Bururi : Jeunes et femmes bâtissent leur avenir malgré les défis

Bureau communal de Bururi
Photo via Iwacu-burundi

Dans la province de Burunga, la commune de Bururi, regroupant les anciennes communes de Bururi, Vyanda et Rutovu, met en lumière les efforts de jeunes et de femmes pour construire leur avenir, malgré des défis socio-économiques persistants. Cette entité administrative, qui rassemble les anciennes communes de Bururi, Vyanda et Rutovu, toutes incluses dans la province actuelle de Burunga, est un exemple éloquent de la résilience locale. Chantal Nkengurukiyimana, une jeune femme de 25 ans originaire de Muzenga, illustre cette dynamique en devenant agente Lumicash après ses études, cherchant ainsi son indépendance économique. Son parcours personnel est représentatif de la détermination de nombreux jeunes à prendre en main leur destin professionnel dans un contexte souvent difficile.

Chantal Nkengurukiyimana note les obstacles spécifiques rencontrés par les jeunes femmes, affirmant que "les filles sont souvent contraintes d’abandonner leurs études alors que les garçons qui les ont enceintées continuent leur vie normalement". Elle déplore également le manque de soutien pour les projets post-formation, indiquant que "sans suivi ni soutien financier pour aider les jeunes à lancer leurs projets, ces formations n’apportent pas grand chose". La jeune agente insiste sur la nécessité d'une meilleure représentation, précisant que "lors des réunions, l’accent est souvent mis sur les femmes mariées alors que les jeunes filles sont des femmes en devenir. Elles méritent aussi d’être représentées et accompagnées". Nahum Mpayimana, conseiller communal de Bururi chargé des affaires économiques, sociales et culturelles, confirme l'engagement des femmes, déclarant que "les femmes sont fortement impliquées dans tous les projets de développement de la commune". Cette implication est clé pour le progrès socio-économique de la région, malgré les inégalités persistantes.

Défis économiques et sociaux

Radegonde Ndayizigamiye, titulaire d'un diplôme D6 depuis 2012, est à la recherche d'un poste d'enseignante depuis plusieurs années. Sa situation met en évidence les difficultés d'accès à l'emploi qualifié dans la région. La commune de Bururi prévoit de son côté la réhabilitation de routes, de ponts et d'autres infrastructures publiques pour améliorer les conditions de vie des habitants. Ces projets d'infrastructure sont essentiels pour désenclaver certaines zones et faciliter les échanges économiques. Parallèlement, la commune s'engage dans la promotion de cultures industrielles telles que l'avocat, le café et le thé, dans l'espoir de stimuler l'économie locale et de diversifier les sources de revenus. Des projets d'envergure sont également prévus, comme la construction d'un stade moderne et la réhabilitation des sources thermales de Muyange et Rukana, situées dans la zone de Rutovu. Ces initiatives visent à dynamiser le tourisme et les loisirs, offrant de nouvelles perspectives de développement.

Les femmes de Rutovu signalent que de grands commerçants venus de Bujumbura achètent leurs récoltes de haricots, de maïs et de pommes de terre, souvent à des prix qui ne reflètent pas toujours leurs efforts. Cette situation les place dans une position de vulnérabilité économique, où la valeur de leur travail n'est pas pleinement reconnue. Elles dénoncent également des pénuries ou une distribution tardive des engrais Fomi, suspectant que ces derniers sont revendus en Tanzanie. Cette problématique des engrais affecte directement la productivité agricole et la sécurité alimentaire des ménages. Au-delà des difficultés économiques, certaines femmes de Rutovu font état de cas où des hommes pratiquent le concubinage et remplacent arbitrairement leurs épouses légales par des femmes plus jeunes. Elles rapportent aussi être confrontées à la corruption lorsqu'elles tentent d'obtenir justice pour des problèmes domestiques, ce qui entrave leur accès à des recours équitables et renforce leur précarité.

Deux gardes forestières anonymes parviennent occasionnellement à gagner de l'argent grâce à des activités de plantation d'arbres, mais elles ne bénéficient pas d'un salaire régulier. Leur situation illustre la précarité de l'emploi pour de nombreuses femmes, même dans des secteurs essentiels comme la protection de l'environnement. Radegonde Ndayizigamiye n'a pas réussi à obtenir un emploi dans la fonction publique, malgré des candidatures annuelles depuis 2012. Elle témoigne de la situation en affirmant que "l’injustice est monnaie courante dans l’octroi du travail. Le favoritisme est palpable". Cette perception de l'injustice et du favoritisme dans l'accès à l'emploi est un frein majeur au développement des compétences et à l'équité sociale. Les femmes à Bururi, de manière générale, sont confrontées à des difficultés persistantes telles que la violence domestique, l'abandon et des problèmes économiques, qui entravent leur épanouissement et leur autonomisation.

Entrepreneuriat et opportunités

Crescent Irambona, 28 ans, originaire de la colline de Bururi, incarne cette dynamique entrepreneuriale en tant que coiffeuse et propriétaire d'un salon. Son initiative reflète la volonté de certains jeunes de la région de créer leurs propres opportunités professionnelles, plutôt que d'attendre des emplois qui ne se matérialisent pas. Son parcours est un exemple inspirant pour d'autres jeunes cherchant à se lancer dans l'auto-emploi.

Benoît Nikiza, président de Mille Montagnes, une entreprise spécialisée dans la peinture, note l'importance de cette prise en main. Il affirme que « Le moment est venu pour les jeunes de s’éveiller, de travailler et de créer leurs propres opportunités. » Son entreprise a bénéficié du programme PAEEJ (Programme d'Appui à l'Entrepreneuriat des Jeunes), qui a contribué à son développement et à sa structuration. Ce programme vise à soutenir les initiatives entrepreneuriales des jeunes Burundais, reconnaissant leur rôle clé dans l'économie locale et la création d'emplois. Le succès de Mille Montagnes démontre l'impact positif d'un tel soutien sur la croissance des entreprises dirigées par des jeunes.

Stéphanie Nibigira observe pour sa part que la plupart des femmes de la commune de Bururi s'organisent au sein d'associations ou de coopératives pour leur auto-développement. Cette approche collective leur permet de mutualiser leurs ressources et leurs efforts face aux défis économiques, renforçant ainsi leur capacité d'action. Elle met cependant en garde contre certaines difficultés inhérentes à ces structures, notamment la gestion des fonds. Stéphanie Nibigira, qui est également vice-présidente du conseil de la colline de Mugozi et a été cheffe de la zone de Bururi de 2010 à 2025, signale que « Il peut y avoir des hommes qui s’emparent des crédits contractés par leurs épouses pour les consommer inutilement », une situation qui compromet les efforts d'autonomisation financière de ces femmes et les objectifs de leurs groupements. La participation à ces associations représente néanmoins une voie privilégiée pour l'émancipation économique des femmes dans la commune, malgré ces obstacles.

Rôle des associations et coopératives

Adelin Njejimana, membre de l'organisation Cafod, rapporte que de nombreuses femmes à Bururi sont confrontées à des difficultés telles que la violence domestique, l'abandon et des problèmes économiques persistants. Dans ce contexte, Joselyne Ndayiragije, une résidente locale et cheffe de la colline de Nyavyamo, estime que « Tout ce qui sauve la vie des femmes dans notre localité ce sont des associations ou coopératives dont elles sont membres ». Elle note l'importance vitale de ces structures pour leur survie économique et sociale, offrant un refuge et un moyen de subsistance.

La commune de Bururi s'efforce parallèlement de revitaliser le site de la Source du Nil, un projet qui pourrait potentiellement offrir de nouvelles opportunités aux habitants en attirant des touristes et en stimulant l'économie locale. Cependant, les défis restent importants. Joselyne Ndayiragije exprime le souhait de voir une agence de la Banque des femmes établie à Matana, déclarant : « S’il y avait moyen d’installer une agence à Matana, ce serait une plus-value pour nous ». Une telle institution financière pourrait grandement faciliter l'accès au financement pour les femmes entrepreneures de la région, leur permettant de développer leurs activités et de renforcer leur autonomie économique.

Un autre problème soulevé concerne la consommation de boissons alcoolisées comme le 'bangala' ou l''udusarabwayi', qui est identifiée comme une source de conflits familiaux et de tensions financières au sein des ménages de Bururi. Cette consommation excessive a des répercussions néfastes sur la stabilité des foyers et la gestion des ressources. Adelin Njejimana dénonce également les mariages précoces impliquant des motards, une pratique qui conduit souvent les jeunes filles à abandonner leur scolarité, compromettant ainsi leur avenir éducatif et professionnel et les enfermant dans un cycle de vulnérabilité.

Étienne Sahinguvu, président de Frodebu à Bururi, porte un regard critique sur l'action publique, affirmant que « Il n’y a pas d’actions concrètes sur le terrain par rapport aux promesses électorales », notamment en ce qui concerne la distribution des engrais et l'inclusion des jeunes dans les programmes de développement. Cette déclaration met en lumière un sentiment de déception quant à la mise en œuvre des engagements politiques, et renforce l'idée que les associations et coopératives comblent un vide en offrant un soutien direct aux populations les plus vulnérables, là où l'action gouvernementale est perçue comme insuffisante.

Perspectives et engagement

Joselyne Ndayiragije, par ailleurs cheffe de la colline de Nyavyamo, affirme avec conviction que « Tout ce qui sauve la vie des femmes dans notre localité ce sont des associations ou coopératives dont elles sont membres ». Cette reconnaissance de l'importance des structures collectives est partagée par de nombreuses femmes de la commune. Stéphanie Nibigira, vice-présidente du conseil de la colline de Mugozi et cheffe de la zone de Bururi de 2010 à 2025, met en garde contre des difficultés, signalant que « Il peut y avoir des hommes qui s’emparent des crédits contractés par leurs épouses pour les consommer inutilement ». Cette réalité note la nécessité d'un renforcement des mécanismes de protection et de sensibilisation pour garantir que les efforts des femmes portent leurs fruits.

La commune de Bururi a établi un partenariat de jumelage avec une commune italienne, ouvrant des perspectives d'échanges culturels et de coopération pour le développement. Elle prévoit également de développer le site touristique de Gikizi, afin de diversifier les sources de revenus et de promouvoir le patrimoine local. Joselyne Ndayiragije exprime le souhait que « S’il y avait moyen d’installer une agence à Matana, ce serait une plus-value pour nous », réaffirmant le besoin criant d'accès aux services financiers pour les femmes entrepreneures. Étienne Sahinguvu, président de Frodebu à Bururi, critique l'action publique en affirmant que « Il n’y a pas d’actions concrètes sur le terrain par rapport aux promesses électorales », notamment en ce qui concerne les engrais et l'inclusion des jeunes. Ces critiques soulignent la nécessité pour les autorités locales et nationales de redoubler d'efforts pour répondre aux attentes de la population, en particulier des jeunes et des femmes, qui continuent de se battre pour un avenir meilleur malgré les nombreux défis. La résilience et l'ingéniosité des habitants de Bururi, notamment des femmes et des jeunes entrepreneurs, restent le moteur principal du développement local.