L'organisation Parole et action pour le réveil des consciences et le changement des mentalités (PARCEM) a tenu une conférence de presse le mercredi 13 mai 2026 à Bujumbura. Cette conférence était consacrée à la présentation de son rapport analytique sur la gouvernance et la situation socio-politico-économique du Burundi pour les premiers mois de l'année 2026, intitulé « Où allons-nous ? ». À travers ce rapport, PARCEM a souligné que l'époque n'est plus à régner sans gouverner, au mensonge ou à la manipulation populaire. L'organisation a insisté sur l'importance de l'action et de la responsabilité pour le leadership burundais face aux défis actuels, marquant une transition vers une ère où la reddition de comptes est essentielle.
Diagnostic économique alarmant
Selon PARCEM, un gouvernement qui ne prête pas une attention particulière à des aspects fondamentaux tels que l'inflation, l'énergie, la pauvreté, la situation fiscale, l'emploi, les réserves de change, la dette et les services sociaux de base ne comprend pas ses missions essentielles. L'organisation a affirmé avec force que lorsque la politique échoue dans un pays, le premier indicateur manifeste de cet échec est une inflation incontrôlée. Cette observation met en lumière la corrélation directe entre la bonne gouvernance économique et la stabilité des prix, soulignant l'urgence d'une gestion macroéconomique rigoureuse.
PARCEM a pointé du doigt les chiffres de l'inflation au Burundi, qui contraste fortement avec ceux de la sous-région. Alors que l'inflation au Rwanda, au Kenya et en Tanzanie se situe en dessous de 5%, les publications de l'INESB ont rapporté des taux d'inflation au Burundi de 31%, 29% et 30% au cours des premiers mois de 2026. Cette divergence significative place le Burundi dans une situation économique préoccupante par rapport à ses voisins. Cette inflation galopante est identifiée par l'organisation comme la cause principale de l'appauvrissement et de la vulnérabilité des ménages, érodant de manière drastique leur pouvoir d'achat et plongeant de nombreuses familles dans une précarité accrue.
L'économie burundaise est également freinée par un manque structurel de réserves de change et une dette publique en forte augmentation, atteignant environ 50% du PIB. Cette dépendance croissante à l'endettement et la faiblesse des réserves monétaires limitent la capacité du pays à importer des biens essentiels et à stabiliser sa monnaie. La croissance économique est estimée à un modeste 3,3%, un chiffre nettement inférieur à ceux observés dans la sous-région, où des pays affichent des croissances robustes de 8,7%, 9% et 10%. Ce décalage note un retard de développement et une difficulté à générer la prospérité nécessaire pour améliorer les conditions de vie des citoyens.
Le chômage et le sous-emploi constituent des problèmes importants et persistants au Burundi, entraînant un départ massif de jeunes à la recherche d'opportunités à l'étranger, d'après PARCEM. Cette fuite des cerveaux et des forces vives du pays prive l'économie locale de son potentiel de croissance et de dynamisme. La taxation pèse lourdement sur les contribuables, avec des exemptions non contrôlées bénéficiant à certains acteurs, et une focalisation excessive sur la taxation de la consommation, tandis que les revenus élevés sont épargnés. Cette approche fiscale inéquitable et inefficace crée des distorsions et ne favorise pas un développement économique inclusif.
Un manque de rigueur dans les dépenses est également observé, notamment dans la gestion des missions officielles, qui grèvent inutilement le budget de l'État. Cette situation, selon PARCEM, épuise les fonds publics et les réserves de change du pays, affaiblissant d'autant plus sa capacité à investir dans des projets de développement et à faire face aux chocs économiques. L'organisation insiste sur la nécessité d'une gestion budgétaire plus transparente et responsable pour préserver les ressources nationales.
Problèmes d'infrastructures et d'approvisionnement
Le Burundi est confronté à une insécurité énergétique significative, se manifestant par des pénuries récurrentes de carburant et d'électricité. Ces difficultés d'approvisionnement en carburant pour les citoyens entravent gravement la mobilité des biens et des personnes à travers le pays, paralysant l'activité économique et sociale. Les coupures d'électricité fréquentes impactent la productivité des entreprises et la qualité de vie des ménages, soulignant une infrastructure énergétique fragile et insuffisante. L'organisation PARCEM a également pointé du doigt les retards ou l'inachèvement de plusieurs projets d'infrastructure majeurs, qui sont pourtant cruciaux pour le développement du pays.
Parmi ceux-ci figurent la zone économique franche spéciale, un projet destiné à attirer les investissements et à stimuler l'emploi, dont la réalisation tarde. La construction du marché central, un point névralgique pour le commerce et l'approvisionnement des populations, est également à l'arrêt ou progresse lentement. Les bâtiments de l'Office Burundais des Recettes (OBR), essentiels pour l'administration fiscale, sont aussi concernés par ces retards. La rénovation de l'hôpital King Khaled, une infrastructure sanitaire vitale, ainsi que la construction de la route Bujumbura-Rumonge, un axe de transport majeur, figurent également sur la liste des projets en souffrance. Enfin, la réhabilitation des aéroports Melchior Ndadaye et Bugendana, portes d'entrée et de sortie du pays, est également ralentie. Ces blocages sont attribués, selon l'organisation, à des déficits persistants dans la coopération entre les différentes parties prenantes et à une mobilisation insuffisante des fonds nécessaires.
PARCEM a par ailleurs critiqué l'inefficacité de monopoles d'État tels que la Société Pétrolière du Burundi (SOPEBU), responsable de l'importation de carburant, et l'Agence Nationale de Gestion des Stocks Stratégiques et de Sécurité Alimentaire (ANAGESSA). L'organisation estime que ces entités, en raison de leur gestion opaque et de leur manque de performance, contribuent directement aux pénuries et à la flambée des prix, plutôt que de garantir la sécurité des approvisionnements pour la population.
Défis de gouvernance et de sécurité
La lutte contre la corruption constitue un défi majeur pour le Burundi, selon l'organisation PARCEM, qui déplore que des cas avérés de détournement de fonds publics restent impunis ou fassent l'objet de sanctions clémentes et non exemplaires. Cette situation contribue à un sentiment généralisé d'impunité au sein de l'administration et des élites, et entrave gravement les efforts visant à instaurer une gouvernance transparente, responsable et juste dans le pays. L'absence de conséquences réelles pour les auteurs de ces actes de corruption encourage la perpétuation de ces pratiques et sape la confiance des citoyens dans les institutions étatiques.
L'article mentionne également des cas alarmants d'enlèvements et de disparitions de personnes, sans qu'aucune campagne visible ni d'efforts concertés ne soient menés par les autorités pour endiguer ce phénomène inquiétant. Ces incidents soulèvent de vives préoccupations quant à la sécurité des citoyens et à l'état de droit au Burundi, incitant à des interrogations sérieuses sur la capacité des autorités à protéger efficacement la population et à traduire les responsables de ces actes odieux en justice. L'opacité entourant ces affaires et l'absence de communication officielle renforcent le sentiment d'insécurité et d'abandon parmi la population.
Appel à l'action et à la reddition de comptes
Faustin Ndikumana, le directeur national de la PARCEM, a lancé un appel vibrant et pressant aux dirigeants actuels, les exhortant à prendre pleinement leurs responsabilités face à la situation critique que traverse le pays. Il a souligné avec insistance que l'époque « n'est plus de régner sans gouverner », marquant une rupture avec les pratiques passées. M. Ndikumana a insisté sur la fin du « mensonge, de manipulation populaire », affirmant que ces méthodes ne peuvent plus être tolérées. Pour lui, c'est désormais « l'ère de l'action, de rendre compte », une période où les leaders doivent faire preuve de transparence et d'efficacité.
Le directeur national de la PARCEM a également affirmé avec regret que les dirigeants nationaux « se dérobent de plus en plus à leurs responsabilités » et refusent obstinément de reconnaître les échecs manifestes et les défis criants qui minent le pays. Il a notamment déploré l'incapacité persistante à maîtriser l'inflation, déclarant avec force que « dans un pays où la politique est mise en échec, le premier indicateur, c’est une inflation, non contrôlée, non maîtrisée ». Il a conclu en affirmant que cela n'est « pas normal pour un gouvernement responsable », soulignant l'impératif d'une gestion économique saine et d'une prise de conscience des réalités vécues par la population. Cette déclaration met en lumière l'urgence d'une réforme profonde de la gouvernance pour restaurer la confiance et garantir un avenir plus stable pour le Burundi.