Appel urgent pour empêcher l'extradition d'un chercheur congolais du Burundi

Burundi : une lettre ouverte demande au Burundi de ne pas extrader Babunga Benjamin Watuna vers la RDC
Photo: DR/SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Une lettre ouverte, datée du 29 mai 2026 et émanant de Bruxelles, a été adressée au président burundais Évariste Ndayishimiye. Cette missive intervient après l'arrestation de Babunga Benjamin Watuna le 27 mai 2026. Le document exige la libération immédiate et inconditionnelle de ce chercheur congolais, dont le sort préoccupe de nombreux acteurs de la société civile régionale.

Arrestation et demande d'extradition

Babunga Benjamin Watuna a été arrêté à Bujumbura par les services de renseignement burundais le 27 mai 2026. Cette arrestation a immédiatement suscité l'inquiétude parmi ses pairs et les défenseurs des droits humains. Les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) ont par la suite formulé une demande d'extradition à son encontre, cherchant à le faire transférer vers le territoire congolais.

La lettre ouverte, appelant à sa libération immédiate et inconditionnelle, a été signée par un collectif influent. Ce collectif est composé de citoyens, d'intellectuels, d'acteurs humanitaires et de défenseurs des droits humains, tous originaires de la région des Grands Lacs. Leur démarche note la gravité perçue de la situation et l'urgence d'une intervention.

Avant son arrestation, Babunga Benjamin Watuna avait une carrière bien établie dans le secteur humanitaire, collaborant avec diverses organisations de renommée internationale. Parmi ces dernières figuraient AMI, ADRA, ZOA, Mercy Corps, Save the Children, CARE et UNOPS. Son engagement dans ces structures témoigne d'un parcours professionnel dédié à l'assistance et au développement dans une région souvent confrontée à des crises humanitaires.

L'arrestation de M. Watuna est survenue le lendemain d'une visite officielle de haut niveau. Guy Kabombo Muadiamvita, Vice-Premier Ministre et Ministre de la Défense de la RDC, s'était rendu à Bujumbura le 26 mai 2026. Cette coïncidence temporelle soulève des interrogations quant à un éventuel lien entre cette visite diplomatique et l'interpellation du chercheur congolais. La présence d'un haut responsable militaire congolais au Burundi juste avant l'arrestation de M. Watuna ajoute une dimension politique et sécuritaire complexe à l'affaire.

Contexte régional et accusations

Les autorités congolaises accusent Babunga Benjamin Watuna d'avoir des liens présumés avec l'Alliance Fleuve Congo (AFC) et le mouvement rebelle M23. Ces allégations interviennent dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu et volatile dans la région des Grands Lacs, où les alliances et les conflits sont souvent entremêlés. La nature de ces accusations, impliquant des groupes armés, confère une gravité particulière à la demande d'extradition.

La région est caractérisée par une présence militaire étrangère significative. Des soldats burundais sont déployés dans l'est de la République démocratique du Congo depuis août 2022. Leur présence s'inscrit dans le cadre des efforts régionaux visant à stabiliser la situation sécuritaire, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce déploiement, effectué sous l'égide d'initiatives de paix régionales, vise à contrer l'insécurité chronique et les activités des groupes armés qui opèrent dans ces zones frontalières.

Le mouvement rebelle M23 est actif depuis fin 2021 et a considérablement étendu son influence, contrôlant des zones stratégiques dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. La résurgence et la persistance de ce mouvement contribuent de manière significative aux défis sécuritaires et humanitaires rencontrés par la RDC et ses voisins. Les accusations de liens avec le M23 sont donc particulièrement sensibles dans ce climat de tensions régionales et de lutte contre les groupes armés. L'Alliance Fleuve Congo (AFC), également mentionnée dans les accusations, est une autre entité dont l'implication dans la dynamique sécuritaire régionale est scrutée de près.

Appel des signataires

La lettre ouverte demande au Burundi de s'opposer fermement à l'extradition potentielle du ressortissant congolais Babunga Benjamin Watuna vers la République démocratique du Congo. Les signataires, qui incluent un large éventail de citoyens, d'intellectuels, d'acteurs humanitaires et de défenseurs des droits humains de la région des Grands Lacs, insistent sur l'importance clé de cette opposition pour la protection du chercheur. Leur appel met en lumière la crainte que M. Watuna ne bénéficie pas d'un procès équitable ou qu'il soit exposé à des risques une fois livré aux autorités congolaises.

Babunga Benjamin Watuna est décrit par les signataires comme un chercheur, un analyste et un spécialiste reconnu de l'histoire du Grand Kivu. Son travail et ses connaissances approfondies de la région sont mis en avant comme des atouts précieux pour la compréhension des dynamiques complexes de cette zone. Les signataires s'inquiètent des implications de son extradition, craignant que cela ne musèle la recherche indépendante et l'analyse critique des enjeux régionaux. Son expertise, estiment-ils, est essentielle pour éclairer des débats souvent opaques et pour contribuer à des solutions durables.

Les signataires estiment que la demande d'extradition est motivée par des considérations politiques plutôt que judiciaires, en raison des restrictions sur la liberté d'expression en RDC. Selon eux, cette situation met en lumière les défis considérables auxquels sont confrontés les chercheurs et les analystes travaillant sur des sujets sensibles dans la région, et soulève de sérieuses questions sur le respect des droits fondamentaux. Ils craignent qu'une extradition ne soit utilisée pour réprimer la voix des intellectuels qui osent aborder des sujets délicats ou critiquer les politiques en place, sapant ainsi les principes démocratiques et la liberté académique.

Implications et précédents

L'affaire Babunga Benjamin Watuna ravive le souvenir d'un précédent impliquant un employé diplomatique, qui avait déjà suscité une vive inquiétude. En 2025, Laurent Ruboneka, qui travaillait pour l'ambassade de la RDC au Burundi, avait été arrêté par les services de renseignement burundais. Il avait ensuite été transféré à Kinshasa, la capitale congolaise, dans des circonstances qui avaient soulevé de nombreuses questions. Cet épisode avait déjà mis en lumière les fragilités des procédures d'extradition et le respect du droit international entre les deux pays, notamment en ce qui concerne la protection des individus.

Les signataires de la lettre ouverte craignent qu'une extradition de M. Watuna ne crée un précédent dangereux pour les chercheurs, les analystes et plus largement pour la liberté d'expression dans la région des Grands Lacs. Ils redoutent que cela n'encourage d'autres États à utiliser des demandes d'extradition à des fins politiques, menaçant ainsi ceux qui s'engagent dans un travail d'analyse critique ou de documentation des réalités complexes de la région. La communauté internationale est appelée à surveiller de près cette situation afin de garantir le respect des droits de l'homme et la protection des intellectuels dans une région déjà marquée par l'instabilité.