Bouteilles en plastique : un fléau envahissant Bujumbura

À Bujumbura, la capitale économique du Burundi, les bouteilles en plastique sont omniprésentes, notamment dans la commune de Mukaza, au cœur de la ville. Ce phénomène se manifeste par la visibilité quasi-constante de ces contenants dans l'environnement urbain, transformant le paysage urbain en un défi environnemental majeur. Leur présence est une réalité visuelle quotidienne pour les habitants et les visiteurs de la ville.

Dans un commerce de proximité localisé dans cette zone, l'offre de produits est majoritairement constituée de boissons conditionnées en bouteilles plastiques. Des cartons de la marque Niko occupent d'ailleurs une place prépondérante dans l'agencement des étals, soulignant la popularité et la disponibilité de ces produits. Cette prédominance des boissons en bouteilles plastiques dans les commerces contribue directement à l'ampleur du problème des déchets.

L'omniprésence des déchets plastiques

Les bouteilles jonchent les trottoirs, s'accumulent dans les caniveaux, débordent des poubelles publiques et finissent dans les terrains vagues ou les champs de Bujumbura. Cette dispersion anarchique des déchets plastiques est un spectacle courant dans de nombreux quartiers. Plusieurs bouteilles vides ont été découvertes dans un caniveau à quelques mètres de là, témoignant de leur forte consommation et de l'habitude répandue de les jeter après usage. Un commerçant a reconnu que les bouteilles en plastique constituent une part importante des déchets produits autour de son magasin, illustrant l'ampleur du défi auquel sont confrontés les petits commerces.

Ce commerçant a affirmé qu'il ne pouvait pas se passer de la vente de ces boissons, expliquant : « Sans ces boissons, peu de clients s’arrêteraient devant ma boutique. Les habitants du quartier achètent surtout leurs vivres au centre-ville. Ici, ce qui attire les consommateurs, ce sont ces boissons. » Cette dépendance économique des commerçants aux boissons en bouteilles plastiques met en lumière un aspect complexe du problème. Il a également ajouté : « Beaucoup viennent ici pour se remonter le moral avec un petit Niko vendu à 2 500 BIF. Ils entendent noyer leurs soucis. » Cette déclaration suggère une dimension sociale à la consommation de ces boissons, en particulier parmi les populations vulnérables.

Selon le commerçant, les boissons de la marque Brarudi sont rares sur le marché, ce qui pousse les consommateurs, particulièrement les jeunes et ceux aux revenus modestes, vers des alternatives moins chères comme les boissons Niko, vendues à 2 500 BIF. Cette situation de l'offre et de la demande crée un cercle vicieux où les options les plus accessibles sont également celles qui génèrent le plus de déchets plastiques. Concernant la gestion des déchets, il a précisé : « Je ne peux pas suivre chaque client pour lui demander de jeter sa bouteille dans la poubelle. Certains quittent déjà la boutique dans un état où ils n’acceptent plus les remarques. » Cette impuissance face au comportement des consommateurs met en évidence le manque d'infrastructures et de sensibilisation pour une gestion adéquate des déchets.

Les efforts de nettoyage vains

Pour un habitant du quartier de Ngendandumwe, les bouteilles en plastique représentent le principal obstacle à la propreté de la ville. Leur omniprésence rend les efforts de nettoyage particulièrement difficiles et souvent éphémères. Moins d’une semaine après des travaux d’assainissement, les bouteilles réapparaissent dans les caniveaux et entravent de nouveau l’écoulement des eaux, selon ce résident. Celui-ci a précisé : « Nous terminons souvent les travaux avec le sentiment du devoir accompli. Mais moins d’une semaine plus tard, tout est à recommencer. Les bouteilles reviennent dans les caniveaux et bloquent à nouveau l’écoulement des eaux. » Ce témoignage illustre la nature répétitive et frustrante des opérations de nettoyage face à un afflux constant de nouveaux déchets.

Une opération d'assainissement est régulièrement mise en œuvre, mobilisant des chefs de zone et plusieurs habitants autour du Tribunal du Travail, situé dans la commune de Mukaza. Les participants s'emploient à désencombrer les caniveaux envahis par les mauvaises herbes, les pierres, la boue et une eau stagnante et noirâtre. Les bouteilles en plastique se sont tellement mêlées aux autres débris que les pelles peinent à les extraire, rendant la tâche particulièrement ardue pour les équipes de nettoyage. La difficulté physique de cette tâche note l'ampleur de l'accumulation et la complexité du tri des déchets. Ces efforts, bien que louables, ne parviennent pas à endiguer le flux constant de nouvelles bouteilles jetées.

Appels à la responsabilité citoyenne

Un habitant de la commune de Mukaza estime que la prolifération des bouteilles abandonnées témoigne d'une consommation excessive de certaines boissons alcoolisées, poussant ainsi certains consommateurs à négliger l'hygiène personnelle et publique. Cette perspective met en lumière un lien potentiel entre des habitudes de consommation et le comportement de jet de déchets. Pour Aline Bigirimana, administratrice de la commune de Mukaza, le problème excède la simple question du nettoyage. Elle note la nécessité pour les habitants de développer une culture de la propreté et d'adopter des comportements responsables, car la seule action des services techniques ne suffit pas. « Il faut une véritable éducation citoyenne », a-t-elle déclaré, insistant sur l'importance d'un changement de mentalité au sein de la population pour une gestion durable des déchets.

Aline Bigirimana a également souligné la responsabilité individuelle des consommateurs, un aspect clé pour inverser la tendance actuelle. Elle a affirmé que « les personnes qui consomment une boisson en cours de route devraient conserver leurs bouteilles jusqu’à la prochaine poubelle au lieu de la jeter dans un caniveau ». Cette déclaration met en lumière l'appel des autorités locales à une meilleure gestion des déchets par les citoyens eux-mêmes, afin de freiner l'accumulation des bouteilles en plastique dans l'espace public de Bujumbura. Elle insiste sur le fait que chaque geste compte dans la lutte contre la pollution plastique.

Impacts et solutions futures

Les conséquences de cette accumulation de déchets plastiques ne se limitent pas aux rues de Bujumbura. Des bouteilles en plastique finissent leur course dans le lac Tanganyika, affectant potentiellement son écosystème fragile et menaçant la biodiversité aquatique. Cette pollution des eaux est une préoccupation majeure pour l'environnement et la santé publique. Dans certaines zones agricoles autour de Bujumbura, des agriculteurs constatent que ces contenants remplacent progressivement d'anciens déchets d'emballage plastique, ce qui complique les travaux agricoles et peut nuire à la fertilité des sols. La présence de ces déchets dans les champs gêne le labour et l'ensemencement, ajoutant une difficulté supplémentaire aux pratiques agricoles.

Face à cette situation, Aline Bigirimana, administratrice de la commune de Mukaza, invite les entreprises commercialisant des boissons en bouteilles plastiques à s'impliquer davantage dans la récupération et le recyclage de leurs emballages. Elle avait précédemment déclaré qu'« Il faut une véritable éducation citoyenne » pour changer les mentalités face à l'accumulation des déchets, mais elle insiste désormais sur une responsabilité partagée. Cette administratrice note l'importance d'une responsabilité partagée entre citoyens et acteurs économiques, estimant que les producteurs ont un rôle essentiel à jouer dans la mise en place de systèmes de collecte et de valorisation. Une approche globale, impliquant tous les acteurs de la chaîne, est jugée indispensable pour trouver des solutions durables à ce fléau environnemental.