Muyinga : la pénurie d'eau chronique menace la santé publique

Au lac Nagitamo, des habitants puisent de l’eau directement dans le lac, une réalité quotidienne qui témoigne des défis persistants liés à l’accès à l’eau potable pour les communautés riveraines. Non loin, à Muyinga, dans la province de Buhumuza, plusieurs quartiers font face à une pénurie persistante d’eau potable qui inquiète les habitants.
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

À Muyinga, dans la province de Buhumuza, située au nord-est du Burundi, la pénurie d'eau potable s'est transformée en un calvaire quotidien pour ses habitants. Cette situation préoccupante menace gravement la santé publique, les résidents craignant des épidémies dévastatrices. Ils redoutent notamment le choléra, la dysenterie et d'autres maladies hydriques potentiellement mortelles. La difficulté d'accès à l'eau potable pèse lourdement sur la vie des communautés locales, impactant non seulement leur bien-être physique mais aussi leur quotidien socio-économique.

Le quotidien des habitants affectés

Le manque d'eau, une situation persistante depuis plusieurs années selon des témoignages locaux, nourrit désormais des craintes de crise sanitaire majeure dans cette ville. La population est contrainte de s'adapter à cette réalité difficile, parfois au détriment de sa propre santé et de celle de ses enfants. Face à l'absence de sources d'eau fiables et traitées, de nombreux foyers sont poussés à des choix risqués. Une femme d'une soixantaine d'années a confié, avec une résignation palpable, que "durant la saison des pluies, nous sommes obligés de boire de l'eau de pluie. Nous savons que ce n'est pas propre, mais nous n'avons pas d'autre choix." Cette dépendance à des sources non traitées, souvent contaminées, accroît considérablement les risques d'épidémies de maladies hydriques.

Cette situation est d'autant plus préoccupante que certains hôtels, notamment ceux situés à Kibogoye, seraient priorisés dans la distribution d'eau. Cette allégation, largement partagée par les habitants, soulève de sérieuses questions sur l'équité de l'accès à cette ressource vitale pour l'ensemble de la population de Muyinga. Les résidents se sentent délaissés, confrontés à une gestion de l'eau qui semble privilégier des intérêts commerciaux au détriment des besoins fondamentaux des ménages. La précarité de l'approvisionnement en eau potable affecte le quotidien de nombreux foyers, qui doivent souvent parcourir de longues distances sous un soleil ardent pour obtenir de l'eau, ou se contenter de sources jugées impropres à la consommation, augmentant ainsi leur exposition aux maladies.

Accusations contre Regideso

Dans plusieurs quartiers du centre urbain de Muyinga, notamment Swahili, Kinyota et Mukoni, les robinets restent fréquemment à sec pendant de longues périodes, parfois plusieurs jours d'affilée. Cette situation exacerbe la crise, poussant les habitants à chercher des alternatives coûteuses et souvent insalubres. Le prix d'un jerrican de 20 litres a grimpé en flèche dans ces zones, atteignant actuellement 1 500 francs burundais, alors qu'il se situait auparavant entre 500 et 700 francs. Cette augmentation représente un fardeau financier considérable pour les ménages, en particulier pour les plus démunis, qui doivent désormais consacrer une part disproportionnée de leurs revenus à l'achat d'eau.

Les résidents accusent ouvertement la Regideso, l'entreprise publique chargée de la gestion de l'eau, de ne pas assurer une distribution équitable de l'eau. Ils dénoncent également des pratiques de favoritisme dans l'approvisionnement, affirmant que certaines zones ou certains clients bénéficient d'un accès privilégié au détriment des autres. Ces allégations soulignent une défiance croissante envers l'entreprise, dont la mission est pourtant de garantir un service public accessible à tous. La rareté de l'eau et les coûts élevés forcent les populations à des choix difficiles pour leur consommation quotidienne, les poussant parfois à renoncer à l'hygiène ou à la consommation d'eau potable pour d'autres besoins essentiels.

Conditions d'hygiène alarmantes

Le quartier Swahili, qui, selon l'administration locale, abrite plus de la moitié de la population du centre urbain, fait partie des zones les plus durement touchées par le manque d'eau. Cette situation y crée un risque sanitaire accru pour un grand nombre d'habitants, rendant la vie quotidienne particulièrement difficile. La difficulté d'accès à l'eau potable dans ce quartier densément peuplé oblige les résidents à des compromis sur l'hygiène personnelle et domestique, favorisant ainsi la propagation rapide de maladies infectieuses. Les pratiques d'hygiène de base, comme le lavage régulier des mains ou la désinfection des surfaces, deviennent un luxe inaccessible.

Au lycée communal de Muyinga, situé dans le quartier de Kinyota, les élèves et les enseignants décrivent des conditions d'hygiène particulièrement préoccupantes. L'absence d'eau courante ou son approvisionnement irrégulier affectent directement la propreté des sanitaires et la capacité à maintenir des standards d'hygiène de base dans l'établissement scolaire. Cette situation met en péril la santé des jeunes et du personnel éducatif, selon plusieurs témoignages concordants, augmentant le risque de maladies au sein de la communauté scolaire. Les élèves sont contraints d'étudier dans un environnement qui ne garantit pas leur sécurité sanitaire, ce qui peut avoir un impact négatif sur leur assiduité et leurs performances scolaires.

Appels à l'aide et solutions urgentes

La menace des maladies hydriques s'intensifie à Muyinga, où la pénurie d'eau chronique représente un danger croissant pour la santé publique. Les autorités locales et nationales sont interpellées par la population pour trouver des solutions durables à cette crise qui s'aggrave. Cette situation n'est malheureusement pas propre à Muyinga ; dans plusieurs autres régions du Burundi, les résidents dénoncent également des pénuries récurrentes d'eau potable. Des localités telles que Nyamabuye, Kigoma, Bugabira, Nyanza, Kayogoro, Gitega et Rumonge sont également confrontées à des défis similaires, selon des témoignages locaux. L'urgence d'une intervention coordonnée et efficace pour garantir l'accès à l'eau potable pour tous les citoyens burundais est désormais plus pressante que jamais. Sans un approvisionnement fiable en eau, la prévention des épidémies et l'amélioration des conditions de vie restent des objectifs inatteignables pour ces communautés vulnérables.