Les voyageurs empruntant le passage frontalier de Kobero, reliant le Burundi et le Rwanda, font état de contrôles renforcés et de conditions de transit difficiles. Ces personnes déclarent être confrontées à des interrogatoires répétés et à des actes d'intimidation de la part des autorités. Ces incidents concernent spécifiquement les individus se déplaçant entre le Burundi et le Rwanda. La situation au poste de Kobero, situé entre les deux pays, est devenue un point de tension pour les usagers de cette route. Cette intensification des contrôles et des interrogations est rapportée par les voyageurs eux-mêmes, qui expriment leur préoccupation face à ces pratiques et décrivent un climat de méfiance généralisée.
Contrôles Renforcés et Intimidations
Le poste frontalier de Kobero, situé à la frontière tanzanienne, est devenu le principal point de passage terrestre pour les Burundais se rendant au Rwanda. Cette situation fait suite à la fermeture des frontières terrestres directes entre le Burundi et le Rwanda, intervenue en janvier 2024. Avant cette fermeture, plusieurs points de passage étaient disponibles, mais Kobero est désormais le seul itinéraire terrestre viable pour de nombreux voyageurs. Les voyageurs sont ainsi contraints d'emprunter cette route détournée pour leurs déplacements entre les deux pays, ce qui accroît la pression sur ce point de contrôle et le rend d'autant plus stratégique pour les autorités.
Dans cette zone frontalière, des agents du Service National de Renseignement (SNR) et des membres des Imbonerakure mènent des activités de surveillance, selon des témoignages recueillis sur place. Leur mission consiste à collecter des informations sur les voyageurs qui se dirigent vers le Rwanda, intensifiant ainsi le climat de contrôle. Cette présence accrue des services de sécurité est perçue par certains comme une mesure de dissuasion, visant à limiter les mouvements transfrontaliers et à identifier ceux qui pourraient être considérés comme suspects. Les voyageurs racontent être soumis à des vérifications d'identité prolongées et à des questions intrusives concernant le motif de leur voyage et leurs contacts dans le pays voisin.
Des cambistes opérant à Kobero rapportent que les voyageurs à destination du Rwanda sont soumis à des interrogatoires et à des fouilles plus approfondis que ceux qui se rendent en Tanzanie. Cette distinction dans le traitement des passagers suggère une attention particulière portée aux déplacements vers le pays voisin, alimentant les préoccupations des usagers. Ce ciblage différencié est une source d'inquiétude pour les commerçants et les particuliers traversant la frontière, qui se sentent visés et craignent les conséquences de ces contrôles accrus. Les fouilles, parfois minutieuses, peuvent concerner les bagages personnels et les documents de voyage, prolongeant ainsi considérablement les délais de passage.
La province de Buhumuza, située dans l'est du Burundi et frontalière de la Tanzanie, englobe le poste de Kobero. Ce dernier constitue un point de passage essentiel vers la Tanzanie pour les voyageurs dont la destination finale est le Rwanda. La configuration géographique de cette région renforce l'importance stratégique de Kobero dans le transit transfrontalier, en faisant un goulot d'étranglement inévitable pour ceux qui cherchent à se rendre au Rwanda par voie terrestre. La situation géographique de Buhumuza, à la confluence de ces deux pays et de la Tanzanie, la place au cœur des enjeux régionaux de sécurité et de circulation des personnes.
Accusations et Soupçons de Corruption
Des chauffeurs de taxi assurant la liaison entre Bujumbura et Kigali sont accusés de transporter de jeunes individus susceptibles de rejoindre les rangs du RED-Tabara, un groupe armé dont il est soupçonné de bénéficier d'un soutien de Kigali. Ces allégations contribuent à la tension ambiante autour des déplacements transfrontaliers. Les autorités surveillent de près ces itinéraires, et les accusations pèsent sur les opérateurs de transport qui, selon ces allégations, faciliteraient de tels mouvements. Cette situation met en lumière les défis sécuritaires et politiques complexes qui caractérisent les relations entre les deux nations, impactant directement les professionnels du secteur des transports et les exposant à des risques accrus.
Face à ces soupçons et menaces, plusieurs transporteurs ont choisi de suspendre leurs activités sur cet axe ou de modifier leurs véhicules. Cette décision reflète la pression croissante exercée sur eux et la crainte de représailles ou de complications judiciaires. Le changement de véhicule, notamment, pourrait être une tentative de se soustraire à une surveillance accrue ou d'éviter d'être identifié en lien avec les accusations portées. La perturbation de leurs opérations habituelles témoigne de l'impact direct des tensions politiques sur les acteurs économiques locaux, qui doivent s'adapter à un environnement de plus en plus hostile et incertain. Certains transporteurs ont même envisagé de cesser complètement ce type de trajet, craignant pour leur sécurité et leur liberté.
Certains transporteurs affirment avoir versé des sommes pouvant atteindre un million de francs burundais au poste de police de Muyinga afin de pouvoir continuer à opérer sur les routes menant au Rwanda. Ces paiements, s'ils sont avérés, suggèrent des pratiques de corruption visant à contourner les restrictions ou à obtenir des autorisations de passage dans un contexte de contrôle renforcé. Ces allégations, émanant directement des acteurs concernés, mettent en évidence des dysfonctionnements potentiels au sein des structures de contrôle frontalières et soulèvent des questions sur l'intégrité des agents en poste. Ces sommes représentent une charge financière considérable pour des petites entreprises de transport, qui se retrouvent prises entre les exigences des autorités et la nécessité de maintenir leurs activités.
En conséquence de cette situation tendue et des coûts associés, le prix d'un aller-retour entre Bujumbura et Kigali a significativement augmenté. Le tarif est passé d'environ 300 000 à 400 000 francs burundais à près de 600 000 francs burundais. Cette hausse substantielle du coût du transport reflète la complexité accrue des trajets et les diverses charges supplémentaires, officielles ou non, auxquelles les transporteurs et, in fine, les voyageurs sont confrontés. Cette augmentation rend les voyages entre les deux capitales moins accessibles pour de nombreux Burundais et Rwandais, impactant les échanges commerciaux, les liens familiaux et les opportunités économiques régionales.
Disparitions Inquiétantes
Deux commerçants, Jean Bosco Nshimirimana et Hermès Rukerandanga, originaires de la province de Butanyerera, sont portés disparus depuis le 12 août. Leur disparition soulève des interrogations dans la région et accentue le sentiment d'insécurité. Jean Bosco Nshimirimana était en provenance du Rwanda au moment de sa disparition, selon les informations recueillies, ce qui le place directement dans le contexte des tensions transfrontalières. De son côté, Hermès Rukerandanga s'était rendu à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, afin d'y récupérer son véhicule juste avant de disparaître, une démarche qui l'a également conduit à traverser des zones sensibles. Les circonstances exactes de ces événements demeurent floues, et l'absence d'informations officielles sur leur sort alimente les spéculations. Les familles des deux hommes disparus ont entrepris des recherches dans les centres de détention de Bujumbura, mais celles-ci n'ont donné aucun résultat à ce jour. Cette situation contribue à l'inquiétude grandissante concernant la sécurité des voyageurs dans cette zone frontalière, où les disparitions inexpliquées ajoutent à la peur des contrôles et des extorsions.
Conséquences et Climat de Peur
Le mouvement de personnes entre le Burundi et le Rwanda a considérablement diminué au cours des dernières semaines, témoignant de l'impact direct de ces mesures restrictives et du climat de peur. Certains voyageurs dissimulent leur destination réelle, déclarant se rendre en Tanzanie alors qu'ils vont au Rwanda, afin d'éviter l'attention et les interrogatoires potentiellement difficiles. Cette pratique, bien que risquée, est perçue comme un moyen d'échapper à la surveillance accrue et aux pressions exercées sur ceux qui se dirigent explicitement vers le Rwanda. Des allégations rapportent que le chef de la police frontalière et le représentant provincial du SNR à Buhumuza exigeraient au moins 100 000 francs par véhicule à destination du Rwanda. Ces sommes, si elles sont effectivement perçues, constituent une charge supplémentaire pour les transporteurs et les voyageurs, transformant le passage frontalier en une source de revenus illicites pour certains agents. Ce climat de peur et d'extorsion rend les déplacements entre le Burundi et le Rwanda de plus en plus périlleux et coûteux, isolant davantage les populations des deux pays.