À l'occasion de la Journée mondiale des réfugiés, célébrée le 20 juin, Marguerite Barankitse, réfugiée burundaise depuis plus de onze ans, a accordé un entretien en mai à Amjambo Africa, un média communautaire basé dans le Maine, aux États-Unis. La fondatrice de Maison Shalom, qui a quitté le Burundi après la crise de 2015, a reçu son huitième doctorat honorifique de l'Université Catholique de Notre Dame à South Bend, Indiana. Barankitse a déploré la situation de ses compatriotes, affirmant que « Personne n’a le droit d’exiler presque un demi-million de Burundais ». Elle a également insisté sur la dignité des réfugiés, déclarant que « Le réfugié est une personne humaine normale vivant dans une situation anormale ». Barankitse a appelé les réfugiés à se préparer à « rebâtir leur pays » et a souligné que « Les migrants enrichissent les pays qui les accueillent ».
Le poids de l'exil et de l'injustice
Marguerite Barankitse a été condamnée par contumace à la prison à vie, assortie de vingt années supplémentaires. Les autorités burundaises l'accusent d'avoir participé au coup d'État manqué de mai 2015 et d'avoir soutenu les manifestations précédant cet événement, dirigées contre le président Pierre Nkurunziza. Marguerite Barankitse a rejeté ces accusations, les qualifiant de sans fondement. Ses biens personnels ainsi que les comptes de l'organisation Maison Shalom au Burundi ont été saisis et gelés à la suite de ces allégations, une décision qui a paralysé une grande partie de son travail humanitaire dans le pays.
« Perdre son identité et ne pas avoir un pays, c’est le plus grand crime que l’on peut infliger à quelqu’un », a déclaré Marguerite Barankitse, évoquant la gravité de son exil et de la situation des nombreux Burundais contraints de fuir leur patrie. Elle a ajouté que cette situation la « chagrine », mais qu'elle constitue également « sa résistance ». Pour elle, c'est « sa façon d’appeler les Burundais à réclamer leur dignité », une dignité qu'elle estime bafouée par les circonstances politiques et les accusations portées contre elle. Malgré les épreuves et la perte de ses biens, Marguerite Barankitse a affirmé avec conviction : « Je ne suis pas une femme amère », soulignant sa détermination à poursuivre son engagement.
La réalité des camps et des réfugiés
Des centaines de milliers de réfugiés burundais sont établis en Tanzanie, au Rwanda, en Ouganda, au Kenya et en République Démocratique du Congo, constituant une diaspora importante et confrontée à des défis multiples. Le camp de Mahama, situé au Rwanda, accueille à lui seul plus de 70 000 réfugiés burundais et congolais, illustrant l'ampleur des déplacements de population dans la région. Marguerite Barankitse a insisté sur la dignité intrinsèque des personnes en exil, affirmant avec force que « Le réfugié est une personne humaine normale vivant dans une situation anormale ». Cette déclaration vise à déconstruire les stéréotypes et à rappeler l'humanité fondamentale de chaque individu, quelle que soit sa situation.
Malgré ces réalités et la présence de communautés organisées dans les camps, l'accès à l'éducation, aux soins de santé, à l'emploi et à une protection juridique durable reste souvent limité pour de nombreux réfugiés burundais. Ces restrictions entravent leur capacité à reconstruire leur vie et à contribuer pleinement aux sociétés d'accueil. Marguerite Barankitse a exprimé sa vision des camps, déclarant : « Je refuse de parler de camp. C’est une cité », soulignant ainsi le potentiel de vie et de communauté au sein de ces structures, et la nécessité de les percevoir non pas comme des lieux de simple survie, mais comme des espaces où la vie sociale et économique peut s'organiser.
La militante burundaise a également abordé la perception de sa propre situation, demandant : « Voyez-vous une femme dépressive en me regardant ? », une question posée dans le contexte de son propre exil et des défis qu'elle rencontre. Cette interrogation rhétorique vise à montrer sa résilience et son refus de se laisser abattre par les adversités. Elle a affirmé avec force : « Je ne suis pas une femme amère », malgré les épreuves personnelles et l'injustice qu'elle a subies, réitérant son message d'espoir et de détermination.
Marguerite Barankitse a appelé les réfugiés à se préparer pour l'avenir, les exhortant : « Ils doivent apprendre de bonnes choses, créer, entreprendre et se préparer à rebâtir leur pays ». Elle a souligné l'importance de l'autonomisation et du développement des compétences pour ceux qui sont en exil, afin qu'ils puissent non seulement subvenir à leurs besoins, mais aussi jouer un rôle actif dans la future reconstruction de leur nation. Elle a également mis en avant la contribution des migrants aux sociétés d'accueil, déclarant que « Les migrants enrichissent les pays qui les accueillent », plaidant pour une reconnaissance de leur valeur ajoutée.
Vision pour l'avenir des réfugiés
Marguerite Barankitse a exprimé sa conviction que les réfugiés devraient se former, innover, entreprendre et se préparer activement à la reconstruction de leur pays d'origine. Cette vision s'inscrit dans un appel plus large à la dignité et à l'autonomie des personnes déplacées, les encourageant à être des acteurs de leur propre destin plutôt que de simples bénéficiaires d'aide. Barankitse a interrogé la situation des migrants à l'échelle mondiale, demandant avec gravité : « Combien de personnes meurent aujourd’hui dans les mers et les océans parce qu’on leur ferme les portes ? », soulignant ainsi les conséquences humaines dramatiques des restrictions migratoires et des politiques d'accueil restrictives.
L'activiste a également mis en avant la contribution positive des personnes en exil aux sociétés d'accueil. « Les migrants enrichissent les pays qui les accueillent », a affirmé Marguerite Barankitse, plaidant pour une reconnaissance de leur valeur ajoutée économique, sociale et culturelle, au-delà de leur statut de réfugiés. Elle a insisté sur l'importance de ne pas les percevoir uniquement comme des fardeaux, mais comme des acteurs potentiels de développement, capables d'apporter de nouvelles perspectives et compétences. Pour elle, cette contribution est souvent sous-estimée ou ignorée.
Face à ces enjeux, des organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement les pressions exercées sur les réfugiés burundais en Tanzanie pour qu'ils acceptent des rapatriements. Ces pressions soulèvent des questions sur le caractère véritablement volontaire de ces retours et sur le respect des principes de non-refoulement, alors que la situation politique et sécuritaire au Burundi reste une préoccupation pour de nombreux exilés. Ces organisations appellent à une vigilance accrue pour garantir que les décisions de retour soient prises librement et en toute connaissance de cause, sans contrainte.
Marguerite Barankitse a précédemment déclaré que les réfugiés « doivent apprendre de bonnes choses, créer, entreprendre et se préparer à rebâtir leur pays ». Elle a également affirmé ne pas être une « femme amère » malgré les épreuves de son propre exil, qui, selon elle, constitue sa « résistance » et sa « façon d’appeler les Burundais à réclamer leur dignité ». Elle a ajouté que « perdre son identité et ne pas avoir un pays, c’est le plus grand crime que l’on peut infliger à quelqu’un », décrivant cette situation comme la chose qui la « chagrine » le plus profondément, tout en renforçant sa détermination à lutter pour un avenir meilleur pour tous les réfugiés. Sa présence et ses prises de parole continuent de porter la voix de ceux qui sont contraints à l'exil, rappelant au monde la nécessité de préserver la dignité humaine en toutes circonstances.