Réfugiés au Burundi : Accusations d'extorsion et de corruption au camp de Bwagiriza

Des allégations d'extorsion et de corruption pèsent sur le camp de réfugiés de Bwagiriza, situé dans la commune de Ruyigi, en province de Buhumuza, à l'est du Burundi. Au cœur de ces préoccupations, certains réfugiés affirment qu'on leur réclame de l'argent pour obtenir des permis de sortie, des documents essentiels pour leur mobilité. Ces difficultés pour l'obtention de ces documents se seraient intensifiées ces derniers jours, ajoutant à la précarité de leur situation. Le camp de Bwagiriza accueille actuellement plus de 8 000 réfugiés, selon les informations disponibles, ce qui rend la situation particulièrement délicate pour un grand nombre de personnes dépendantes de ces services.

Permis de sortie contestés

Les réfugiés sont confrontés à des difficultés croissantes pour obtenir les « billets de sortie », des documents officiels qui leur permettraient de voyager temporairement en dehors de l'enceinte du camp. Ces permis sont cruciaux pour toute sortie, qu'il s'agisse de démarches administratives, de visites familiales ou d'activités économiques limitées. Les montants mentionnés par des témoins pour l'obtention de ces permis peuvent dépasser 20 000 francs burundais, une somme considérable pour des personnes dont les ressources sont souvent très limitées. Ces permis de sortie sont pourtant censés être délivrés gratuitement par les autorités compétentes. Des sources internes au camp de Bwagiriza indiquent que cette pratique est devenue courante, affectant directement la mobilité et le bien-être des résidents. La nécessité de ces documents pour toute sortie du camp, même pour des besoins élémentaires comme l'accès aux marchés locaux ou aux services de santé en dehors du camp, rend les réfugiés particulièrement vulnérables à ces exigences financières non officielles. L'absence d'un permis valide peut entraîner des complications significatives, y compris des détentions ou des amendes, pour ceux qui tentent de se rendre dans les localités voisines pour des raisons personnelles ou commerciales. Cette situation crée une barrière supplémentaire à l'intégration et à l'autonomie des réfugiés.

Barrière et racket présumé

Les réfugiés ont maintes fois demandé la suppression de la barrière physique ou la fin de ces pratiques de racket, sans qu'un changement significatif ne soit constaté à ce jour. Ils souhaitent que les autorités mènent une enquête approfondie sur la présence de ces barrières et sur les accusations de paiements exigés pour circuler librement. Une barrière est notamment signalée près du camp, au niveau du Centre Kwisumo. Selon des témoignages recueillis, de jeunes individus, identifiés par les réfugiés comme des « Imbonerakure » – la ligue des jeunes du parti au pouvoir CNDD-FDD – exigeraient de l'argent à cette barrière du Centre Kwisumo. Cette situation entrave non seulement la libre circulation des réfugiés mais génère également une atmosphère de peur et de méfiance. La présence de cette barrière et les exigences financières associées sont perçues comme une violation de leurs droits fondamentaux à la liberté de mouvement et à la protection.

Services administratifs opaques

Les réfugiés font également état de pratiques de corruption présumées concernant l'accès aux services de l'Office national de protection des réfugiés et des apatrides (ONPRA). Ces allégations s'ajoutent aux difficultés déjà rencontrées pour l'obtention des documents de sortie, créant un climat de méfiance et d'incertitude au sein du camp de Bwagiriza. La perception d'une opacité grandissante dans les procédures administratives soulève de sérieuses inquiétudes quant à l'équité et à l'accessibilité des aides et des droits fondamentaux pour les résidents. Des témoignages concordants décrivent des situations où des démarches pourtant gratuites et essentielles sont conditionnées à des paiements informels, impactant directement la vie quotidienne des personnes déplacées et leur capacité à reconstruire une existence stable. La situation met en lumière la vulnérabilité extrême des réfugiés face à des exigences financières non officielles pour des services qui devraient leur être garantis. Ces pratiques minent la confiance dans les institutions censées les protéger et les assister.

Appels à l'action et silence

Face à cette situation préoccupante, les réfugiés appellent à une plus grande transparence dans la délivrance des permis de sortie et demandent instamment la mise en place d'un mécanisme clair et accessible permettant de signaler les demandes d'argent injustifiées sans crainte de représailles. Ils souhaitent des procédures claires et bien définies pour éviter toute forme d'extorsion et garantir leurs droits. Ils réclament également que les autorités enquêtent sur la présence des barrières et les accusations de paiements exigés pour la circulation, afin de rétablir un environnement sûr et juste. Jusqu'à présent, les autorités compétentes et l'Office national de protection des réfugiés et des apatrides (ONPRA) n'ont pas réagi publiquement à ces accusations. Cette absence de réponse officielle nourrit l'incertitude et le sentiment d'abandon parmi les résidents du camp de Bwagiriza, qui continuent de vivre dans la crainte et la précarité.