Une conférence-débat sur la « politique d'investissement dans les projets de développement communal au Burundi » a été organisée par l'ONG La Benevolencija, avec le soutien de l'Union européenne. Cet événement a mis en lumière les principaux obstacles rencontrés par les communes burundaises dans la réalisation de leurs initiatives de développement. Le manque de ressources financières est identifié comme le défi majeur empêchant la concrétisation de l'ensemble des projets communaux. Cette problématique a été au cœur des discussions, soulignant la nécessité de trouver des solutions durables pour financer les infrastructures et les services essentiels à l'échelle locale. La conférence-débat a servi de plateforme clé pour échanger sur ces enjeux pressants.
Financement et planification communale
Les débats ont réuni plusieurs acteurs clés du développement local, dont Amédée Misago, administrateur de la commune de Muyinga, et Aline Manirabarusha, ancienne gouverneure de la province de Muyinga. Audace Nizigiyimana, conseiller communal de Muyinga, et Arthémon Umuntunutwiwe, secrétaire exécutif de l'OLUCOME, figuraient également parmi les participants. Ces personnalités ont partagé leurs perspectives et leurs expériences sur les défis et les opportunités liés à la mise en œuvre des projets de développement au niveau communal.
La méthode d'identification des projets est décrite comme un processus participatif. Les projets sont d'abord identifiés avec les citoyens directement sur les collines avant d'être intégrés au Plan de Travail et Budget Annuel (PTBA). Ce plan est ensuite aligné avec le plan de développement communal quinquennal, assurant une cohérence à plus long terme pour les initiatives locales. Ce processus vise à garantir que les projets répondent directement aux besoins exprimés par les populations à la base.
Les priorités pour ces projets communaux sont diverses et répondent aux besoins essentiels des populations. Elles incluent notamment la construction et l'entretien des routes, la création d'écoles, l'établissement de centres de santé, le développement d'autres infrastructures publiques et l'amélioration de l'accès à l'eau. Ces domaines d'intervention sont cruciaux pour l'amélioration des conditions de vie des habitants et le développement socio-économique des communes. Amédée Misago a souligné que « L’accès à l’eau potable demeure un défi majeur pour la commune ».
Les communes rencontrent des difficultés financières qui peuvent impacter la réalisation de ces projets. Amédée Misago a expliqué que « Il arrive que la commune n’atteigne pas les recettes escomptées, par exemple lorsque les récoltes des agriculteurs sont mauvaises ». Cette dépendance aux conditions agricoles locales peut créer une volatilité dans les ressources disponibles pour les investissements. Parallèlement, des initiatives de grande envergure sont envisagées à l'échelle nationale ; l'État burundais prévoit d'allouer cinq milliards de francs burundais pour la construction d'un terrain synthétique. Ce contraste entre les ressources limitées au niveau local et les investissements nationaux soulève des questions sur la répartition des fonds.
Un point de critique a été soulevé concernant l'élaboration de ces plans. Selon les informations disponibles, la société civile n'est pas associée à l'élaboration du plan de développement communal. Cette exclusion potentielle de la société civile du processus de planification pourrait limiter la prise en compte de toutes les perspectives et besoins locaux dans la définition des stratégies de développement, et potentiellement réduire l'adhésion des communautés aux projets.
Déficits d'infrastructures et accès à l'eau
La conférence-débat s'est tenue le 30 juillet dans la commune de Muyinga, province de Buhumuza. Des pénuries d'eau similaires sont observées ailleurs dans le pays, illustrant l'ampleur du problème. À Cibitoke, les habitants sont privés d'eau courante depuis près d'un mois, une situation qui perturbe gravement la vie quotidienne et l'hygiène publique. Dans la commune de Muyinga, seulement 54% de la population dispose actuellement d'un accès à l'eau potable, ce qui est un indicateur de la nécessité d'investissements urgents dans ce secteur. Un budget de 178,5 millions de francs burundais est prévu pour le secteur de l'eau dans cette commune, mais les besoins restent considérables.
L'installation de nouveaux points d'eau à Muyinga, financée par l'État, nécessitera un investissement d'environ quatre millions de dollars. Ce montant substantiel témoigne de l'effort requis pour améliorer significativement l'accès à l'eau pour une plus grande partie de la population. La situation à Cibitoke est particulièrement tendue, où le prix d'un bidon d'eau peut atteindre 1 000 BIF en raison des pénuries, rendant l'accès à l'eau potable difficile et coûteux pour les ménages. Pour faire face à ces défis, la commune de Cibitoke prévoit d'investir environ 100 millions de BIF dans le secteur de l'eau au cours de l'exercice fiscal 2026-2027, une initiative visant à atténuer les difficultés actuelles.
Des projets d'envergure sont également envisagés pour améliorer l'approvisionnement en eau. Le projet du barrage Ruzizi III, estimé à près de 10 milliards de BIF, devrait alimenter en eau les communes de Rugombo et Cibitoke, offrant une solution à long terme pour une région confrontée à des problèmes chroniques d'approvisionnement. Ces initiatives visent à pallier les déficits persistants en matière d'accès à l'eau et d'infrastructures essentielles, qui sont des piliers du développement durable et de la santé publique.
Difficultés d'accès aux marchés locaux
Les producteurs de mangues à Rumonge rencontrent des difficultés croissantes pour écouler leur production, entraînant la pourriture d'une partie des récoltes en raison du manque de débouchés. Cette situation affecte notamment les associations locales, qui dépendent de la vente de leurs produits pour assurer la subsistance de leurs membres et le développement de leurs activités. Bernard Masumbuko, qui dirige une association gérant plus de 12 hectares de vergers, chacun comptant plus de 100 manguiers, a témoigné de cette problématique. Son association, comme beaucoup d'autres, est confrontée à une réalité économique difficile. « Auparavant, nous pouvions écouler notre production et c’était permis d’écouler même dans les pays voisins, » a déclaré Bernard Masumbuko, se remémorant une période où les marchés étaient plus ouverts et accessibles. Il a ajouté : « Aujourd’hui, nous ne vendons que de petites quantités, lorsqu’un acheteur se présente. » Cette contraction des marchés a des répercussions directes sur les revenus des producteurs et sur la viabilité de leurs exploitations.
Une situation similaire affecte le marché de l'avocat. Un sac d'avocats qui se vendait auparavant jusqu'à 100 000 BIF ne rapporte plus qu'environ 15 000 BIF à Gitega, selon les observations locales. Cette baisse significative des prix est attribuée à plusieurs facteurs, illustrant la fragilité des chaînes d'approvisionnement et de commercialisation. La fermeture de l'entreprise Twitezimbere à Gitega est citée comme une des raisons principales des difficultés de commercialisation des avocats. Cette entreprise jouait un rôle important dans l'achat et la distribution de cette production, servant de maillon essentiel entre les producteurs et les marchés. La fermeture de Twitezimbere est, quant à elle, liée à une utilisation irrégulière de l'électricité, selon les informations disponibles, ce qui met en lumière les vulnérabilités liées aux infrastructures énergétiques. Ces contraintes combinées pèsent lourdement sur les revenus des producteurs locaux, menaçant la rentabilité de leurs activités agricoles et leur capacité à investir dans l'avenir.
Enjeux de gouvernance et de revenus
Les ressources financières de la commune de Muyinga proviennent de diverses sources, incluant les impôts et taxes, les subventions de l'État, les contributions des partenaires au développement ainsi que les apports des populations. La diversification de ces sources vise à assurer une certaine autonomie financière pour la mise en œuvre des projets locaux et à réduire la dépendance à une seule source de financement. Cette structure de financement est conçue pour permettre aux communes de répondre aux besoins variés de leurs citoyens.
Cependant, des facteurs liés à la gouvernance et à la gestion des revenus expliquent la non-réalisation de certains projets communaux. Le favoritisme dans les marchés publics et le détournement de certaines recettes par des agents de collecte d'impôts sont cités parmi les obstacles majeurs. Ces pratiques de mauvaise gouvernance compromettent la capacité des communes à mobiliser et à utiliser efficacement les fonds destinés au développement, impactant directement l'exécution des initiatives planifiées. Elles minent la confiance du public et des partenaires au développement, rendant plus difficile l'attraction de nouveaux financements et la mise en œuvre de projets ambitieux. La transparence et la redevabilité sont essentielles pour surmonter ces défis et garantir que les ressources sont allouées de manière équitable et efficiente au bénéfice de l'ensemble de la communauté. Le manque de ressources financières est donc exacerbé par des problèmes de gestion et de gouvernance, créant un cercle vicieux qui entrave le progrès.