Rencontre Tshisekedi-Ndayishimiye : Alliance Militaire Renforcée au Sud-Kivu Face à l'Intensification des Combats

RDC : Kinshasa et Gitega resserrent leur alliance militaire dans le Sud-Kivu
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Les présidents de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, et du Burundi, Évariste Ndayishimiye, se sont rencontrés à Kinshasa le 22 juin 2026. Cette rencontre de haut niveau a eu lieu dans un contexte d'escalade des tensions et des affrontements dans l'est de la RDC. L'objectif principal de cette rencontre était d'évaluer la situation sécuritaire particulièrement volatile dans les territoires de Fizi et Uvira, situés au Sud-Kivu, des zones stratégiques et fortement impactées par les activités des groupes armés. Cette entrevue a permis de consolider la coopération militaire déjà existante entre la RDC et le Burundi dans les hauts plateaux de Minembwe, une région qui connaît des combats intenses depuis plusieurs mois. Les deux chefs d'État ont passé en revue les opérations militaires conjointes menées depuis février 2026 contre les groupes armés actifs dans la région, évaluant leur efficacité et les défis rencontrés. Le Burundi et la RDC sont liés par un accord bilatéral autorisant la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB) à déployer des troupes sur le territoire de l'est de la RDC, soulignant un engagement mutuel dans la stabilisation de la région.

Décisions Clés pour la Sécurité

Suite à cette évaluation, les présidents Félix Tshisekedi et Évariste Ndayishimiye ont décidé de renforcer significativement les troupes burundaises et congolaises déjà déployées dans la région du Sud-Kivu. Cette mesure vise non seulement à augmenter la présence militaire, mais également à améliorer les capacités opérationnelles des forces armées conjointes. Pour cela, l’acquisition de drones de surveillance et d'attaque est prévue, marquant une modernisation des moyens de combat. Une révision approfondie des systèmes de renseignement est engagée afin d'optimiser la collecte et l'analyse des informations, clé pour l'efficacité des opérations contre les groupes armés. Cette série d'initiatives s'inscrit dans la volonté ferme des deux chefs d'État de pacifier durablement les zones de Fizi et Uvira, particulièrement affectées par les violences et les déplacements de populations. La coopération militaire entre la République démocratique du Congo et le Burundi se trouve ainsi intensifiée, avec un accent mis sur la modernisation des outils et des méthodes de lutte contre les menaces sécuritaires persistantes.

Un plan stratégique visant à neutraliser des infrastructures clés est par ailleurs à l'étude. Ce plan prévoit notamment la mise hors service de l'aérodrome de Minembwe, une installation jugée essentielle pour la logistique des groupes armés. L'objectif est de restreindre drastiquement les mouvements aériens dans la zone de combat, limitant ainsi la capacité des groupes armés à recevoir des renforts, des armes ou des approvisionnements vitaux. La désactivation de cette installation s'inscrit dans une stratégie plus large de contrôle de l'espace aérien et terrestre afin d'isoler les combattants et de réduire significativement leur mobilité et leur capacité de nuisance. Les discussions entre les deux présidents ont mis en lumière la nécessité d'actions concrètes et ciblées pour déstabiliser les réseaux logistiques des groupes armés opérant dans les hauts plateaux de Minembwe, qui constituent un défi majeur pour la sécurité régionale.

Avancées des Groupes Armés

Malgré les efforts des forces conjointes, le mouvement armé Twirwaneho, reconnu comme un allié du M23, a récemment annoncé avoir pris le contrôle des localités stratégiques de Kakenge, Ilundu, Bidegu et Kitavi. Cette progression des groupes armés intervient dans un contexte de forte tension sécuritaire et met en évidence la complexité du conflit dans la région.

Ces avancées sur le terrain ont fait suite à de violents affrontements opposant les combattants de Twirwaneho aux Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et à leurs alliés. Les combats se sont déroulés avec une intensité particulière dans les hauts plateaux de Minembwe, une zone stratégique et montagneuse du Sud-Kivu dont le contrôle est clé pour les mouvements logistiques et opérationnels.

Les infrastructures civiles de la région ont subi d'importants dégâts à la suite des bombardements intenses et des affrontements. Des installations cruciales, telles que l'école d'Ilundu et l'hôpital général de Minembwe, ont été gravement endommagées. Ces destructions affectent directement la population locale, déjà éprouvée par l'intensification des combats et les déplacements forcés, et entravent l'accès aux services de base essentiels.

Contexte du Conflit et Alliances

Le déploiement de troupes burundaises dans l'est de la RDC n'est pas un phénomène nouveau. Entre août 2022 et décembre 2025, plus de 29 000 soldats burundais ont été déployés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, témoignant de l'ampleur de l'engagement burundais dans la région. Le M23, une ancienne rébellion à dominante tutsie, a repris les armes fin 2021 dans la région, déstabilisant davantage un environnement déjà fragile. Ce mouvement M23 est actuellement intégré à l'Alliance Fleuve Congo (AFC), une coalition dirigée par Corneille Nangaa, l'ancien président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) de la RDC. L'Alliance Fleuve Congo et le M23 contrôlent de vastes portions des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, incluant des villes d'importance stratégique comme Goma et Bukavu, ce qui leur confère une influence considérable. Kinshasa accuse fermement Kigali de soutenir le mouvement rebelle M23, une allégation que le Rwanda dément avec insistance. De son côté, Kigali accuse la République démocratique du Congo et le Burundi de collaborer avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé en partie d'anciens génocidaires rwandais. Le conflit dans l'est de la RDC, complexe et multidimensionnel, dure depuis près de trois décennies, avec des répercussions humanitaires et sécuritaires dévastatrices pour la population.

Conséquences Humanitaires et Futures

L'intensification des combats depuis février 2026 a provoqué le déplacement massif de milliers de civils. Ces populations ont été contraintes de fuir leurs foyers dans les zones affectées par les affrontements, cherchant désespérément refuge loin des violences et des bombardements. La situation humanitaire dans les hauts plateaux de Minembwe, ainsi que dans les territoires de Fizi et Uvira, reste extrêmement préoccupante, caractérisée par un manque criant de nourriture, d'abris et de soins médicaux. Les déplacements massifs de civils ajoutent une pression significative sur les ressources locales déjà limitées et sur les structures d'accueil improvisées, exacerbant une crise humanitaire déjà profonde. La communauté internationale observe avec inquiétude l'évolution de la situation, alors que les deux pays s'engagent dans une stratégie militaire renforcée pour tenter de restaurer la paix et la stabilité dans cette région déchirée par des années de conflit.