Cinq partis d'opposition burundais – l'Uprona, le CNL, le CDP, le Sahwanya-Frodebu et le Codebu – ont rencontré le président Evariste Ndayishimiye le vendredi 15 mai 2026 à Kiriri, dans le grand hall du Palais présidentiel. Cette rencontre faisait suite à leur demande de dialogue avec le chef de l'État, posée comme préalable à leur participation aux élections prévues en 2027.
Le président Ndayishimiye a ouvert la discussion en déclarant : « Il y a certains partis au passé glorieux qui se croient encore grands alors qu’ils n’ont plus de militants, encore moins d’assise populaire. » Il a rappelé que « le pouvoir émane du peuple » et qu'il faut « respecter et soutenir celui que ce peuple a élu. » Le chef de l'État a également interrogé ses interlocuteurs sur la crédibilité du processus électoral, demandant : « Que faut-il faire pour que les élections soient plus crédibles ? » et « Pourquoi est-ce que ceux qui se lamentent ou se plaignent en arguant que les élections ont été entachées d’irrégularités s’arrangent pour le faire toujours, non pas pendant le déroulement du vote, mais après la proclamation des résultats ? »
Les demandes de l'opposition
Les partis d'opposition ont exigé une restructuration de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et de ses démembrements. Cette restructuration devrait viser à rendre l'institution « représentative et inclusive », afin qu'elle serve « le pays et non le parti au pouvoir ». Selon les partis, une telle réforme est nécessaire pour garantir la confiance dans le processus électoral et assurer une gestion impartiale des scrutins à venir.
Les formations politiques ont également souligné des « imperfections » dans le code électoral actuel. Elles ont fait état de « provisions insuffisantes » destinées à protéger les électeurs et les représentants politiques, affirmant que ces lacunes compromettent l'intégrité du vote. Elles ont par ailleurs critiqué la composition de la Cour constitutionnelle, la jugeant « ni équilibrée ni consensuelle », ce qui, selon elles, pourrait affecter l'impartialité des décisions relatives aux contentieux électoraux.
Les partis d'opposition ont enfin dénoncé « la présence d'une certaine société civile mal intentionnée invitée à dénigrer et insulter les partis politiques ». Ils ont exprimé leur préoccupation face à ce qu'ils considèrent comme des tentatives de discréditer leur action et de polariser le débat public, notamment dans le contexte des préparatifs des élections de 2027.
Les préoccupations présidentielles
Le président Evariste Ndayishimiye, déjà candidat à un second mandat de sept ans, a présidé les échanges en présence de partenaires électoraux et de hauts fonctionnaires. Lors de cette réunion, il a soulevé plusieurs questions, invitant au débat sur la conduite des scrutins à venir. Il a notamment déclaré : « Il y a certains partis au passé glorieux qui se croient encore grands alors qu’ils n’ont plus de militants, encore moins d’assise populaire. » Il a ajouté que « diriger les hommes, ce n’est pas comme guider les moutons. Il faut que celui qui se dit que le dogme, “Ôte-toi de là que je m’y mette”, est encore de mise, se calme. Le pouvoir émane du peuple. Personne ne peut se l’approprier. Il faut respecter et soutenir celui que ce peuple a élu. » Le chef de l'État a également mis en garde : « On ne badine pas avec le pays. Ce n’est pas non plus comme une cruche de bière où chaque convive vient étancher sa soif. Comme les candidats sont moins nombreux que les électeurs, il ne faut pas perdre les pédales, c’est la population qui est juge. »
Le Président Ndayishimiye a soulevé trois questions majeures pour la discussion. Il a d'abord demandé : « Qu’est-ce qui peut être fait, qui n’était pas mis en œuvre, pour que le processus électoral se déroule sans incidents ? Que faut-il faire pour que les élections soient plus crédibles ? » Ensuite, il a interrogé les participants sur la récurrence des plaintes post-électorales : « Pourquoi est-ce que ceux qui se lamentent ou se plaignent en arguant que les élections ont été entachées d’irrégularités s’arrangent pour le faire toujours, non pas pendant le déroulement du vote, mais après la proclamation des résultats ? » Enfin, il a abordé la question budgétaire, soulignant une préoccupation partagée : « Cela me taraude l’esprit. C’est un souci et il est partagé par une grande partie de la population. Je pense qu’il faut revoir à la baisse le budget alloué aux élections. Est-ce qu’il n’y a pas moyen de couper la poire en deux afin que la moitié du montant prévu pour les élections soit utilisée pour des activités de développement ? Par exemple une adduction en eau potable sur la plupart de nos collines et ainsi épargner la population de certaines maladies ? »
Afin de réduire les coûts électoraux, le président Ndayishimiye a suggéré de faire appel à des volontaires pour les opérations de vote. Il a posé la question : « Est-ce qu’il n’y a pas moyen de faire recours aux volontaires, vu que les opérations de vote ne durent que deux jours seulement ? » Il a conclu en avertissant les participants : « Que chacun sache qu’il ne va pas partir avec des réponses à ses soucis mais des solutions négociées à toutes préoccupations exprimées. Mais celui qui va se sentir contrarié et nous claquer la porte au nez, qu’il s’en prenne à lui-même parce que ce sont les conclusions issues du consensus sans lui qui seront mises en avant et il sera obligé de les respecter. »
Contexte électoral et historique
Cinq partis politiques avaient boycotté une réunion de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) le 7 mai 2026. Cette absence marquait une défiance persistante envers l'institution en charge de l'organisation des scrutins.
Dans ce contexte, le Burundi se prépare à des échéances électorales importantes. Le pays doit en effet organiser les élections communales, législatives et collinaires en 2025. Ces scrutins sont perçus comme un test majeur pour la démocratie burundaise et la stabilité politique.
La campagne électorale avait été officiellement lancée le 22 avril 2026 à Gitega, marquant le début des préparatifs pour les prochaines consultations populaires. Ce lancement officiel donnait le coup d'envoi des activités politiques en vue des élections à venir.
Le même jour, la Ceni avait tenu une réunion préparatoire, également le 22 avril 2026. Cette rencontre visait à discuter des modalités d'organisation des élections, alors que les partis d'opposition exprimaient déjà des préoccupations sur la crédibilité du processus.
Réactions et perspectives
Les cinq partis d'opposition burundais ont exprimé leur insatisfaction quant aux réponses obtenues lors du dialogue avec le président Evariste Ndayishimiye. Cette rencontre, tenue le 15 mai 2026, n'a pas permis de dissiper leurs préoccupations.
Dans un communiqué conjoint publié le 19 mai 2026, l'Uprona, le CNL, le CDP, le Sahwanya-Frodebu et le Codebu ont regretté que les réponses fournies durant les échanges n'aient pas été jugées « satisfaisantes ». Cette déclaration note la persistance des divergences entre le pouvoir et l'opposition concernant les réformes électorales et le cadre de préparation des scrutins de 2027.