Campagne de sensibilisation sur la santé mentale à Kiganda : briser le tabou et promouvoir les soins

Une vaste action de sensibilisation s’est tenue dans la zone de Rutegama
Photo: Jean Marie Ndayisenga via Lerenouveau

Une vaste campagne de sensibilisation a été organisée dans la commune de Kiganda afin de lutter contre les maladies liées à la santé mentale. Cette initiative d'envergure, lancée par l'organisation Nacham Africa à travers son projet REMESHA, s'est déroulée en partenariat étroit avec le Programme national de lutte contre les maladies non transmissibles, via l'Unité de Santé Mentale du Ministère de la Santé Publique. L'objectif principal de cette action était de briser le silence et de déconstruire les préjugés entourant ces affections souvent mal comprises. Le psychologue Lin Ndayikengurukiye, également coordinateur du projet Remesha chez Nacham Africa, a exprimé son profond regret que les personnes souffrant de troubles mentaux soient trop rapidement stigmatisées et qualifiées de « folles » par la société. Cette campagne a donc mis en lumière la nécessité impérieuse d'une meilleure compréhension collective et d'un soutien accru pour les victimes de ces pathologies.

Causes et perceptions locales

Dans la commune de Kiganda, la maladie mentale est encore fréquemment assimilée à une défaillance morale ou spirituelle, une perception qui contribue malheureusement à une stigmatisation profonde des personnes affectées. Lin Ndayikengurukiye, en tant que coordinateur du projet Remesha chez Nacham Africa, a tenu à préciser que ces troubles ne sont pas le résultat d'une faiblesse personnelle, mais résultent plutôt d'une interaction complexe de facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et économiques. Pour étayer son propos, il a cité des éléments concrets tels que la précarité socio-économique, l'usage abusif de drogues ou encore la violence domestique comme des facteurs significatifs favorisant l'émergence et l'aggravation de ces conditions. Ces explications détaillées visent à déconstruire les perceptions locales erronées et à encourager une approche plus scientifique, basée sur la médecine et la psychologie, de la santé mentale au sein de la communauté.

Face à ces défis persistants et à la méconnaissance générale, Stéphanie Nyandwi, cheffe de la zone Rutegama, a lancé un appel vibrant au gouvernement burundais. Elle a exhorté les autorités à multiplier les centres de soins spécialisés dans le pays, afin d'assurer une couverture géographique plus large et un accès facilité aux traitements. Elle a insisté sur la nécessité de renforcer la formation du personnel encadrant, qu'il s'agisse de médecins, d'infirmiers ou de psychologues, pour garantir une prise en charge de qualité. Cette demande note le besoin urgent d'infrastructures adéquates et de compétences adaptées pour prendre en charge efficacement les personnes souffrant de troubles mentaux et pour démystifier ces affections au sein des communautés, en les intégrant pleinement dans le système de santé public.

Appel à la détection et aux soins

Dans le cadre de cette campagne, Lin Ndayikengurukiye a invité l'ensemble de la population à être vigilante et à savoir détecter les signes avant-coureurs de troubles mentaux. Il a énuméré des indicateurs clés tels que la tristesse persistante, l'isolement social, une anxiété excessive ou la manifestation de pensées suicidaires, soulignant l'importance d'une intervention précoce. Stéphanie Nyandwi, cheffe de la zone Rutegama, a réaffirmé avec force que les troubles mentaux sont des pathologies à part entière, au même titre que les maladies physiques, et qu'elles peuvent être traitées et guéries avec des soins appropriés. Elle a également exhorté les familles à abandonner le recours aux charlatans et aux guérisseurs traditionnels, dont les méthodes peuvent être inefficaces voire dangereuses, pour se tourner sans délai vers des structures médicales adaptées et des professionnels de la santé qualifiés.

Dieudonné Girukwishaka, chef adjoint de la colline Murinzi dans la zone Mushikamo, a salué avec enthousiasme les enseignements essentiels dispensés lors de cette campagne. Il a souligné que ces informations permettent désormais une meilleure identification des symptômes des troubles mentaux et facilitent l'orientation urgente des patients vers des centres dédiés situés à Gitega, Bujumbura ou Ngozi. Un aspect clé de la prise en charge a également été mis en avant : les soins et les médicaments nécessaires sont pris en charge par la Carte d’Assistance Maladie (Cam), offrant ainsi un accès financier aux traitements pour les personnes concernées.

Témoignages et défis persistants

Les témoignages recueillis lors de la campagne de sensibilisation ont offert un aperçu poignant des causes profondes et des défis quotidiens auxquels sont confrontées les personnes atteintes de troubles mentaux et leurs familles. Bernardine Niyonzima a mis en évidence la responsabilité directe de l'alcoolisme excessif, de la consommation de drogues illicites et des conflits domestiques récurrents dans la recrudescence inquiétante des cas observés. Ces facteurs socio-économiques et comportementaux contribueraient significativement à l'aggravation de la situation de la santé mentale au sein des communautés.

Joseph Ntukamazina, un habitant de la zone Gatabu, a attiré l'attention sur la vulnérabilité particulière des femmes veuves. Selon son observation, cette catégorie de la population serait davantage exposée aux troubles mentaux, nécessitant ainsi une attention spécifique et la mise en place de mécanismes de soutien adaptés à leur situation souvent précaire et isolée.

Dorine Ntakarutima, une citoyenne de Kiganda, a dénoncé avec véhémence les mauvais traitements et les violences subis par les patients, sous le prétexte fallacieux qu'ils « manquent de raison ». Elle a décrit des situations inacceptables où les personnes atteintes de troubles mentaux sont victimes de maltraitance physique ou psychologique, ce qui non seulement aggrave leur état de santé, mais rend également leur prise en charge et leur réinsertion sociale encore plus difficiles.

Face à ces constats alarmants, Dieudonné Girukwishaka a réitéré sa demande pour la multiplication des campagnes de sensibilisation à travers tout le pays, afin d'atteindre un public plus large et de déconstruire durablement les tabous. Il a également sollicité l'extension significative du réseau national de santé, notamment dans les zones rurales, pour mieux couvrir les besoins des populations éloignées et assurer un accès plus équitable et universel aux soins de santé mentale pour tous les citoyens, quelle que soit leur localisation géographique.

Portée du projet REMESHA

L'initiative de sensibilisation à Kiganda a été lancée par l'organisation Nacham Africa, via son projet REMESHA, dont l'action est déterminante dans la lutte contre les maladies mentales. Ce projet, intégralement mis en œuvre par Nacham Africa, a déjà démontré son efficacité en couvrant neuf anciennes provinces sanitaires ciblées depuis septembre 2024. Ces provinces incluent des régions clés telles que Bujumbura, Bujumbura Mairie, Kirundo, Gitega, Ngozi, Kayanza, Cibitoke, Rumonge et Makamba, témoignant d'une portée géographique étendue. Les activités sont menées de manière stratégique, à la fois dans les hôpitaux publics ciblés qui constituent des points d'ancrage essentiels, et directement au sein de leurs communautés. Une attention particulière est portée aux localités stratégiques et aux lieux à forte concentration de population, tels que les centres urbains et les marchés locaux, afin de maximiser l'impact de la sensibilisation et d'atteindre le plus grand nombre de personnes possible avec des messages clairs et pertinents sur la santé mentale.