Au moins 17 civils tués dans des attaques attribuées à l'ADF près de Beni

Massacre à Beni : les ADF tuent au moins 17 civils en moins de 24 heures
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Au moins 17 civils ont été tués entre la nuit du samedi 30 mai et le dimanche 31 mai 2026 lors d'attaques attribuées aux Forces démocratiques alliées (ADF) près de Beni, dans la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo. Ces meurtres tragiques sont survenus lors d'incursions coordonnées le long des axes Vemba-Katota et Vemba-Masulukwede, des zones critiques pour la sécurité des populations locales. Sept corps ont été découverts le dimanche matin sur l'axe Vemba-Katota, tandis que quatre autres ont été retrouvés plus tard dans une zone forestière isolée située sur l'axe Vemba-Masulukwede, témoignant de l'ampleur et de la brutalité des assauts.

Les attaques ont d'abord été signalées le samedi soir dans des villages situés à l'est du quartier de Ngadi, en périphérie de la ville de Beni, semant la terreur parmi les habitants. Les résidents locaux, directement témoins de ces violences, ont unanimement identifié les assaillants comme étant des combattants des ADF. Ce groupe, connu pour ses exactions dans la région, a prêté allégeance à la Province de l'État islamique en Afrique centrale (ISCAP) depuis 2019, marquant une évolution significative dans la nature de ses opérations. Le gouvernement de la République démocratique du Congo a fermement condamné ce massacre, qualifiant ces actes d'inacceptables et réaffirmant sa détermination inébranlable à poursuivre les opérations militaires engagées pour neutraliser cette menace et protéger les civils.

Détails des massacres et impact humanitaire

Au-delà des pertes en vies humaines confirmées, la situation demeure extrêmement préoccupante, car plusieurs personnes sont toujours portées disparues. Les témoignages recueillis sur place suggèrent que d'autres individus auraient été enlevés par les assaillants lors de ces incursions, ajoutant à l'angoisse des familles et des communautés. Ces enlèvements sont une tactique fréquemment utilisée par les groupes armés dans la région, contribuant à un climat de peur et d'insécurité généralisée.

Dans ce contexte alarmant, Amnesty International a publié un rapport clé le lundi suivant les événements. Intitulé « I’d Never Seen So Many Bodies: War Crimes by the Allied Democratic Forces in the eastern Democratic Republic of Congo », ce document met en lumière de manière détaillée et accablante les exactions commises par les Forces démocratiques alliées (ADF) dans la région du Nord-Kivu. L'organisation de défense des droits humains a mené une enquête approfondie, interrogeant 71 personnes pour son rapport. Parmi les personnes interrogées figuraient des survivants directs des attaques, des travailleurs humanitaires dévoués œuvrant sur le terrain, ainsi que des officiers de police locaux, apportant une perspective complète et diversifiée sur la situation. Le rapport documente de manière spécifique 46 cas d'enlèvement, soulignant la fréquence et la gravité de cette pratique par les ADF. Ces chiffres ne représentent qu'une fraction des souffrances endurées par les populations, mais ils illustrent la nature systématique des violations des droits humains commises par le groupe.

Les attaques récentes s’inscrivent tragiquement dans une série d’incidents violents et récurrents attribués aux ADF, démontrant la persistance de leur menace et l'instabilité chronique de la région. En septembre 2025, la violence des combattants du groupe avait déjà frappé durement, lorsqu'ils auraient tué plus de 60 personnes lors d'une veillée funèbre dans le village de Ntoyo. Cet événement avait alors choqué la communauté internationale par sa barbarie. Un autre incident majeur, tout aussi dévastateur, s'est produit en novembre 2025, lorsque au moins 17 civils ont été tués dans le village de Byambwe. Lors de cette attaque particulièrement destructrice, quatre salles d'un hôpital local ont également été incendiées, selon les informations rapportées, privant la population d'infrastructures médicales essentielles et aggravant la crise humanitaire.

Contexte historique et géographique de la violence

Les Forces démocratiques alliées (ADF), mouvement rebelle originaire d'Ouganda, sont établies et opèrent dans les forêts denses de l'est de la République démocratique du Congo depuis les années 1990. Leur présence prolongée et leur capacité à se maintenir dans cette région complexe ont contribué à une détérioration continue de la sécurité. Ce groupe opère principalement dans l'est de la RDC, une zone stratégiquement importante située à proximité immédiate de la frontière ougandaise. Cette position géographique leur confère une certaine flexibilité opérationnelle et complique les efforts des forces armées pour les contenir.

La violence attribuée à ce groupe s'est intensifiée de manière dramatique dans la région de Beni à partir de 2013, marquant le début d'une période d'escalade des massacres et des atrocités. Entre 2014 et 2016, plus de 700 civils ont été tués dans la seule région de Beni, témoignant de l'ampleur des pertes humaines et de la vulnérabilité des populations. Les estimations pour la période plus large allant de 2013 à 2026 font état de plusieurs milliers de morts, avec certaines sources citant un chiffre effroyable de plus de 6 000 civils tués ou disparus à cause des activités des ADF. Ces chiffres soulignent l'impact dévastateur et durable de la présence du groupe sur la vie des communautés locales.

Parallèlement à la menace des ADF, une autre rébellion majeure, menée par le Mouvement du 23 Mars (M23) et notoirement soutenu par le Rwanda, a aggravé considérablement la situation sécuritaire des civils dans la région. Cette superposition de conflits, impliquant différents groupes armés et des dynamiques régionales complexes, a créé un environnement de violence multidimensionnelle, rendant la protection des populations encore plus difficile et la recherche de solutions de paix particulièrement ardue.

Réactions et appels à l'action internationale

Ces meurtres récents, survenus lors d'incursions coordonnées le long des axes Vemba-Katota et Vemba-Masulukwede, ont été largement rapportés et condamnés. Des sources locales, en première ligne face à ces atrocités, ainsi que des acteurs de la société civile, jouant un rôle clé dans la documentation et la dénonciation des violences, ont rapidement fait état de ces événements tragiques. La colère et la frustration des habitants sont palpables ; ils ont exprimé leur profonde indignation envers les autorités sécuritaires. Ils dénoncent des massacres répétés et incessants, malgré la présence significative des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et des troupes ougandaises engagées dans l'Opération Shujaa, une initiative conjointe visant à éradiquer les groupes armés dans la région. Cette colère reflète un sentiment d'abandon et d'impuissance face à une violence persistante et apparemment incontrôlable.

La nature des ADF en tant que groupe armé est également notée par la communauté internationale. Les États-Unis, reconnaissant la menace que le groupe représente pour la stabilité régionale et la sécurité mondiale, considèrent les ADF comme une organisation terroriste. Cette désignation a des implications importantes en termes de sanctions et de coopération antiterroriste. De nombreuses organisations de défense des droits humains, quant à elles, accusent les ADF de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, des qualifications juridiques graves qui pourraient potentiellement mener à des poursuites devant des tribunaux internationaux. Le groupe est depuis longtemps en conflit direct et ouvert avec les FARDC, les forces armées nationales de la RDC, ainsi qu'avec la mission de l'ONU pour la stabilisation en RDC, la MONUSCO, qui a pour mandat de protéger les civils et de soutenir les efforts de paix.

Amnesty International, ayant mené des recherches approfondies dans la province du Nord-Kivu, dans l'est de la RDC, a recueilli des témoignages poignants et des preuves accablantes de la violence. L'organisation a interpellé les autorités de la RDC, les appelant à redoubler d'efforts et à prendre des mesures plus efficaces et concrètes pour assurer la protection des civils. Cet appel à l'action est devenu un leitmotiv pour de nombreuses organisations humanitaires et de droits humains qui continuent de documenter les souffrances des populations congolaises et de plaider pour une réponse nationale et internationale plus solide et plus coordonnée face à l'urgence humanitaire et sécuritaire qui prévaut dans la région.