Le Burundi a progressé de six places au classement mondial de la liberté de la presse publié le 30 avril 2026 par Reporters sans frontières (RSF), se hissant à la 119e position sur 180 pays, contre la 125e place en 2025. Cette amélioration locale intervient alors que l'organisation a mis en garde jeudi contre une dégradation sans précédent de la liberté de la presse à l'échelle mondiale, la liberté de la presse étant tombée à son plus bas niveau en un quart de siècle.
Pour la première fois en 25 ans d'existence de l'Index de RSF, plus de la moitié des pays du monde (52,2%) sont désormais classés dans les catégories « difficile » ou « très grave » en matière de liberté de la presse. Selon des informations rapportées par RSF, plus de la moitié des nations évaluées par l'organisation sont confrontées à une situation « difficile » ou « très grave » pour les médias. Le score moyen pour l'ensemble des pays et territoires n'a jamais été aussi bas. En 2002, cette catégorie ne représentait qu'une petite minorité, soit 13,7%.
Moins de 1% de la population mondiale vit aujourd'hui dans un pays où la liberté de la presse est jugée « bonne », un chiffre contrastant fortement avec les près de 20% enregistrés au début des années 2000. En 2002, 20% de la population mondiale vivait dans un pays où l'état de la liberté de la presse était classé comme "bon". Vingt-cinq ans plus tard, moins de 1% de la population mondiale vit dans un pays relevant de cette catégorie.
Classement mondial et tendances globales
Les États-Unis ont reculé de sept places dans le classement 2026, s'établissant à la 64e position mondiale, un déclin auquel ont contribué les attaques du président américain Donald Trump contre la presse, selon des sources concordantes. La Norvège a conservé sa première place mondiale pour la dixième année consécutive. Les Pays-Bas et l'Estonie complètent le trio de tête dans le classement 2026, d'après des informations rapportées. L'Érythrée occupe la dernière position pour la troisième année consécutive. Le Rwanda est classé 139e mondial et l'Éthiopie se trouve à la 148e place.
Seuls sept pays d'Europe du Nord, avec la Norvège en tête, entrent dans la catégorie des nations où la liberté de la presse est jugée « bonne », selon des responsables. Les États-Unis étaient déjà passés d'une situation « plutôt bonne » à « problématique » en 2024. La Russie de Vladimir Poutine est classée 172e. En avril 2026, la Russie détenait 48 journalistes derrière les barreaux. Le Niger, dirigé par une junte, a enregistré la plus forte chute en 2026, perdant 37 places pour se retrouver au 120e rang, ce qui représente la plus forte baisse enregistrée dans l'Index 2026. La Syrie, quant à elle, a progressé de 36 places, atteignant la 141e position, suite au renversement de Bachar al-Assad fin 2024.
La Chine (178e), la Corée du Nord (179e) et l'Érythrée (180e) sont citées comme des exemples de pays où des régimes dictatoriaux maintiennent la liberté de la presse dans une impasse. Dawit Isaak, journaliste érythréen, est notamment détenu sans jugement depuis 25 ans en Érythrée. La Russie (172e) a poursuivi sa guerre d'agression en Ukraine et demeure l'un des pays les plus répressifs en matière de liberté de la presse. L'Iran (177e, en recul d'une place) reste également proche du bas du classement. La situation à Hong Kong (140e, en baisse de 122 places) a connu un déclin significatif depuis que Pékin a renforcé son contrôle sur le territoire, avec l'éditeur indépendant Jimmy Lai condamné à 20 ans de prison en vertu de la loi draconienne sur la sécurité nationale, la peine la plus lourde jamais infligée à un journaliste dans le territoire.
L'Europe de l'Est et le Moyen-Orient sont les deux régions les plus dangereuses pour les journalistes dans le monde, comme c'est le cas depuis 25 ans. En Irak (162e), au Soudan (161e) et au Yémen (164e), les conflits armés récurrents sont la principale raison de ce déclin de la liberté de la presse. Le Soudan (-5) et le Soudan du Sud (118e, -9) ont également enregistré des baisses. L'Arabie saoudite (-14) paie le prix des actes de violence répétés des autorités contre les journalistes en 2025.
Indicateurs clés et défis juridiques
L'Index mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) est publié annuellement, s'appuyant sur des critères qui incluent la sécurité des journalistes, le contexte politique, le cadre juridique, l'indépendance économique et l'environnement social dans lequel la presse opère. La méthodologie et les seuils selon lesquels la situation de la liberté de la presse d'un pays est considérée comme « bonne », « satisfaisante », « problématique », « difficile » ou « très grave » ont évolué. La refonte méthodologique de 2022 a rendu l'Index plus facile à comprendre en introduisant cinq indicateurs différents – politique, juridique, économique, socioculturel et sécurité – qui permettent de cerner les différents types de menaces à la liberté de la presse dans le monde. En Afrique, RSF qualifie la situation de « particulièrement préoccupante », notant que plusieurs gouvernements utilisent les lois sur la sécurité nationale ou la cybersécurité pour restreindre les médias et poursuivre les journalistes. Depuis 2001, l'expansion d'arsenaux juridiques de plus en plus restrictifs, notamment ceux liés aux politiques de sécurité nationale, a constamment érodé le droit à l'information, même dans les pays démocratiques. L'indicateur juridique de l'Index a connu la plus forte dégradation au cours de l'année écoulée, un signe clair de la criminalisation croissante du journalisme à l'échelle mondiale. Parmi les cinq indicateurs utilisés pour évaluer la liberté de la presse à travers le monde, cet indicateur juridique a enregistré le déclin le plus marqué cette année. Le score de l'indicateur juridique s'est détérioré dans plus de 60 % des États, soit 110 pays sur 180, entre 2025 et 2026. L'Inde (157e), l'Égypte (169e), Israël (116e) et la Géorgie (135e) sont cités comme des exemples où le score de l'indicateur juridique s'est dégradé. La Géorgie a chuté de 75 places, la répression de la presse s'étant intensifiée ces dernières années. La Russie (172e) est devenue une spécialiste de l'utilisation de lois conçues pour combattre le terrorisme, le séparatisme et l'extrémisme afin de restreindre la liberté de la presse. Au Japon (62e), la législation sur les secrets d'État continue de saper le travail des journalistes. Aux Philippines (114e), les accusations de terrorisme ont été utilisées comme prétexte pour réduire au silence des reporters indépendants, y compris la journaliste Frenchie Mae Cumpio, qui a été condamnée malgré l'absence de preuves tangibles dans son dossier, comme l'a révélé une enquête de RSF. En Türkiye (163e), les lois antiterroristes ne sont pas le seul type de législation utilisé pour restreindre la liberté de la presse. Sous la présidence de Recep Tayyip Erdoğan, des accusations telles que la « désinformation », « l'insulte au Président » et la « dénigrement des institutions de l'État » sont régulièrement instrumentalisées pour réprimer le journalisme et emprisonner les professionnels des médias en Türkiye. La Tunisie (137e) connaît une tendance mondiale de guerre juridique, également connue sous le nom de « lawfare ».
Situation spécifique au Burundi et en Afrique
La crise de 2015 au Burundi, déclenchée par la candidature controversée du défunt président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, a marqué un tournant. Cette période a succédé à l'Accord d'Arusha d'août 2000, qui avait mis fin à plusieurs années de guerre civile et jeté les bases d'un partage du pouvoir. En 2026, Sandra Muhoza était la seule femme journaliste détenue dans la région des Grands Lacs en Afrique, poursuivie au Burundi (119e) pour « atteinte à l’intégrité du territoire national », une accusation couramment utilisée dans cette région, selon des informations rapportées.
En Éthiopie (148e), quatre journalistes sont emprisonnés depuis trois ans pour des accusations liées au terrorisme. En Tunisie, le décret-loi 54 sur la « fausse information » a criminalisé le journalisme critique envers les autorités, selon des observateurs. La dégradation de l'indicateur juridique cette année s'explique également par la multiplication des procédures-bâillons (SLAPP), des poursuites abusives intentées contre des journalistes, que ce soit en Bulgarie (71e) ou au Guatemala (128e), ce dernier étant marqué par le cas emblématique de José Rubén Zamora.
En Indonésie (129e), à Singapour (123e) et en Thaïlande (92e), les élites politiques et économiques exploitent un système juridique qui ne protège pas suffisamment la presse. Ces abus juridiques se produisent également dans des pays relativement bien classés, comme la France (25e). Dans plus de 80 % des pays analysés, les mécanismes de protection des journalistes sont jugés inexistants ou inefficaces.
La loi européenne sur la liberté des médias (EMFA) garantit l'indépendance et la pérennité des médias au sein de l'Union européenne, mais elle est régulièrement sapée par des projets législatifs nationaux, comme cela a été le cas en Hongrie (74e) sous le gouvernement sortant de Viktor Orbán, ainsi que dans des pays tels que la Slovaquie (37e), la Lituanie (15e) et la République tchèque (11e). Sur le continent américain, la situation a considérablement évolué, les États-Unis reculant de sept places et plusieurs pays d'Amérique latine s'enfonçant dans une spirale de violence et de répression. La baisse du classement général des 28 pays des Amériques (-14 points) est similaire au déclin observé en Europe de l'Est-Asie centrale (EEAC) et au Moyen-Orient-Afrique du Nord (MENA). L'histoire récente de la liberté de la presse dans les Amériques a été façonnée par l'augmentation de la violence perpétrée par le crime organisé et les acteurs politiques. L'Équateur (125e) a chuté de 31 places depuis l'assassinat de Darwin Baque et Patricio Aguilar en 2025. Le Pérou (144e, -14) a été touché par le meurtre de quatre journalistes en 2025. Dans les pays où le crime organisé tue, les classements de l'Index chutent drastiquement.
L'arrestation du journaliste salvadorien Mario Guevara, qui a ensuite été expulsé, a contribué à la détérioration d'un environnement de sécurité déjà tendu, marqué par la violence policière aux États-Unis. Des coupes drastiques dans les effectifs de l'Agence américaine pour les médias mondiaux (USAGM) ont eu des répercussions mondiales, entraînant la fermeture, la suspension et la réduction des activités de diffuseurs internationaux tels que Voice of America (VOA), Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) et Radio Free Asia (RFA). L'Argentine de Javier Milei (98e, -11) et le Salvador de Nayib Bukele (143e, -8) ont enregistré des baisses significatives, liées à une augmentation de l'hostilité et de la pression gouvernementale envers la presse. Le Salvador a chuté de 105 places depuis 2014 et le début de la guerre contre les maras, ou « gangs ». Les garanties de la liberté de la presse au Venezuela (159e) restent profondément incertaines malgré la libération de journalistes détenus plus tôt dans l'année. Cuba (160e) traverse une crise profonde qui contraint les quelques journalistes indépendants restants à opérer dans la clandestinité. Le paysage médiatique du Nicaragua (168e) est en ruines, caractérisé par une répression systématique et un effondrement durable des conditions de travail des journalistes.
La Palestine (156e) est un autre point de préoccupation, où le gouvernement de Benjamin Netanyahu en Israël (qui a perdu quatre places dans l'Index cette année) poursuit son offensive. Depuis octobre 2023, plus de 220 journalistes ont été tués à Gaza par l'armée israélienne, dont au moins 70 alors qu'ils exerçaient leur travail.