Budget 2026-2027 au Burundi : Entre Ambitions et Incertitudes Économiques

Les députés à Kigobe lors de l’analyse du budget général de l’Etat, exercice 2026/2027
Photo via Iwacu-burundi

Le président de la République a promulgué le budget général de l'État pour l'exercice fiscal 2026-2027 le 30 juin 2026 au Burundi. Ce budget, qui vise à soutenir les ambitions économiques du pays, intervient dans un contexte de défis économiques persistants.

Pour l'exercice 2026-2027, le gouvernement burundais prévoit des dépenses s'élevant à plus de 7 000 milliards de BIF. Cette enveloppe budgétaire reflète les priorités définies par les autorités pour stimuler la croissance et répondre aux besoins de développement, malgré les incertitudes économiques qui caractérisent la période.

Détails des allocations budgétaires

Le ministère en charge de la jeunesse s'est vu allouer une somme de 24 milliards de BIF. Les budgets des ministères de l'Éducation, de la Santé et de l'Environnement ont tous enregistré une augmentation par rapport aux trois exercices fiscaux précédents. Le ministère responsable du budget a bénéficié de la plus importante allocation, dépassant les 3 000 milliards de BIF.

Le budget du ministère de l'Environnement a augmenté pour atteindre plus de 622 milliards de BIF pour l'exercice fiscal 2026-2027. Cette somme est en hausse par rapport aux montants des deux années précédentes, qui s'élevaient à environ 334-335 milliards de BIF, et dépasse également les plus de 506 milliards de BIF alloués en 2023/2024. Pour le ministère de la Santé, le budget de 2026-2027 s'établit à plus de 315 milliards de BIF. Ce chiffre se compare aux presque 195 milliards de BIF de l'exercice précédent et aux plus de 337 milliards de BIF de 2023/2024.

Quant au ministère de l'Éducation, son budget a progressé, passant de plus de 693 milliards de BIF en 2025-2026 à plus de 764 milliards de BIF pour l'exercice 2026-2027. Les dépenses de fonctionnement représentent environ 48% du budget total prévu pour l'exercice fiscal 2026-2027.

Analyse des défis économiques

La pression fiscale au Burundi se situe entre 16% et 19%, un niveau jugé insuffisant pour financer pleinement les services publics et les investissements nécessaires, mais élevé compte tenu de la taille de l'économie, selon les estimations. Le Professeur Michel Masabo, expert en la matière, estime que « le nouveau budget ne produira pas le résultat escompté ». Il note que « Primo, par rapport au budget précédent, les prévisions de recettes ont augmenté autour de 25,5% tandis que les prévisions de dépenses ont augmenté de 29% ». Il ajoute que « Secundo, les dépenses de fonctionnement restent importantes. On peut les évaluer autour de 48% », un chiffre déjà mentionné dans le budget global. « Tertio, il accuse un déficit très important », précise le professeur, indiquant que « Le déficit global avec dons est de 384 860 209 226 BIF tandis que le déficit global sans dons est de 2260 691 169 819 BIF ». Enfin, il qualifie ce budget de « Quarto, c’est un budget ambitieux qui est orienté vers l’investissement financé par les ressources intérieures et on estime que cela va permettre de relancer l’économie ».

La dette intérieure du Burundi est estimée à 6 300 milliards de BIF, selon les chiffres disponibles. Les crédits alloués au développement fondamental et post-fondamental ont connu une diminution significative, passant de 12% en 2024/2025 à 9% en 2025/2026, puis à 5% dans le budget actuel. Le Professeur Masabo pointe les effets négatifs d'une pression fiscale élevée. « Elles sont néfastes », affirme-t-il, expliquant que « Premièrement, la pression fiscale peut réduire la consommation. Ce qui ralentit l’économie. Les ménages consomment, les entreprises aussi. Si les impôts, et la plupart sont des impôts indirects, sont incorporés au prix, les ménages ne vont pas consommer suffisamment, les entreprises mêmement ». Il continue en expliquant que « Deuxièmement, la pression fiscale réduit l’investissement. Quand on fait des affaires c’est pour faire des profits légitimes. Et quand le poids des impôts est très élevé, il y a trop d’impôts. On risque d’être découragé et on laisse d’investir ». Le Professeur Masabo alerte également sur les comportements d'évitement : « Troisièmement, quand il y a des impôts trop lourds, les contribuables risquent d’adopter des comportements d’évitement de l’impôt. Ils vont chercher de manière licite ou illicite à échapper à l’impôt ». Pour lui, « Bref, l’effet escompté ne se produira pas ».

Les prévisions de recettes ont augmenté d'environ 25,5% et celles des dépenses de 29% par rapport au budget précédent, comme l'observe le Professeur Michel Masabo. Il identifie plusieurs incertitudes. « Primo, il y a une incertitude par rapport à la mobilisation des ressources », déclare-t-il, ajoutant que « Il ne faut pas oublier que les prévisions de recettes inscrites dans le budget ne sont que des évaluations. On peut les atteindre, si on les dépasse c’est mieux comme on peut aller en deçà ». Le montant des dons prévu est une autre source d'incertitude pour le professeur : « Regardez le montant qui est inscrit au titre des dons, il est très élevé par rapport au budget de l’année dernière. Qu’est-ce qui justifie qu’on aura ça ? C’est compter sur l’extérieur avec des aléas. Probablement qu’on n’aura pas ça. Les partenaires extérieurs ne se bousculent pas pour appuyer le budget ». L'inflation représente un défi majeur. « Secundo, l’inflation est très élevée. Elle ne devrait pas atteindre les deux chiffres. Quand l’inflation atteint 10% c’est déjà trop. Au Burundi, on en est autour de 40% », précise-t-il. Cette inflation élevée entraîne des conséquences, selon lui. « On peut citer la réduction de la consommation et le manque de compétitivité. Nos produits ne seront pas compétitifs à l’extérieur. Il y aura de l’incertitude générale au niveau économique. Vous placez vos capitaux, vous n’êtes pas sûrs d’avoir des intérêts et à quel taux parce que l’inflation frappe tout cela ».

Le poids de la dette publique est un dernier défi selon le Professeur Masabo. « Le dernier défi, c’est le poids de la dette publique. Les chiffres que nous avons pu récolter montrent que la dette intérieure est évaluée à 6 300 milliards BIF et la dette extérieure tourne autour de 1 900

Critiques et recommandations d'experts

L'inflation au Burundi se maintient autour de 40%, un niveau qui accentue les défis économiques. La dette extérieure du pays est estimée à 1 900 milliards de BIF, ajoutant une pression sur les finances publiques. Diomède Ninteretse, un expert, anticipe une possible diminution du pouvoir d'achat des Burundais de l'ordre de 40% pour l'exercice 2026/2027. Selon lui, « les taxes et impôts vont toucher directement les ménages et les entreprises qui voudront bien supporter les charges du gouvernement qui voudra vivre de la manière la plus prestigieuse possible ». Il ajoute que « dans cette situation où la croissance économique est projetée à 4% avec un budget augmenté à 40%, c’est une erreur stratégique que le Burundi n’avait connu depuis la nuit des temps ».

Le budget présente un déficit significatif, s'élevant à 384 860 209 226 BIF avec les dons, et atteignant 2 260 691 169 819 BIF sans les dons, ce qui met en lumière la dépendance aux financements extérieurs. Face à cette situation, Pamphile Malayika recommande de réduire les dépenses allouées aux missions, qu'elles soient intérieures ou extérieures, ainsi que les frais liés à l'intendance des hautes dignitaires. Il précise : « Il faut réduire les dépenses allouées aux missions tant de l’intérieur que de l’extérieur et réduire les frais de l’intendance des hautes dignitaires. » Pamphile Malayika suggère également de récupérer et de rapatrier les fonds détournés, notant qu'environ 7 milliards de BIF restent à recouvrer.

Le Professeur Masabo, quant à lui, préconise la mise en place d'objectifs réalistes et une rigueur accrue dans la mobilisation des ressources. Il insiste sur la nécessité de consolider l’économie par la réduction de l'inflation et la priorisation des investissements productifs pour garantir une croissance durable.