Le président burundais Évariste Ndayishimiye a critiqué la gestion du centre d'élevage de lapins de Karusi, dans la province de Gitega, lors d'une visite le 18 mai 2026, dénonçant la corruption et le gaspillage de fonds publics. Cette visite a mené au limogeage de Dr. Ir Lieutenant-Colonel Léonidas Nibigira, directeur général de l'Office burundais de l'urbanisme, de l'habitat et de la construction (OBUHA), le lendemain même. Le président Ndayishimiye a remis en question les coûts et l'avancement des travaux, déclarant : « Quel est le budget déjà octroyé pour la construction de ces maisons? Au total, on vous a déjà donné combien? » Il a ajouté, s'adressant à Léonidas Nibigira : « Est-ce que vous savez qu’avec ce montant, je peux construire deux centres du genre, même trois? » Face aux explications, il a tranché : « J’ai vu que tu m’as mené en bateau ici et là, j’avais déjà fait une visite ici, montrez-moi ce qui a été fait après? » Annonçant un audit, le chef de l'État a disqualifié l'OBUHA du projet, estimant que « C’est incompréhensible » et que « Vous n’êtes là que pour manger, être payés sans travailler. C’est intolérable. »
La visite présidentielle qui coûte cher
La critique présidentielle a visé directement le Dr. Ir Lieutenant-Colonel Léonidas Nibigira, alors Commissaire général de l'Office burundais de l'urbanisme, de l'habitat et de la construction (OBUHA), lors de la visite. Le président Ndayishimiye a publiquement interpellé M. Nibigira sur la gestion du projet, le Dr. Nibigira ayant commencé son intervention par : « Je vous présente l’équipe de projet faite pour votre visite ici au Centre naisseurs de Karusi. A vos ordres Excellence président de la République… ». Le chef de l'État a alors questionné les coûts et l'avancement : « Quel est le budget déjà octroyé pour la construction de ces maisons? Au total, on vous a déjà donné combien? » Il a ensuite ajouté : « Est-ce que vous savez qu’avec ce montant, je peux construire deux centres du genre, même trois? Faut-il que je vous montrer le centre construit à Kibimba? Qu’est-ce que vous avez ajouté depuis ma dernière visite ici? »
Le président Ndayishimiye a manifesté son mécontentement face à l'absence de progrès significatifs, déclarant : « J’ai vu que tu m’as mené en bateau ici et là, j’avais déjà fait une visite ici, montrez-moi ce qui a été fait après? » Il a conclu sa réprimande en annonçant la disqualification de l'OBUHA du projet : « Silence ! M. Le ministre, on leur retire de ce projet. L’OBUHA est disqualifié. Je ne veux même plus l’entendre dans ce projet. Je vais effectuer un audit, mes techniciens vont compter tout le budget utilisé dans ce projet. C’est incompréhensible ». Il a également dénoncé ce qu'il a qualifié de « stupidité », rappelant que « les biens du pays ne sont pas à gaspiller ». Il a souligné que le centre naisseur de Cibitoke ou celui de Kibimba « n’a pas coûté autant d’argent et la durée de sa construction n’a pas été aussi longue ».
Le président a poursuivi en affirmant : « Tout ce que vous savez c’est manger seulement. Vous n’êtes capable de rien. Entendons-nous sur une chose: T’es disqualifié, je vais envoyer ceux qui vont mener un audit technique et financier. La suite, on la saura ». Il a fustigé la gestion de l'OBUHA, déclarant : « Vous n’êtes là que pour manger, être payés sans travailler. C’est intolérable. » Il a promis que la finalisation des travaux serait rapide sous une nouvelle direction : « Cherchons nos techniciens pour le faire. Vous allez voir dans moins de 5 mois, ça sera fini ». La cérémonie de passation des pouvoirs pour le nouveau Commissaire de l’OBUHA s'est déroulée le mercredi 20 mai 2026. Le projet de construction du siège de l'Office Burundais des Recettes (OBR), lancé le 17 décembre 2020 par le président Ndayishimiye avec un budget estimé à 68 milliards de BIF, est à l'arrêt depuis trois ans.
Un avertissement sur l'avenir
Le ministre des Finances, Alain Ndikumana, a averti que le Burundi risquait de devenir « un pays des chantiers inachevés » si les infrastructures de construction en cours n'étaient pas achevées. Cette déclaration a été faite tandis qu'il s'adressait à la Chambre basse du Parlement le 13 mai 2026. M. Ndikumana a souligné la nécessité de finaliser les projets existants avant d'en entreprendre de nouveaux.
Le ministre a par ailleurs cité des exemples concrets de cette nouvelle orientation politique. « Dans le ministère de la Santé, il n’y aura plus de nouveaux hôpitaux ou centres de santé construits avant l’achèvement de ceux qui sont encore en cours de construction », a-t-il affirmé. Cette approche vise à rationaliser les dépenses publiques et à garantir l'efficacité des investissements dans les infrastructures.
Ces préoccupations surviennent alors que la construction du nouveau siège de la Banque de la République du Burundi (BRB) est en cours depuis 2019. L'achèvement prolongé de ce projet emblématique illustre les défis auxquels le pays est confronté en matière de gestion des grands chantiers.
Critiques sur la gestion de l'OBUHA
À la suite de la disqualification de l'Office burundais de l'urbanisme, de l'habitat et de la construction (OBUHA) du projet du centre d'élevage de lapins de Karusi, Msc. Arch. Dieudonné Nkunzimana a été nommé nouveau Commissaire général de l'OBUHA. Cette nomination intervient dans un contexte de critiques présidentielles sur la gestion de l'organisme.
Le président Évariste Ndayishimiye a promis un audit concernant l'utilisation des fonds alloués au projet du centre d'élevage de lapins de Karusi. Plus de 2,391 milliards de BIF ont été dépensés pour ce chantier depuis 2023, suscitant l'indignation du chef de l'État qui a mis en doute l'efficacité de ces dépenses. L'audit annoncé vise à éclaircir les conditions de ces investissements et la progression réelle des travaux sur le site.
L'OBUHA, au cœur de cette controverse, a été créé par la loi n°1/079 du 10 mai 2019. L'institution est chargée de la mise en œuvre de la politique nationale en matière d'urbanisme, d'habitat et de construction. Les récentes critiques présidentielles et le limogeage de son précédent directeur général soulignent les défis auxquels l'organisme est confronté en matière de gestion de projets d'infrastructures publiques.
Réactions et perspectives
La construction d'un palais des congrès international à Bujumbura, lancée par l'OBUHA en avril 2022 avec un délai de dix-huit mois, n'était toujours pas opérationnelle en mai 2026. L'Office burundais des recettes (OBR) connaît également des retards significatifs pour son siège. Prévu initialement sur douze étages, le chantier du siège de l'OBR est bloqué au cinquième niveau.
Gabriel Rufyiri, président de l'Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME), a critiqué la capacité de l'OBUHA, déclarant que « Ses missions dépassent largement ses capacités ». M. Rufyiri a également souligné un conflit d'intérêts potentiel au sein de l'OBUHA, affirmant que « L’OBUHA est à la fois maître d’œuvre, structure de surveillance, structure de réception et même chargée de l’achat des matériaux ». Ces observations mettent en lumière les défis structurels et opérationnels auxquels l'organisme est confronté dans la gestion des projets d'infrastructure du Burundi.