L'est de la République démocratique du Congo est le théâtre d'une nouvelle escalade militaire d'ampleur, marquée par des attaques de drones, des bombardements et une intensification des combats. Ces affrontements opposent avec une violence croissante les Forces armées de la RDC (FARDC) et les rebelles de l’AFC/M23. La violence touche plusieurs régions du pays, notamment la province de la Tshopo, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, plongeant davantage ces territoires dans l'instabilité. Ces hostilités prolongent une crise sécuritaire déjà aiguë dans cette partie de la RDC, une région éprouvée par des décennies de conflits. L'augmentation des combats contribue à une situation humanitaire préoccupante pour les populations locales, qui subissent de plein fouet les conséquences de cette violence incessante.
Frappes de drones et bombardements
L'aéroport de Kisangani, situé dans la province de la Tshopo, a été la cible de frappes nocturnes attribuées aux rebelles de l’AFC/M23 dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 mai 2026. Ces attaques s'inscrivent dans une série d'opérations ayant visé des infrastructures clés. Au total, au moins huit attaques ont touché des sites spécifiquement utilisés par les services de commandement et de contrôle des drones des FARDC. Ces infrastructures jouaient un rôle de base opérationnelle essentielle pour des drones militaires opérant dans les zones stratégiques de Minembwe, Rutshuru et Masisi, soulignant l'intensité des combats et la volonté des belligérants de neutraliser les capacités adverses. La portée de ces frappes, atteignant Kisangani, une ville située à des centaines de kilomètres des lignes de front habituelles, démontre une extension géographique significative du conflit. Face à cette menace, les autorités congolaises ont réagi à ces incidents en suspendant temporairement tous les vols à destination et en provenance de Kisangani, affectant ainsi le trafic aérien civil et militaire dans la région et perturbant les liaisons essentielles pour les populations et l'approvisionnement.
Parallèlement, la cité minière de Rubaya, située dans le territoire de Masisi, a été frappée par plusieurs explosions dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 mai 2026. Une frappe en particulier a ciblé le Guest House de la localité, provoquant plusieurs blessés parmi les occupants et causant d'importants dégâts matériels à la structure. Cette attaque contre une infrastructure civile met en lumière les risques encourus par les non-combattants dans ce conflit. Une autre frappe, survenue la même nuit, a touché une zone de pâturage située en périphérie de Rubaya. Cette attaque a eu pour conséquence la destruction de plusieurs habitations et a entraîné des pertes significatives de bétail pour les communautés locales, privant ainsi des familles de leurs moyens de subsistance essentiels et aggravant leur vulnérabilité. Ces incidents répétés accentuent la pression sur les populations civiles, déjà confrontées à l'insécurité et aux déplacements forcés.
Ces incidents s'ajoutent à d'autres attaques récentes, telles que celles menées le 8 mai 2026. À cette date, des attaques de drones dans le centre de Mushaki, également situé dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, avaient déjà fait au moins 20 morts et une soixantaine de blessés, témoignant de la gravité de la situation sécuritaire dans la région et de l'impact dévastateur de l'utilisation de ces technologies de guerre sur les civils. La multiplication de ces frappes aériennes et de ces bombardements est perçue comme un signe d'escalade, où les zones civiles et les infrastructures non militaires deviennent des cibles potentielles, augmentant le bilan humain et les destructions matérielles.
Accusations mutuelles et déplacements
Au-delà des frappes, des affrontements terrestres intenses ont également été signalés. Des combats ont eu lieu dans les localités voisines de Kinigi et Kibabi, impliquant spécifiquement des groupes armés Wazalendo. Ces combats ont entraîné de nouveaux déplacements de populations civiles, qui se sont dirigées vers les zones de Rubaya et Bihambwe, cherchant refuge face à l'intensification des hostilités. Ces mouvements de population ajoutent à la crise humanitaire déjà critique dans la région, où des millions de personnes sont déjà déplacées.
Le 24 mai 2026, la coalition AFC/M23 a accusé les FARDC et leurs alliés d'avoir mené des frappes aériennes ciblées dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L’AFC/M23 a affirmé que des drones de combat de type CH-4 avaient spécifiquement visé Rumangabo, situé dans le territoire de Rutshuru, ainsi que le camp des éco-gardes du parc national des Virunga. Ces allégations soulignent une militarisation accrue du conflit, avec l'utilisation de technologies avancées comme les drones CH-4, capables de frappes de précision.
L’AFC/M23 a également fait état de bombardements dans plusieurs localités des territoires de Minembwe et de Kalehe, des zones déjà fortement impactées par l'insécurité chronique. Ces opérations, selon le mouvement rebelle, constituent des « crimes de guerre », accusant le gouvernement congolais de viser délibérément des zones habitées par des civils. Ces accusations, si elles étaient avérées, représenteraient une violation grave du droit international humanitaire, exacerbant la souffrance des populations civiles.
Cependant, aucune réaction officielle n'avait été rendue publique par les autorités congolaises concernant ces accusations au moment de la publication de ces informations. Le silence des autorités congolaises sur ces allégations laisse planer le doute et rend difficile l'obtention d'une image complète et impartiale de la situation. Les allégations avancées par les différentes parties n'ont pas pu être vérifiées de manière indépendante, en raison des difficultés d'accès aux zones affectées par le conflit et de la complexité intrinsèque de la situation sur le terrain. Cette absence de vérification indépendante complique la compréhension des événements et la désignation des responsabilités.
Contexte régional et historique
Le Mouvement du 23 Mars (M23) a repris les armes en 2021 et s'est intégré à l'Alliance Fleuve Congo (AFC), une coalition dirigée par Corneille Nangaa. Cette résurgence a relancé les hostilités dans l'est de la République démocratique du Congo, ravivant les tensions dans une région déjà fragile. Les autorités de Kinshasa continuent d'accuser le Rwanda de soutenir activement le M23, des allégations que Kigali rejette systématiquement. Ces accusations mutuelles de soutien à des groupes armés alimentent un cycle de méfiance et de confrontation entre les deux pays. En parallèle, le Rwanda, quant à lui, accuse la RDC et le Burundi de fournir un soutien aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé en partie d'anciens responsables du génocide de 1994. Cette dynamique complexe, où chaque partie accuse l'autre, rend difficile toute résolution pacifique durable.
Plusieurs rapports des Nations Unies, publiés à différentes reprises, ont confirmé la présence de forces rwandaises aux côtés des rebelles du M23 sur le territoire congolais, alimentant ainsi les tensions régionales et donnant du poids aux allégations de Kinshasa. Ces rapports internationaux ajoutent une dimension supplémentaire à la crise, en soulignant l'implication d'acteurs étatiques dans un conflit qui déstabilise l'ensemble de la région des Grands Lacs. Le Burundi a également été un acteur clé dans la région, déployant des milliers de soldats dans l'est de la RDC entre 2022 et 2025, dans le cadre d'opérations visant à sécuriser ses frontières et à combattre les groupes armés. La présence de troupes étrangères, qu'elles soient officielles ou non, complexifie davantage le paysage sécuritaire et les dynamiques de pouvoir. La situation actuelle s'inscrit dans un conflit prolongé qui déchire l'est de la RDC depuis trois décennies, caractérisé par une instabilité chronique et des violences récurrentes qui affectent gravement les populations civiles et entravent tout développement socio-économique. Cette guerre prolongée a des racines profondes, impliquant des enjeux de ressources naturelles, des rivalités ethniques et des ingérences extérieures, créant un environnement propice à la persistance des groupes armés et à la souffrance humaine.
Réactions internationales et appels
Face à cette nouvelle vague de violence, la communauté internationale a exprimé sa vive préoccupation. Les États-Unis ont fermement condamné les récentes attaques survenues dans l'est de la République démocratique du Congo. Washington a souligné la nécessité impérieuse de protéger les populations civiles, qui sont les premières victimes de cette escalade. Ils ont exhorté toutes les parties prenantes au conflit à faire preuve de retenue et à respecter scrupuleusement les engagements de cessez-le-feu précédemment conclus, afin d'éviter une dégradation encore plus grave de la situation. Cette déclaration intervient alors que l'escalade militaire se poursuit, avec des frappes de drones et des combats intenses signalés dans plusieurs provinces, menaçant de déstabiliser davantage la région. Washington note l'importance d'une désescalade immédiate pour protéger les populations civiles et permettre une résolution pacifique de la crise, insistant sur le fait qu'il n'y a pas de solution militaire durable à ce conflit. L'appel des États-Unis reflète une inquiétude plus large au sein de la communauté internationale concernant les répercussions régionales et humanitaires de cette violence persistante.