Expulsions de jeunes Burundais de Suisse : Inquiétudes et appels à la suspension des renvois

Photo de la semaine – Burundi : renvois forcés depuis la Suisse, retours sous tension et accusations de persécution dénoncées par des experts
Photo: Laurent Guiraud via Sosmediasburundi

Des inquiétudes grandissent en Suisse concernant les expulsions de jeunes Burundais, avec au moins 17 personnes qui auraient déjà été renvoyées entre 2024 et 2026, selon des sources associatives. Ces renvois concernent principalement des jeunes ayant quitté le Burundi plusieurs mois ou années auparavant, cherchant une vie meilleure en Europe. La situation a suscité une vive préoccupation parmi les organisations de défense des droits humains et les associations de soutien aux migrants, qui s'alarment des conditions de ces retours forcés.

Les cantons d’Argovie, Soleure, Vaud et Zurich sont particulièrement concernés par ces expulsions, qui ont mis en lumière la complexité des politiques migratoires suisses. La majorité de ces jeunes avaient initialement fui leur pays d'origine pour des raisons diverses, espérant trouver stabilité et opportunités sur le continent européen. Leur parcours migratoire, souvent périlleux et semé d'embûches, s'est achevé par un retour forcé dans un pays qu'ils avaient cherché à quitter.

Le retour des jeunes expulsés

Plusieurs jeunes Burundais expulsés de Suisse ces dernières semaines sont retournés auprès de leurs familles, aussi bien dans différents quartiers de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, que dans plusieurs provinces du pays. Ces retours interviennent dans un contexte d'inquiétude croissante concernant ces renvois, d'autant que les perspectives d'intégration et de sécurité pour ces jeunes de retour sont incertaines. Les associations locales et internationales suivent de près leur situation, craignant pour leur bien-être et leur avenir.

Pour faciliter ces expulsions, un vol spécial a été organisé le 21 avril dernier. Cet avion a transporté une famille composée de cinq personnes, en plus de plusieurs autres ressortissants burundais faisant l'objet de mesures de renvoi. L'organisation de vols spéciaux pour des expulsions note la détermination des autorités suisses à appliquer ces mesures, malgré les appels à la prudence émis par diverses organisations. Ces opérations logistiques complexes mettent en évidence la coordination nécessaire entre les différentes entités impliquées dans le processus de renvoi.

Un grand nombre de ces jeunes avaient précédemment emprunté la route migratoire passant par la Serbie. Cette voie est devenue, au cours des dernières années, un point de passage fréquemment utilisé par des migrants africains cherchant à atteindre l'Union européenne. Le choix de cette route témoigne des difficultés rencontrées par les migrants pour obtenir des voies légales d'entrée en Europe, les poussant vers des chemins plus risqués et souvent clandestins. Leurs récits de voyage sont souvent marqués par des épreuves et des dangers, soulignant la vulnérabilité de ces populations.

Contexte burundais préoccupant

Le retour de ces jeunes intervient également dans un climat politique tendu à l’approche des élections de 2027. Cette situation ajoute à la complexité des renvois, alors que le pays se prépare à un scrutin majeur et que les dynamiques politiques internes peuvent être instables. Les observateurs internationaux s'inquiètent de l'impact de ce contexte sur la sécurité et les droits des personnes renvoyées, en particulier celles qui pourraient être perçues comme ayant fui le régime en place ou qui sont considérées comme des opposants.

Des experts ont souligné que le risque de persécution au Burundi est réel et documenté. Ils ont appelé à la suspension des renvois de ressortissants burundais, arguant que la situation sur place pourrait mettre en danger les personnes renvoyées. Ces avertissements sont basés sur des rapports réguliers faisant état de violations des droits humains et de restrictions des libertés fondamentales dans le pays. La persistance de ces risques est un argument central pour les défenseurs des droits humains qui plaident en faveur d'une réévaluation des décisions d'expulsion. La communauté internationale est ainsi interpellée sur sa responsabilité de ne pas renvoyer des individus vers des situations où leur vie ou leur liberté pourraient être menacées.

Appels à la suspension des renvois

Dix-sept personnes auraient déjà été renvoyées vers le Burundi entre 2024 et 2026, selon des sources associatives, ce qui alimente les préoccupations. Ces expulsions concernent des jeunes ayant quitté le Burundi et qui sont désormais renvoyés dans un pays où la situation politique est jugée préoccupante. Les organisations de défense des droits humains et des migrants s'inquiètent des conditions de retour et des risques auxquels ces individus pourraient être exposés. Elles insistent sur la nécessité d'une évaluation individuelle approfondie et d'une prise en compte des vulnérabilités spécifiques de chaque personne avant toute décision de renvoi.

Une conférence de presse en visioconférence est prévue le 27 mai pour aborder ces expulsions. Y participeront Fortuné Gaétan Zongo, Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi, ainsi que des juristes, des avocats et des représentants d’organisations de défense des migrants. Cette initiative vise à alerter la communauté internationale sur la situation et à demander une révision des politiques de renvoi. La présence de personnalités aussi influentes que le Rapporteur spécial de l'ONU confère une importance particulière à cet événement, espérant attirer l'attention médiatique et politique sur les enjeux humanitaires et juridiques de ces expulsions. Les participants espèrent que cette plateforme permettra de faire entendre la voix des personnes concernées et de mettre la pression sur les autorités suisses pour qu'elles revoient leur approche.

Réactions et témoignages

Plusieurs centaines de personnes seraient encore menacées d’expulsion ou en procédure d’asile, selon des informations relayées par des sources proches de ces dossiers. Ces chiffres alimentent les inquiétudes des organisations de défense des droits humains et des associations de soutien aux migrants concernant la politique migratoire de la Suisse envers les ressortissants burundais. La situation de ces individus, qui attendent une décision sur leur avenir, reste un point de préoccupation majeur pour les observateurs et les acteurs de la société civile. Ces personnes vivent dans l'incertitude constante, une épée de Damoclès planant au-dessus de leur tête, ce qui a des répercussions psychologiques importantes. Les témoignages recueillis auprès de certains d'entre eux décrivent une anxiété profonde et un sentiment d'impuissance face aux rouages administratifs. Les associations s'efforcent d'offrir un soutien juridique et moral à ces personnes en attente, tout en continuant à plaider pour des politiques migratoires plus humaines et respectueuses des droits fondamentaux. La question des expulsions de jeunes Burundais de Suisse demeure ainsi un sujet sensible et complexe, nécessitant une attention continue et un dialogue constructif entre toutes les parties prenantes.