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Le 2 septembre 2026, le président kényan William Ruto a prononcé un discours appelant à la fermeture des petites entreprises gérées par des étrangers, déclenchant une vague de rapatriements forcés de Burundais du Kenya. Cette intervention présidentielle a créé un climat d'incertitude et de peur parmi la communauté étrangère. Ce discours a précédé l'expulsion de 410 Burundais de Nairobi par les autorités kényanes. Une part importante des Burundais présents à Nairobi exerçait des activités de vente ambulante, constituant une cible directe des mesures annoncées. En réaction à cette situation, les organisations Olucome, Abuco, ONLCT « où est ton frère ? » et Aluchoto ont signé une lettre dénonçant ces expulsions et leurs conséquences.
Tensions et départs forcés
Plusieurs Burundais, principalement des vendeurs de rue, sont rentrés au Burundi après le discours du président William Ruto. Ces retours massifs témoignent de l'impact immédiat des déclarations présidentielles sur la vie quotidienne des expatriés. Un commerçant burundais, Rodrigue Uwimana, a témoigné que l'atmosphère était moins tendue avant cette intervention, se limitant à des incidents mineurs tels que de petits larcins. Il a précisé que, par le passé, la vie des commerçants étrangers, bien que parfois difficile, n'était pas marquée par une hostilité aussi ouverte. Uwimana a précisé que le climat s'est dégradé pour les Burundais, les Ougandais et d'autres ressortissants étrangers après le discours présidentiel, transformant une situation déjà précaire en une véritable crise. Les vendeurs ambulants le long des routes ou dans les marchés ont été contraints d'abandonner leurs activités, craignant pour leur sécurité et leurs biens.
Selon Rodrigue Uwimana, des jeunes de la « Génération Z » ont commencé à consommer du « kahawa » sans payer, exigeant de l'argent sous la menace de violences. Ces incidents, qui se sont multipliés, ont exacerbé le sentiment d'insécurité. Cette situation a contribué à un sentiment d'insécurité croissant parmi les commerçants étrangers, qui se sont retrouvés sans protection face à ces agressions.
Le président d'Olucome, Gabriel Rufyiri, a vivement critiqué le silence des députés burundais au sein de l'Assemblée législative est-africaine face à ces événements. Il a déclaré : « Jamais, ils ne se sont prononcés. C’est grave. » Cette absence de réaction de la part des représentants burundais à l'échelle régionale note, selon lui, un manque de soutien institutionnel pour les citoyens affectés par ces rapatriements forcés, laissant les victimes démunies face à l'adversité.
Conséquences économiques et humaines
Rodrigue Uwimana, un commerçant burundais, a abandonné son commerce qu'il tenait depuis dix mois à Makongeni, près de Nairobi. Son départ forcé est emblématique de la situation vécue par de nombreux compatriotes. Il a expliqué que les vendeurs ambulants le long des routes ou dans les marchés ont dû cesser leurs activités, tandis que ceux travaillant dans les boutiques ont continué « la peur au ventre ». Certains clients kényans consommaient des marchandises sans payer, et parfois ils exigeaient de l'argent « sous la menace de violences », selon Uwimana, qui a ajouté que « les gens étaient battus en permanence ». Des agressions par des criminels et des voleurs ont été rapportées, entraînant le décès de certains Burundais, avec des allégations de corruption impliquant les forces de l'ordre, ce qui a sapé la confiance dans les institutions locales.
Uwimana a souligné que les Burundais pouvaient effectuer un travail pour 700 shillings kényans, alors que les Kenyans le proposaient pour 1 000 shillings kényans. Cette différence de coût de la main-d'œuvre est souvent un facteur d'attraction pour les employeurs, mais peut aussi générer des tensions. Il a précisé que 700 shillings kényans représentent « plus de 22 000 FBu », une somme significative pour de nombreux Burundais. Les facteurs poussant les Burundais à émigrer incluent la mauvaise gouvernance, l'appauvrissement des ménages, la pression démographique et les conflits, rendant le retour au pays d'origine souvent difficile et incertain. Uwimana a rencontré peu de difficultés pour revenir au Kenya, mais a fait face à des complications à la frontière tanzanienne, où des documents valables étaient nécessaires pour éviter une incarcération immédiate. Il a déclaré que les autorités tanzaniennes « avaient hâte de se débarrasser de nous principalement », ajoutant : « Si tu n’as pas de documents valables, c’est la prison immédiatement. » Sa priorité actuelle est de « se reconstruire ici dans [son] pays avec ce [qu'il a] mis de côté », une tâche ardue après cette expérience traumatisante.
Appel à la solidarité africaine
Quatre organisations de la société civile burundaise ont adressé une lettre ouverte au président du Burundi, qui est également le président en exercice de l'Union africaine. Cette démarche vise à interpeller les plus hautes instances continentales sur la gravité de la situation. Cette lettre ouverte a été rendue publique le mercredi 16 septembre 2026, au cours d'une conférence de presse, afin de maximiser son impact et d'informer l'opinion publique. Les organisations Olucome, Abuco, ONLCT « où est ton frère ? » et Aluchoto ont signé cette lettre, unissant leurs voix pour dénoncer la xénophobie, affirmant qu'elle menace l'unité et la stabilité africaines. Les signataires ont exprimé leur « profonde préoccupation » face à un phénomène qui, selon eux, affaiblit la solidarité africaine et compromet les idéaux panafricains. Les organisations déplorent des situations de rejet, de discrimination et d'exclusion observées non seulement au Kenya, mais aussi en Afrique du Sud, en Tanzanie et en Zambie, soulignant un problème continental plus large. Vianney Ndayisaba, président d'Aluchoto, a déclaré que son organisation a recensé plus de quatre cents Burundais emprisonnés dans ces pays, illustrant l'ampleur des difficultés rencontrées par les migrants burundais. Les quatre organisations prévoient de collaborer avec des organisations continentales de défense des droits humains si la situation ne s'apaise pas et si les ressortissants africains concernés ne sont pas protégés, envisageant des actions conjointes pour faire respecter les droits fondamentaux.
Cadre légal et engagements
Les organisations estiment que les engagements en faveur de la libre circulation des personnes ne sont pas suffisamment appliqués sur le terrain. Elles rappellent que de nombreux instruments juridiques internationaux et régionaux garantissent ces droits. La Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, en son article 13, garantit le droit à la liberté de circulation et de résidence à l'intérieur d'un État, ainsi que le droit de quitter tout pays et de retourner dans le sien, posant les bases de ces libertés fondamentales. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, par son article 12, confère une force juridique contraignante à ce droit fondamental, obligeant les États signataires à le respecter.
La Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles, adoptée en 1990, établit des règles mondiales pour la protection des travailleurs migrants, offrant un cadre spécifique pour les personnes comme Rodrigue Uwimana. Au niveau continental, l'Agenda 2063 de l'Union africaine a fait de la libre circulation un pilier central de son programme, visant à construire une Afrique intégrée et prospère. La Charte africaine des droits de l'homme et des peuples de 1981, en son article 12, assure la liberté de circulation à toute personne légalement présente sur le territoire d'un État, renforçant le droit de se déplacer sans entrave. Enfin, le Protocole de 2010 sur le marché unique de la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE) et le Traité de la CAE, dans leurs articles 76 et 104, énoncent les principes de libre circulation des personnes, des travailleurs, des biens et des capitaux, des dispositions qui devraient garantir la protection des Burundais au Kenya et dans les autres États membres.