effective et une lutte efficace contre la corruption.
Le troisième principe concerne la réorganisation en profondeur des forces de sécurité. Il stipule que l'armée, la police et les services de renseignement doivent impérativement être nationaux, loyaux, professionnels et républicains. Cette disposition clé visait à s'assurer qu'ils ne soient pas au service d'une ethnie, d'un parti politique ou d'une région spécifique, comme cela avait pu être le cas par le passé, mais qu'ils agissent exclusivement dans l'intérêt supérieur de l'ensemble de la nation. La réforme du secteur de la sécurité était considérée comme essentielle pour prévenir de futurs conflits et pour instaurer un climat de confiance entre l'État et la population.
Enfin, le quatrième principe est entièrement dédié à la réhabilitation des victimes du conflit et à la reconstruction du pays. Il prévoit des mesures concrètes pour accompagner les personnes affectées par le conflit, qu'il s'agisse de soutien psychologique, d'aide à la réinsertion ou de réparations matérielles. Parallèlement, ce principe met l'accent sur la restauration des infrastructures détruites et le développement économique, contribuant ainsi de manière significative à la stabilité à long terme et au développement post-conflit du Burundi. Ces principes, dans leur ensemble, visaient à bâtir une société plus juste, plus équitable et durablement pacifique.
La Méthodologie de Médiation de Mandela
Nelson Mandela a utilisé une approche de médiation qu'il a lui-même décrite comme « l’usage du bâton et de la carotte ». Cette méthodologie, caractérisée par une combinaison de fermeté et d'encouragement, s'est manifestée de manière palpable à Arusha, en Tanzanie, où l'ancien président de l'Afrique du Sud a rencontré divers acteurs clés du conflit, dont Léonce Ngendakumana, ancien président de l'Assemblée nationale. Léonce Ngendakumana a rappelé avec précision le message direct et sans équivoque que Mandela a adressé aux négociateurs burundais : « Tant que le pouvoir politique, militaire, économique, se trouve dans les mains d’une poignée de gens, et que la grande majorité est exclue, sachez que le Burundi ne sera jamais stable. » Ce constat lucide soulignait la nécessité impérieuse d'une répartition équitable du pouvoir et des opportunités pour garantir une stabilité durable et éviter toute résurgence des tensions. Léonce Ngendakumana a également indiqué que cette approche, bien que ferme dans ses exigences, n'était pas toujours immédiatement acceptée ou « digérée » par toutes les parties prenantes, notamment les partis regroupés au sein du G10, qui ont parfois manifesté une réticence face à certaines propositions. La détermination de Mandela à pousser les parties vers un compromis était cependant inébranlable, combinant la persuasion et une pression diplomatique subtile.
Évaluation Actuelle par Léonce Ngendakumana
Léonce Ngendakumana, en tant qu'ancien président de l'Assemblée nationale et témoin privilégié des négociations d'Arusha, évalue la mise en œuvre des Accords d'Arusha avec une perspective critique et une certaine désillusion. Il estime que la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), dont la création était l'une des pierres angulaires des accords, ne s'acquitte pas correctement de sa mission fondamentale. Selon M. Ngendakumana, le principe « plus jamais ça », inscrit dans le tout premier protocole des accords et ayant conduit à la création de la CVR, n'est pas respecté dans la pratique, ce qui compromet les objectifs de réconciliation et de prévention des conflits futurs.
L'ancien président de l'Assemblée nationale affirme également que le Burundi n'a pas encore atteint les objectifs ambitieux de démocratie et de bonne gouvernance qui avaient été clairement établis par les accords. Il observe avec inquiétude que certains estiment même que le pays est en train de revenir à un système de parti unique, soulignant une régression significative par rapport aux aspirations initiales des accords d'Arusha à une gouvernance plus inclusive et participative. Cette dérive, si elle se confirmait, irait à l'encontre de l'esprit même des négociations qui visaient à ouvrir l'espace politique.
M. Ngendakumana juge par ailleurs que l'armée, la police et les services de renseignement ne sont pas devenus des institutions véritablement nationales et républicaines, comme le prévoyaient les accords. Il dénonce leur manipulation à des fins égoïstes et sectaires, une situation qui contredit fondamentalement l'esprit de professionnalisme, de loyauté républicaine et de neutralité prôné par les Accords d'Arusha. Cette instrumentalisation des forces de sécurité représente, selon lui, un danger persistant pour la stabilité du pays.
Enfin, Léonce Ngendakumana constate avec regret que les victimes des atrocités survenues au Burundi n'ont pas encore bénéficié d'une réhabilitation adéquate, un autre pilier essentiel des accords qui, selon son analyse, est resté lettre morte. L'absence de soutien suffisant pour les survivants et de mesures réparatrices complètes entrave le processus de guérison nationale et de justice.
Recommandations et Pertinence Contemporaine
Face à ces constats, Léonce Ngendakumana, ancien président de l'Assemblée nationale, formule des recommandations pressantes. Il exhorte les dirigeants actuels du Burundi à réexaminer attentivement, à respecter scrupuleusement et à mettre en œuvre pleinement les Accords d'Arusha, tout en les évaluant et en les adaptant de manière intelligente au contexte actuel du pays. Une telle démarche, selon lui, est indispensable pour redonner un sens à l'héritage de Mandela et pour garantir un avenir pacifique au Burundi.
Cette exhortation résonne d'autant plus que l'héritage de Nelson Mandela, figure emblématique de la paix et de la réconciliation, continue d'être célébré et rappelé à travers le monde. Parallèlement, des incidents préoccupants de xénophobie sont rapportés en Afrique du Sud, le pays même de Mandela, où des Sud-Africains noirs seraient en train d'expulser d'autres personnes noires. Ces événements soulignent la fragilité des acquis et la nécessité constante de promouvoir les valeurs de tolérance et d'unité que Mandela a incarnées.
L'héritage de Nelson Mandela est par ailleurs commémoré annuellement à l'échelle mondiale. L'UNESCO a officiellement proclamé le Nelson Mandela Day le 10 novembre 2009, reconnaissant ainsi l'impact universel de son combat. Cette journée spéciale est célébrée chaque année le 18 juillet, date de naissance de Mandela, et appelle chacun à consacrer 67 minutes de son temps au service communautaire. Ces 67 minutes symbolisent les 67 années que Mandela a dédiées à la lutte pour la justice sociale et la liberté. Ces commémorations servent de rappel puissant que les principes de paix, de justice et de dignité humaine, pour lesquels Mandela s'est battu, restent d'une pertinence capitale pour le Burundi et pour le monde entier. Le respect de l'esprit des Accords d'Arusha serait une manière concrète pour le Burundi de rendre hommage à cet héritage.