Le Premier ministre Nestor Ntahontuye a annoncé le 11 juin 2026 le rétablissement de la 10ème année scolaire au Burundi. Cette décision intervient après plusieurs réformes éducatives qui ont, selon certains observateurs, plongé le système dans une crise profonde. L'annonce du gouvernement burundais marque un tournant significatif pour le secteur de l'éducation, suscitant à la fois des attentes et des interrogations quant à son impact réel sur la qualité de l'enseignement.
Le professeur d'université Libérat Ntibashirakandi a qualifié la restauration de la 10ème année de "fausse solution à un problème dramatique". Il a déploré un système "plongé dans un chaos total à la suite de réformes improvisées, menées sans études préalables et sans ressources suffisantes pour les mettre en œuvre correctement." Cette critique note une perception répandue selon laquelle les changements précédents ont été mis en place hâtivement, sans une préparation adéquate. Le manque d'enseignants qualifiés est un "véritable drame national", a-t-il ajouté, insistant sur l'urgence de s'attaquer aux causes profondes des difficultés éducatives du pays.
Réactions des parents et éducateurs
La décision du gouvernement burundais a suscité des réactions diverses parmi la population. Des parents de la zone de Kamenge, située dans la commune de Ntahangwa, ont salué le rétablissement de la 10e année scolaire. Ils estiment que le système d'« École fondamentale » précédemment mis en place, qui avait vu la suppression de cette année, avait conduit à une baisse du niveau académique général dans le pays. Pour ces familles, le retour à un cursus plus long est perçu comme une opportunité d'améliorer la qualité de l'enseignement dispensé à leurs enfants et de renforcer les bases éducatives, offrant ainsi de meilleures perspectives d'avenir.
Parallèlement à ces marques d'approbation, des parents et des éducateurs ont formulé des demandes claires concernant l'avenir du système éducatif. Ils ont collectivement appelé à un renforcement de la formation des enseignants, jugée essentielle pour garantir le succès de cette réforme et assurer que les éducateurs soient bien équipés pour répondre aux exigences du programme. Des investissements accrus dans le secteur de l'éducation ont également été sollicités, afin d'assurer des infrastructures adéquates, du matériel pédagogique suffisant et des conditions d'apprentissage optimales pour tous les élèves. Ces acteurs du système éducatif soulignent l'importance de ces mesures pour accompagner efficacement la réintroduction de la 10e année et éviter les écueils des réformes antérieures, qui ont souvent manqué de soutien matériel et humain.
Critiques et préoccupations systémiques
La suppression de la 10ème année scolaire remonte à 2013, lors de la mise en œuvre du système d'« École fondamentale ». Cette réforme avait alors modifié la structure de l'enseignement au Burundi, passant à un cycle de neuf ans qui, pour beaucoup, n'a pas tenu ses promesses en termes de qualité. Cette période est souvent citée comme le début d'une dégradation de la formation.
Libérat Ntibashirakandi, professeur d'université, a souligné de son côté plusieurs problèmes systémiques affectant l'éducation. Il a notamment évoqué des réformes improvisées, souvent menées sans études préalables ni ressources suffisantes pour leur bonne exécution, ce qui a conduit à des résultats mitigés, voire négatifs. Le professeur Ntibashirakandi a également pointé du doigt l'émigration massive d'enseignants qualifiés, un phénomène qui prive le pays de compétences pédagogiques essentielles et affaiblit durablement les capacités d'encadrement des élèves. Enfin, il a mentionné le manque criant d'infrastructures adéquates, un défi majeur qui entrave la capacité du système éducatif à offrir des conditions d'apprentissage optimales aux élèves burundais, notamment dans les zones rurales. Ces éléments contribuent, selon lui, à la dégradation de la qualité de l'enseignement et rendent difficile toute amélioration durable sans une approche globale et bien planifiée.
Perspectives pour l'avenir
Des parents ont exprimé leurs inquiétudes quant au calendrier de mise en œuvre de cette réforme pour les élèves actuellement en 9ème année. Ils s'interrogent sur la manière dont la transition sera gérée pour cette cohorte spécifique, craignant que leurs enfants ne soient pénalisés par un changement de programme en cours de cycle. Antoine Manuma, président de la Fenaseeb, a qualifié le rétablissement de la 10ème année de "bonne décision". Il a toutefois appelé à des mesures complémentaires pour améliorer la qualité de l'enseignement, soulignant que cette réintroduction ne saurait être une solution isolée. Monsieur Manuma a déclaré : "Pour rehausser la qualité de l’enseignement, le gouvernement doit placer l’éducation parmi ses priorités. Les besoins sont énormes et nécessitent des ressources budgétaires conséquentes. Élever et investir dans l’éducation, c’est préparer l’avenir d’une Nation." Il a également insisté sur la nécessité d'une vision à long terme et d'un engagement continu pour reconstruire un système éducatif solide et efficace.