Le nombre de pays où les journalistes sont contraints de fuir a doublé en cinq ans

Au moins 1 468 journalistes originaires de plus de 60 pays ont été contraints de fuir leur territoire entre 2021 et 2025, selon Reporters sans frontières (RSF). Cette organisation de défense de la liberté de la presse a mis en lumière une tendance alarmante : le nombre de nations touchées par l'exil forcé de journalistes a doublé durant cette période, passant de 19 en 2021 à 40 en 2025. Ces chiffres soulignent une détérioration significative des conditions de travail et de sécurité pour les professionnels de l'information à travers le monde. RSF a apporté son soutien à près de 1 500 journalistes en exil depuis 2021, un témoignage éloquent de l'ampleur de cette crise. L'organisation s'est engagée activement dans l'assistance à ces journalistes, les aidant à trouver refuge et à se réinstaller dans des environnements plus sûrs.

L'exil des journalistes en Afrique : une situation préoccupante

La détérioration de la situation sécuritaire dans les régions des Grands Lacs et du Sahel contribue de manière significative à l'expansion de l'exil des journalistes en Afrique. Ces zones sont le théâtre de conflits persistants, d'instabilité politique et de violences, rendant l'exercice du journalisme particulièrement dangereux. Les menaces proviennent souvent d'acteurs étatiques et non étatiques, qui cherchent à museler l'information indépendante.

En République démocratique du Congo (RDC), par exemple, la situation est devenue intenable pour de nombreux reporters. En 2025, pas moins de 21 journalistes congolais ont été contraints de fuir leur pays avec l'aide de Reporters sans frontières (RSF). Beaucoup d'entre eux ont trouvé refuge dans les pays voisins, principalement au Burundi ou en Ouganda, cherchant désespérément un havre de paix pour continuer leur travail ou simplement assurer leur sécurité. Ces déplacements forcés soulignent les défis croissants auxquels sont confrontés les professionnels de l'information dans ces zones instables, où la liberté de la presse est constamment sous attaque. L'environnement hostile pousse les journalistes à abandonner leur foyer et leur carrière, souvent au péril de leur vie.

Parallèlement, la situation reste tendue dans d'autres régions du monde, notamment en Amérique latine. La violence à l'encontre des journalistes y est particulièrement élevée. Depuis le début de l'année 2026, six journalistes ont été tués au Mexique, en Colombie et au Guatemala. Ces assassinats rappellent le danger permanent auquel sont exposés ceux qui osent rapporter la vérité dans des pays où l'impunité règne souvent.

Afghanistan, pays le plus touché par l'exil

L'Afghanistan reste le pays le plus touché par l'exil des journalistes, selon les données de Reporters sans frontières (RSF). La prise de pouvoir des talibans en août 2021 a marqué un tournant dramatique pour la liberté de la presse dans le pays. Depuis cet événement, RSF a apporté son aide à 677 journalistes afghans en exil, facilitant leur départ et leur réinstallation dans des pays plus sûrs.

La situation se complique davantage pour les journalistes afghans ayant cherché refuge dans les pays voisins. Des dizaines de journalistes afghans qui s'étaient établis au Pakistan auraient été renvoyés de force en Afghanistan dans le cadre de la politique d'expulsion d'Islamabad. Cette politique met en péril la vie de ces professionnels de l'information, les exposant à des représailles et à des persécutions dans leur pays d'origine, où les talibans ont imposé des restrictions draconiennes sur les médias et la liberté d'expression.

Russie et Birmanie : une fuite accrue face à la répression

En Russie, l'environnement pour les médias indépendants s'est considérablement dégradé ces dernières années, entraînant un exode massif de journalistes. Au moins 160 journalistes ont quitté leur pays depuis 2021 avec le soutien de Reporters sans frontières (RSF). L'invasion de l'Ukraine en 2022 et le renforcement drastique des lois à l'encontre des médias indépendants ont accéléré ces départs. Les nouvelles législations criminalisent la diffusion de ce que le gouvernement considère comme de "fausses informations" sur l'armée ou les opérations militaires, forçant de nombreux journalistes à choisir entre la prison et l'exil. Les autorités russes ont également bloqué de nombreux sites d'information et déclaré "agents étrangers" ou "organisations indésirables" plusieurs rédactions, rendant impossible tout travail journalistique non aligné sur la ligne officielle. Cette répression systématique a créé un climat de peur et d'autocensure, poussant les voix critiques à chercher refuge à l'étranger.

De même, en Birmanie, la situation est devenue critique pour les professionnels des médias depuis le coup d'État militaire de février 2021. Face à une répression brutale et à une chasse aux sorcières contre toute dissidence, plus d'une centaine de journalistes ont fui le pays avec l'aide de RSF. Environ 300 journalistes birmans auraient trouvé refuge en Thaïlande, cherchant à continuer leur travail depuis l'exil ou simplement à échapper à l'emprisonnement et à la violence. Le régime militaire birman a ciblé les journalistes, les emprisonnant, les torturant et les tuant, dans une tentative de contrôler le récit et d'empêcher toute information indépendante d'atteindre la population. Ces chiffres illustrent la pression croissante exercée sur la presse dans ces nations, où les gouvernements autoritaires utilisent la force pour étouffer la liberté d'expression.

Appel à une meilleure protection pour les journalistes en exil

Face à cette crise mondiale de l'exil des journalistes, Reporters sans frontières (RSF) lance un appel pressant aux États pour qu'ils renforcent la protection des journalistes en exil. L'organisation milite activement pour la mise en place de mesures concrètes et efficaces. Parmi ses principales recommandations figurent l'octroi de visas d'urgence, qui permettraient aux journalistes menacés de quitter rapidement leur pays en toute sécurité. RSF demande également la simplification des procédures d'obtention de permis de séjour et de travail dans les pays d'accueil, afin que ces professionnels puissent se réinstaller et reprendre une vie stable.

Au-delà de l'aide immédiate, RSF insiste sur la nécessité d'une protection solide contre les menaces transnationales. Les journalistes en exil sont souvent la cible de harcèlement, d'espionnage ou même d'attaques physiques de la part des régimes qu'ils ont fui, même lorsqu'ils se trouvent dans un pays tiers. Ces mesures sont jugées essentielles pour assurer non seulement la sécurité physique des professionnels de l'information, mais aussi leur capacité à continuer leur travail clé après avoir été contraints de fuir leur pays. La demande de RSF intervient alors que le nombre de nations touchées par l'exil forcé de journalistes a doublé en seulement cinq ans, soulignant l'urgence d'une réponse internationale coordonnée et d'une meilleure prise en charge de cette situation alarmante. La liberté d'informer, pilier de toute démocratie, dépend de la capacité des journalistes à exercer leur métier sans crainte de persécution, où qu'ils se trouvent.