Au Burundi, le Fonds Monétaire International (FMI) a identifié la réforme du marché des changes comme la transformation économique la plus importante à moyen terme pour le pays. Le représentant du FMI au Burundi, Samuel Delepierre, a déclaré que « l’unification du taux de change, davantage de flexibilité et une libéralisation progressive du marché permettraient de réduire les distorsions qui freinent aujourd’hui l’économie et de mettre fin aux difficultés d’accès aux devises au taux officiel ». Le FMI a précisé, le 15 avril 2025, que le régime de double taux de change et la prime élevée sur le marché parallèle sont à l'origine de distorsions généralisées dans l'économie burundaise.
Distorsions économiques et leurs conséquences
L'unification du taux de change, l'accroissement de la flexibilité et une libéralisation progressive du marché permettraient de réduire les distorsions économiques et de mettre fin aux difficultés d'accès aux devises au taux officiel, selon Samuel Delepierre. Cette réforme pourrait entraîner des bénéfices notables, parmi lesquels une réduction rapide des pénuries de carburant, un problème récurrent au Burundi. Le pays verrait également son attractivité s'améliorer pour les investisseurs étrangers, un facteur clé pour son développement économique.
La réforme envisagée stimulerait les secteurs exportateurs burundais en augmentant la valeur des exportations une fois convertie en francs burundais. Dans le secteur du café, un pilier de l'économie, l'unification des taux améliorerait les prix versés aux caféiculteurs et contribuerait ainsi à la relance de cette filière. La réforme augmenterait mécaniquement la valeur de l'aide au développement une fois celle-ci convertie en monnaie locale, offrant potentiellement plus de ressources pour les programmes nationaux.
Le Fonds Monétaire International (FMI) estime que la situation actuelle contribue directement aux pénuries de carburant observées dans le pays. Elle engendre également des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement. Le FMI ajoute que le système actuel favorise les exportations illégales, l'informalité économique et l'évasion fiscale, des phénomènes qui sapent les recettes de l'État et entravent le développement.
Recommandations du FMI et historique
Une mission du Fonds Monétaire International (FMI), dirigée par Alexandre Cailloux, s'est rendue au Burundi du 17 au 28 mars 2025 pour des consultations annuelles. Au cours de cette visite, le FMI a réitéré ses recommandations concernant le marché des changes burundais.
L'institution financière internationale préconise l'unification des taux de change officiel et parallèle, une libéralisation progressive du marché des changes ainsi qu'une transition vers un régime de taux de change plus flexible. Ces mesures visent à stabiliser l'économie et à réduire les distorsions. Le FMI a formulé ces mêmes recommandations au gouvernement burundais depuis plusieurs années déjà, soulignant la persistance des enjeux liés à la gestion des devises dans le pays.
Analyse des acteurs de la société civile
Gabriel Rufyiri, président de l'Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome), a affirmé que les recommandations du Fonds Monétaire International (FMI) sur l'unification des taux de change relèvent d'un principe économique universel appliqué partout dans le monde. « C’est une obligation, pas d’autre choix », a-t-il déclaré, ajoutant que « les conseils du FMI sont des conseils vraiment économiques et il n’y a pas d’autres choix ». Faustin Ndikumana, directeur de Parcem, a estimé que l'écart entre les taux de change officiel et parallèle signale une crise économique profonde.
M. Rufyiri a jugé que le maintien de deux taux de change nuit gravement à la crédibilité de l'économie burundaise, décourage les investisseurs étrangers, crée des distorsions parmi les opérateurs économiques et complique le travail de l'Office burundais des recettes (OBR). Pour M. Ndikumana, le fait que le dollar s'échange à près du double du taux officiel sur le marché parallèle est révélateur d'un problème structurel. Il s'est interrogé sur la manière dont un marché qui gère environ 70 % des importations peut encore être considéré comme informel ou parallèle.
M. Ndikumana a souligné que le marché officiel ne couvre qu'environ 30 % des biens et produits importés, ce qui est insuffisant, citant la crise actuelle du carburant. « le prétendu marché officiel n’en couvre que 30 % des marchandises et des produits importés. Et encore, cette couverture reste insuffisante. On voit la crise du carburant actuellement, au niveau même de la mobilité des personnes », a-t-il précisé. Il a dénoncé l'octroi de privilèges à certains acteurs bénéficiant d'un accès préférentiel aux devises officielles, y voyant un signe d'enrichissement illicite. « Qui ne sait pas qu’il y a des hommes haut placés qui ont fait ce commerce, alimentant ainsi cet enrichissement illicite ? », a-t-il demandé.
M. Rufyiri a reconnu que la réforme serait douloureuse, la qualifiant de « médicament amer » que le gouvernement doit prendre. « C’est un médicament amer, malheureusement, c’est un médicament que le gouvernement doit prendre », a-t-il expliqué. Il a estimé que le rejet de cette réforme est en partie dû aux intérêts acquis des personnes qui profitent des taux de change actuels. « Il y a des gens qui s’enrichissent avec ces taux de change », a-t-il affirmé. M. Ndikumana a établi un parallèle avec la pénurie de carburant, où un groupe privilégié obtient du carburant à 4 000 BIF le litre, tandis que d'autres l'achètent sur le marché parallèle pour 12 000 à 15 000 BIF ou plus. « Le même scénario se constate actuellement pour le carburant », a-t-il illustré.
Conditions pour une mise en œuvre réussie
Pour Gabriel Rufyiri, président de l'Olucome, l'unification des taux de change ne pourra être couronnée de succès sans la mise en place de mesures d'accompagnement, notamment une gestion transparente des devises étrangères. Il préconise également la multiplication des sources de devises par le développement des exportations, citant les minerais, le café, le thé et le coton. M. Rufyiri ajoute qu'une amélioration de la gouvernance est indispensable pour attirer les investissements directs étrangers (IDE) et renforcer la confiance des partenaires.
Faustin Ndikumana, directeur de Parcem, appelle à une libéralisation du marché des changes, à la création de bureaux de change et à une meilleure gestion des devises par les banques commerciales. Il insiste sur la nécessité d'une plus grande transparence dans l'allocation des devises et de réformes structurelles pour restaurer la confiance des investisseurs. M. Ndikumana attribue la stagnation économique du Burundi à un « capitalisme de copinage » et à un « manque de patriotisme ».