Le camp de Nyarugusu, qui abritait plus de 50 000 réfugiés burundais il y a moins d'un an, est désormais presque vide. Nyarugusu est actuellement le dernier site en Tanzanie à accueillir des réfugiés en provenance du Burundi, marquant une étape significative dans la gestion des populations déplacées dans la région. Cette situation contraste fortement avec la capacité d'accueil initiale du camp, soulignant l'ampleur des mouvements de rapatriement qui ont eu lieu.
Accélération des opérations de rapatriement
Les opérations de rapatriement des réfugiés burundais se sont intensifiées au cours des deux derniers mois, avec une accélération notable des départs. Cette intensification s'inscrit dans le cadre d'une volonté des autorités tanzaniennes de finaliser le processus de retour. Initialement, la fermeture du camp de Nyarugusu était prévue pour le 30 juin 2026, une date butoir qui avait été fixée pour organiser le départ des derniers résidents. Cependant, face à la persistance d'un certain nombre de réfugiés, une prolongation d'un mois a été accordée spécifiquement pour achever les opérations de rapatriement, repoussant ainsi la date limite pour la fermeture complète du camp. Cette décision témoigne de la complexité logistique et humaine des retours de populations à grande échelle.
Aide humanitaire suspendue, inquiétudes croissantes
L'aide humanitaire du Programme alimentaire mondial (PAM) a été suspendue pour les réfugiés burundais restants à Nyarugusu depuis environ deux mois. Cette suspension intervient alors que les autorités tanzaniennes estiment que le processus de rapatriement est largement avancé. Elles considèrent que les réfugiés burundais restants « ne sont pas nombreux », une affirmation qui reflète la volonté de conclure rapidement les opérations et de réduire les coûts associés à l'assistance. Selon les déclarations officielles, la diminution drastique du nombre de résidents justifierait cette réduction de l'aide.
Le président du camp, représentant le ministère tanzanien de l'Intérieur, a pour sa part déclaré le week-end dernier que les « quelques centaines de Burundais » encore présents devaient être rapatriés « dans la semaine ». Cette déclaration note l'urgence perçue par les responsables locaux concernant la finalisation du retour des populations dans leur pays d'origine et met une pression considérable sur les derniers occupants. La situation des réfugiés restants, privés d'assistance alimentaire, soulève des inquiétudes quant à leurs conditions de vie et leur capacité à subvenir à leurs besoins avant un éventuel rapatriement forcé ou volontaire. La pression s'accentue sur ces derniers résidents du camp, confrontés à un avenir incertain et à des ressources limitées. Les organisations humanitaires et les défenseurs des droits de l'homme s'inquiètent des conséquences de cette suspension d'aide sur des populations déjà vulnérables.
Contexte du retour et du non-refoulement
Les autorités tanzaniennes ont indiqué que les réfugiés dont la sécurité serait menacée par un retour au Burundi « ne sont pas nombreux » et pourraient être transférés dans la section du camp occupée par les réfugiés congolais. Cette option est envisagée alors que la pression s'accentue pour vider le camp de Nyarugusu et que les autorités cherchent des solutions pour les cas les plus sensibles. Cette proposition vise à concilier la volonté de fermeture du camp avec les obligations de protection internationale. Face à cette situation, les réfugiés invoquent le principe de non-refoulement, qui interdit de renvoyer des personnes vers des pays où elles risquent des persécutions ou de graves menaces. Ce principe est une pierre angulaire du droit international des réfugiés, garanti par plusieurs conventions internationales, et sa violation potentielle est une source de vive préoccupation pour les organisations humanitaires.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a pour sa part déclaré avoir concentré ses efforts sur le rapatriement, l'aide au retour et la réintégration au Burundi. Cette approche met l'accent sur le retour volontaire comme solution durable privilégiée, mais elle soulève des questions pour ceux qui craignent toujours pour leur sécurité dans leur pays d'origine. Le HCR fournit également des « paquets de retour » pour faciliter la réinstallation et l'intégration des rapatriés, dans l'espoir de garantir un retour digne et durable. Les efforts du HCR sont orientés vers la facilitation des retours, tout en tentant de maintenir le respect des droits des réfugiés restants, notamment le droit à ne pas être renvoyé de force vers un danger.
Réactions des réfugiés et avenir incertain
Moins de 200 Burundais demeurent actuellement dans le camp de Nyarugusu, un chiffre qui témoigne de l'efficacité des opérations de rapatriement menées ces derniers mois. Le président du camp, représentant le ministère tanzanien de l'Intérieur, a annoncé le week-end dernier que « l’exercice volontaire » de rapatriement était achevé à plus de 90%. Il a ajouté qu'il ne restait que « quelques centaines de Burundais » et que leur départ devait être finalisé « d’ici une semaine », réitérant son appel à un « usage public » des infrastructures du camp. Cette déclaration met en lumière les intentions des autorités de réaffecter les terrains et les bâtiments du camp une fois celui-ci vidé de ses occupants burundais, soulignant l'aspect définitif de la fermeture.
Parallèlement, près de 200 000 réfugiés burundais vivent encore dans plusieurs pays de la région, dont l'Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda, la République démocratique du Congo (RDC), le Kenya, la Zambie et le Malawi. Cette diaspora importante indique que malgré les efforts de rapatriement, une partie significative des populations déplacées n'a pas encore pu ou voulu retourner dans son pays d'origine. Le camp de Nyarugusu accueille également des réfugiés congolais qui ont fui les violences dans l'est de la République démocratique du Congo, ce qui complexifie la gestion du site et la distinction entre les différentes populations réfugiées. Avant cela, le camp de Nduta, un autre site majeur d'accueil pour les réfugiés burundais en Tanzanie, avait fermé ses portes fin avril 2026, transférant une partie de ses résidents vers Nyarugusu ou facilitant leur rapatriement, ce qui a accentué la pression sur Nyarugusu en tant que dernier refuge. La situation des derniers réfugiés burundais à Nyarugusu reste donc précaire, entre la pression au rapatriement, la suspension de l'aide et les incertitudes quant à l'application du principe de non-refoulement.