Arrivée de 30 000 compteurs électriques au Burundi : colère et méfiance des clients face aux retards et aux accusations de corruption

REGIDESO : 30.000 compteurs débarquent, mais les accusations de corruption, favoritisme et détournement enflamment la colère des abonnés
Photo: DR/SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Plus de 30 000 compteurs électriques sont arrivés au Burundi, marquant une étape significative dans la gestion de l'approvisionnement en énergie du pays. L'arrivée de ces compteurs intervient dans un contexte de méfiance grandissante et de colère palpable des clients de la REGIDESO, l'entreprise publique de régie de l'eau et de l'électricité, qui se retrouvent confrontés à des retards persistants et à de lourds soupçons de corruption. Au total, plus de trente mille compteurs électriques ont été acheminés vers le territoire burundais. Quatre conteneurs chargés spécifiquement de ces compteurs ont récemment franchi la frontière de Kobero, un point de passage clé situé dans la province de Muyinga, en provenance directe de Tanzanie. Cette cargaison est attendue avec impatience par des milliers de foyers et d'entreprises à travers le pays.

Détails de l'approvisionnement et défis logistiques

Les compteurs sont arrivés au Burundi via le poste frontalier de Kobero, un axe stratégique pour les échanges commerciaux, situé à la frontière entre la Tanzanie et le Burundi. À leur passage, des agents des douanes ont pu confirmer que les camions transportaient effectivement plus de trente mille compteurs destinés à être distribués sur le marché burundais. Cette confirmation est venue apaiser, en partie, les inquiétudes concernant la disponibilité des équipements.

L'équipement a été fourni par divers canaux logistiques, ce qui témoigne de la complexité de l'opération d'approvisionnement. Une partie des compteurs a été acheminée depuis l'Égypte, d'où ils ont été transportés par voie aérienne, garantissant une livraison plus rapide pour cette portion de la cargaison. Une autre partie, également substantielle, a transité par le Kenya, via un itinéraire combinant les voies terrestre et maritime. Cependant, cette route terrestre et maritime passant par le Kenya a connu des retards imprévus et significatifs. Ces ralentissements ont été attribués de manière explicite à une grève des chauffeurs de camion, qui réclamaient le paiement de leurs frais de mission. Cette situation a non seulement allongé les délais d'acheminement mais a également contribué à l'exaspération des clients finaux en attente.

Colère des clients en attente et allégations d'irrégularités

Des milliers de clients à travers le Burundi affirment avoir payé les frais de raccordement depuis février 2024 et sont, à ce jour, toujours en attente de l'installation de leurs compteurs électriques. Cette situation génère une frustration considérable et un sentiment d'impuissance. Des clients dans plusieurs provinces du pays rapportent que les raccordements sont effectués avec une rapidité déconcertante pour certains bénéficiaires, tandis que d'autres patientent depuis plus de deux ans, sans aucune visibilité sur la date d'installation. Cette disparité flagrante dans le traitement des demandes alimente un sentiment d'injustice profond parmi la population, qui perçoit un manque d'équité et de transparence dans le processus.

Dans la capitale économique, Bujumbura, des usagers allèguent que certains compteurs sont installés uniquement après le versement de sommes importantes, souvent qualifiées de paiements « sous la table ». Cette pratique, si elle est avérée, suggère de graves irrégularités et une corruption systémique dans le processus d'attribution et d'installation des compteurs, sapant la confiance du public envers la REGIDESO. Un habitant de Rumonge, visiblement excédé par la situation, a exprimé sa frustration face à l'attente prolongée et au manque de communication. Il a déclaré avec amertume : « Nous avons payé depuis longtemps. Aujourd’hui, on nous demande encore d’attendre sans explication claire. » Ce témoignage poignant reflète le mécontentement généralisé face au silence et au manque de transparence des autorités compétentes, qui ne fournissent pas de justifications satisfaisantes pour les délais.

Les résidents de Gitega, la capitale politique, confirment également avoir payé pour leurs raccordements sans avoir été servis, ce qui note non seulement l'étendue géographique du problème, mais aussi sa persistance à travers les centres urbains majeurs du pays. L'arrivée des nouveaux compteurs est donc perçue avec un mélange complexe d'espoir et de scepticisme par une clientèle déjà échaudée par les délais interminables et les allégations de pratiques douteuses. La REGIDESO est désormais sous une pression intense pour distribuer ces compteurs de manière équitable et transparente, et surtout, pour restaurer la confiance de ses abonnés, une tâche qui s'annonce ardue.

Démentis et réactions officielles face à la pression

Le Directeur Général de la REGIDESO, Albert Manigomba, a confirmé l'arrivée des compteurs électriques, une annonce attendue par de nombreux Burundais. Il a précisé que leur distribution débuterait progressivement, sans toutefois fournir de calendrier précis ni de détails sur les modalités de cette distribution. Cette annonce intervient alors que l'entreprise publique fait face à une vague d'allégations de corruption et de retards qui ternissent son image. La direction de la REGIDESO a fermement réfuté ces accusations, les qualifiant de "mensonges sans fondement", cherchant ainsi à décrédibiliser les plaintes des usagers et les rumeurs persistantes.

Cependant, malgré les déclarations officielles de la direction, la situation logistique interne à l'entreprise semble plus complexe et nuancée. Une source interne à la REGIDESO a indiqué, sous couvert d'anonymat, que les compteurs n'ont pas encore été officiellement intégrés aux stocks de l'entreprise publique. Cette information clé pourrait expliquer une partie substantielle des retards perçus par les clients et alimenter davantage les interrogations légitimes sur le processus de distribution. Le fait que les compteurs ne soient pas encore enregistrés dans les inventaires de la REGIDESO suggère des lacunes dans la gestion logistique ou des obstacles administratifs. En conséquence, l'entreprise est sous une pression accrue pour clarifier la situation de manière exhaustive et pour assurer une gestion transparente et efficace de ces nouveaux équipements, afin de répondre aux besoins urgents de la population.