Manifestations massives en RDC contre une potentielle révision constitutionnelle

Des milliers de personnes ont manifesté le mardi 28 juillet 2026 à Goma, au Nord-Kivu, et à Bukavu, au Sud-Kivu, pour dénoncer un projet de révision de la Constitution attribué aux autorités congolaises. Cette journée de mobilisation a vu une participation significative dans ces deux villes clés de l'est de la République Démocratique du Congo. À Goma, des dizaines de milliers de personnes se sont mobilisées dans les principales artères de la ville, transformant les rues en un vaste cortège de protestation. Parallèlement, à Bukavu, la société civile a organisé une marche pacifique pour exprimer son opposition à un potentiel changement constitutionnel, soulignant ainsi une convergence des préoccupations citoyennes. Ce mouvement de contestation s'inscrit dans un contexte de tensions politiques et sécuritaires croissantes autour de la potentielle modification de la loi fondamentale du pays, une perspective qui suscite de vives inquiétudes quant à l'avenir institutionnel de la RDC.

Les revendications des manifestants

Les messages affichés par les manifestants à Bukavu exprimaient des préoccupations claires et unanimes. Des pancartes portaient les inscriptions « Nous voulons la paix », appelant à la cessation des conflits qui ravagent la région. D'autres affichaient fermement « Non au changement de la Constitution », marquant un rejet catégorique de toute tentative de modification de la loi fondamentale. Enfin, la phrase « Non à la balkanisation de la RDC » reflétait une profonde inquiétude quant à l'intégrité territoriale et la stabilité politique du pays, craignant une fragmentation ou une division du territoire national. Ces slogans mettaient en lumière la volonté des citoyens de préserver l'unité et la souveraineté congolaises.

À Goma, les manifestants brandissaient également des affiches avec des messages explicites tels que « Non au changement de la Constitution en RDC », réaffirmant l'opposition à toute révision constitutionnelle. Les revendications portaient aussi sur la sécurité avec les slogans « Nous voulons la paix et une sécurité durable », soulignant l'urgence de stabiliser la région. Une autre pancarte significative affirmait « Non au retour de l’insécurité à Goma et dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23 », désignant spécifiquement les zones affectées par les groupes armés. Ces slogans mettaient en lumière l'opposition à toute modification constitutionnelle et l'exigence pressante de sécurité dans les régions affectées par les conflits, perçue comme la priorité absolue.

Les participants à ces rassemblements ont affirmé avec insistance que les autorités congolaises devraient se concentrer prioritairement sur les questions de sécurité, qui affectent directement des millions de citoyens, ainsi que sur les défis sociaux et économiques persistants, plutôt que de s'engager dans une révision de la loi fondamentale. Cette position soulignait la perception largement partagée selon laquelle les besoins immédiats de la population, tels que la protection des vies, l'accès aux services de base et l'amélioration des conditions de vie, devaient passer avant d'éventuelles réformes institutionnelles. Ils ont également exigé le retour de la paix, l'instauration d'un dialogue inclusif entre toutes les parties prenantes, et ont rejeté catégoriquement toute idée de « balkanisation » de la République Démocratique du Congo, insistant sur l'unité et la souveraineté du pays.

La manifestation de Bukavu, empreinte de calme et de discipline, a été saluée par le gouverneur du Sud-Kivu, Patrick Busu Bwa Ngwi. Il a félicité le caractère pacifique du rassemblement, soulignant la maturité civique des participants, et s'est engagé à transmettre les préoccupations exprimées par la population aux autorités compétentes au niveau national. Les manifestants de Bukavu ont marché de manière ordonnée jusqu'au gouvernorat du Sud-Kivu, où ils ont remis un mémorandum détaillé leurs doléances et leurs attentes. Ce document officiel vise à formaliser les revendications de la société civile auprès des instances gouvernementales, garantissant ainsi que leurs préoccupations soient entendues et prises en considération.

Contexte politique et sécuritaire tendu

Ces mobilisations interviennent dans un contexte de débat intense sur l'avenir institutionnel de la République Démocratique du Congo (RDC), un débat alimenté par les tensions politiques et la situation sécuritaire précaire dans l'est du pays. La Constitution congolaise, en vigueur, limite le mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable une seule fois de manière consécutive. Cette disposition est un pilier de la démocratie congolaise, visant à prévenir l'accumulation excessive de pouvoir et à garantir l'alternance. Le président Félix Tshisekedi a été élu une première fois en décembre 2018 et réélu en décembre 2023, effectuant actuellement son second mandat présidentiel. Toute tentative de modifier cette clause constitutionnelle est donc perçue comme une menace directe à la stabilité démocratique du pays.

Parallèlement, les villes de Goma et Bukavu, où se sont déroulées les manifestations massives, sont sous le contrôle de la coalition rebelle Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 Mars (AFC/M23) depuis 2025. Cette situation complexe ajoute une couche de précarité et d'urgence aux revendications des manifestants. Cette coalition rebelle est dirigée par Corneille Nangaa, l'ancien président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), ce qui confère une dimension politique particulière à ce mouvement armé. L'AFC/M23 défend la mise en place d'un État fédéral en RDC, une proposition qui, bien que ne soit pas directement liée à la révision constitutionnelle dénoncée par les manifestants, participe au débat plus large sur l'organisation institutionnelle du pays.

Les autorités congolaises accusent fermement le Rwanda de soutenir la rébellion de l'AFC/M23, une allégation que Kigali dément catégoriquement. Cette accusation, récurrente, est au cœur des tensions diplomatiques et militaires régionales. Des rapports d'experts des Nations unies ont affirmé l'année dernière la présence de 5 000 à 7 000 soldats rwandais aux côtés de l'AFC/M23, fournissant des éléments concrets à ces allégations. Cette situation exacerbe la crise sécuritaire dans l'est du pays. La partie orientale du pays est également le théâtre de violences armées continues, incluant des attaques attribuées aux Forces Démocratiques Alliées (ADF), un groupe d'origine ougandaise, ce qui complexifie davantage le tableau sécuritaire et humanitaire de la région.

Réactions et critiques envers les institutions

Les manifestants ont exigé le retour de la paix, l'instauration d'un dialogue inclusif entre toutes les parties prenantes de la société congolaise, et ont rejeté toute idée de « balkanisation » de la République Démocratique du Congo, affirmant leur attachement à l'unité nationale. Certains participants aux rassemblements ont même appelé ouvertement au départ du président Félix Tshisekedi plutôt qu'à une modification constitutionnelle, reflétant une profonde lassitude face à la situation actuelle et un désir de changement radical. À Goma, les organisateurs de la marche ont remis un mémorandum au chef de bureau de la MONUSCO, la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC, faisant état de leurs préoccupations. Ce document exprimait notamment l'opposition ferme à toute initiative de révision constitutionnelle et incluait des demandes urgentes relatives à l'amélioration de la situation sécuritaire dans l'est du pays, particulièrement touché par les conflits.

Certains protestataires ont dirigé des slogans virulents contre les Nations unies et la MONUSCO, accusant la mission de ne pas protéger efficacement les civils malgré sa présence de longue date dans la région. Ces allégations reflètent une frustration grandissante au sein de la population face à l'insécurité persistante et aux violences dont elle est victime. Des manifestants ont également mis en cause les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), l'armée nationale, bien que ces accusations n'aient pas été étayées par des éléments vérifiables sur le terrain. La contestation met ainsi en lumière un sentiment de méfiance généralisée envers plusieurs institutions, perçues comme défaillantes dans leur mission de protection et de gouvernance, exacerbant le sentiment d'abandon et d'impuissance des populations.

Portée et perspectives futures

L'ampleur de la mobilisation est un indicateur clé de l'état d'esprit de la population. Les organisateurs des manifestations ont avancé le chiffre de plus de 100 000 participants pour l'ensemble des rassemblements, une estimation qui n'a pas pu être vérifiée de manière indépendante par les observateurs sur place. Ce nombre, s'il était confirmé, témoignerait d'une mobilisation significative et d'un mécontentement populaire profond dans les villes concernées par les rassemblements. La portée réelle de ce mouvement reste à évaluer face aux dynamiques politiques complexes du pays et à la capacité des autorités à répondre aux préoccupations exprimées. La forte participation suggère une base large pour les revendications, mais leur impact dépendra de la suite donnée par le gouvernement.

Les prochaines élections présidentielle, législatives nationales et provinciales sont prévues pour décembre 2028. Cette échéance électorale majeure pourrait influencer considérablement la persistance ou l'évolution des mouvements de contestation, notamment si les préoccupations actuelles de la population, telles que la sécurité, la stabilité constitutionnelle et le développement économique, ne trouvent pas de réponses satisfaisantes d'ici là. Le calendrier politique à venir constitue ainsi un horizon clé pour les revendications exprimées lors de ces mobilisations, offrant la possibilité d'une résolution politique ou, au contraire, d'une intensification des tensions si les attentes populaires ne sont pas prises en compte. La période d'ici 2028 sera donc déterminante pour l'avenir politique et social de la République Démocratique du Congo.