Catherine Tegera : Deux décennies au service de la dignité et contre les violences basées sur le genre au Burundi

Mme Tegera, victime des VBGs doivent souvent affronter la peur, l’intimidation, la honte et le poids des traditions.
Photo: Moïse Nkurunziza via Lerenouveau

Catherine Tegera s'est engagée depuis près de deux décennies dans l'écoute, la médiation et la défense de la dignité humaine, notamment face aux violences basées sur le genre (VBG) au Burundi. Son action vise à restaurer les droits et la place des victimes au sein de la communauté. La militante a souligné l'importance de briser le silence face aux injustices. Cet engagement profond et durable a marqué son parcours, faisant d'elle une figure emblématique dans la lutte pour les droits humains au Burundi.

Mme Tegera, qui affirme aimer le bleu comme couleur de la Vierge Marie et le rouge comme symbole de l'amour du Christ, a déclaré être "fière de moi-même" et refuser le conformisme. Elle a constaté que "des droits des femmes étaient bafoués" et que "la femme était maltraitée sans pouvoir dénoncer". Catherine Tegera a également précisé que "les VBG peuvent toucher aussi bien les femmes que les hommes", bien que les femmes soient les principales victimes. Elle a noté que "l’homme maltraité a peur de le dire par peur d’être sous-estimé". Son objectif est de "ne pas seulement aider une victime à sortir d’une situation de violence, mais lui permettre de retrouver sa dignité, ses droits et sa place au sein de la communauté", car "le silence tue". Son approche holistique met l'accent sur la reconstruction individuelle et sociale des personnes affectées.

Les racines d'une Mushingantahe

Catherine Tegera, née en 1963, fut l'une des premières femmes investies comme Mushingantahe il y a une vingtaine d'années. Cette distinction, traditionnellement réservée aux hommes, témoigne de sa reconnaissance pour son intégrité et son rôle dans la communauté. Mère de quatre enfants, deux garçons et deux filles, elle est également grand-mère de deux petits-enfants. Ses couleurs préférées sont le bleu et le rouge, des choix qu'elle explique par des symboliques personnelles profondes. "J’aime la couleur bleue parce que c’est la couleur de la Sainte Vierge, mère de Dieu et des hommes. La couleur rouge est le symbole de l’amour de Jésus-Christ pour nous", a déclaré Mme Tegera, ajoutant : "Je n’aime pas le conformisme, je suis fière de moi-même". Catholique pratiquante, sa foi est un pilier central de son engagement et de sa vision du monde.

Avant son engagement dans la lutte contre les violences basées sur le genre, Catherine Tegera a débuté sa carrière professionnelle comme enseignante. Elle a exercé cette profession entre 1985 et 1987 à l'école primaire de Bukeye. Son père, lui-même enseignant, a joué un rôle déterminant dans son parcours en encourageant l'ensemble de ses enfants, filles et garçons, à suivre une scolarité. Cet environnement familial a probablement influencé son parcours ultérieur, en lui inculquant dès son plus jeune âge l'importance de l'éducation et de l'égalité. La valeur de la transmission du savoir et le respect de la dignité de chacun ont ainsi été des principes fondateurs dans sa vie.

Parcours professionnel et engagement

Catherine Tegera met son expérience, sa foi, ses valeurs et son parcours judiciaire au service des personnes confrontées aux violences basées sur le genre (VBG). Après son expérience dans l'enseignement, elle a par la suite travaillé au sein du ministère de la Justice, dans le cadre du projet « Enfant et Mère incarcérés ». Ce projet visait à améliorer les conditions de vie des mères détenues et de leurs enfants, une mission qui résonne avec son souci constant de la dignité humaine. Son parcours professionnel l'a également menée à occuper le poste de directrice adjointe de la prison centrale de Bujumbura, où elle a pu observer de près les défis du système carcéral.

Entre 2007 et 2009, Mme Tegera a assuré la direction par intérim de cette même prison centrale de Bujumbura. Cette période a été marquée par son dévouement à l'amélioration des conditions de détention et au respect des droits des personnes incarcérées. Plus tard, elle a exercé ses fonctions à la Direction Générale des Affaires Pénitentiaires de 2011 jusqu'à son départ à la retraite en 2024. Au cours de sa carrière, elle a également été membre de la Commission Permanente chargée du suivi des dossiers pénitentiaires et judiciaires des détenus, une fonction qui note son engagement continu pour la justice et la dignité des personnes incarcérées. Son expertise dans le domaine judiciaire et pénitentiaire a renforcé sa capacité à comprendre et à agir sur les causes profondes des injustices, y compris celles liées aux VBG.

Lutter contre les VBG et leurs racines

Les violences basées sur le genre (VBG) peuvent toucher aussi bien les femmes que les hommes, même si les femmes demeurent les principales victimes dans de nombreux contextes, selon Catherine Tegera. Elle a souligné que "la femme était maltraitée sans pouvoir dénoncer et l’homme maltraité a peur de le dire par peur d’être sous-estimé". Cette observation met en lumière la complexité des dynamiques de violence et les barrières sociales qui empêchent les victimes de s'exprimer. Catherine Tegera est mariée à Tharcisse Ndarugirire depuis près de 40 ans, un mariage qui témoigne de sa stabilité personnelle et de son engagement envers les valeurs familiales.

Catholique pratiquante, Mme Tegera a expliqué ses choix de couleurs : "J’aime la couleur bleue parce que c’est la couleur de la Sainte Vierge, mère de Dieu et des hommes. La couleur rouge est le symbole de l’amour de Jésus-Christ pour nous." Elle a ajouté : "Je n’aime pas le conformisme, je suis fière de moi-même." Ces convictions profondes guident son action et lui confèrent une force morale indéniable.

Pour ses proches, Catherine Tegera incarne les valeurs de l'Ubushingantahe : l'humanité, la compassion, la courtoisie, l'intégrité et le souci du bien commun. Ces qualités sont essentielles pour exercer le rôle de Mushingantahe, qui implique un engagement exemplaire pour la justice et l'harmonie sociale. Son mari, Tharcisse Ndarugirire, a attesté : "Je confesse sa droiture, sa fidélité à l’engagement, sa véracité, son honnêteté intellectuelle et morale." Il a ajouté que, très stricte dans la droiture, elle a déjà eu des malentendus, même parmi les hommes Bashingantahe qui ne voulaient pas dépasser les stéréotypes. Cela illustre son courage à défendre ses principes, même face à l'opposition ou aux traditions établies.

L'expression "Niko zubakwa", signifiant qu'il faut parfois "endurer tous les maux pour préserver le foyer", risque de trivialiser la violence au nom de la stabilité du ménage. Mme Tegera a affirmé que "le silence tue" et qu'il faut "dépasser toutes les formes d’injustice qui se cachent, par exemple, derrière le vocable «Niko zubakwa »." Elle a précisé que son objectif est de "ne pas seulement aider une victime à sortir d’une situation de violence, mais lui permettre de retrouver sa dignité, ses droits et sa place au sein de la communauté." Cette position est clé pour déconstruire les normes sociales qui perpétuent la violence et pour encourager les victimes à briser le cycle de l'abus.

Impact et portée de son action

Catherine Tegera a notamment apporté son soutien à une femme de la commune de Mutaho, dans la province de Gitega, qui ne possédait pas de documents d'identification pour elle-même et ses enfants. Grâce à son intervention, cette femme a pu retrouver sa place dans la société et bénéficier de son héritage foncier, a-t-il été rapporté. Cette action concrète illustre l'impact direct de son travail sur la vie des individus. Son objectif est de "ne pas seulement aider une victime à sortir d’une situation de violence, mais lui permettre de retrouver sa dignité, ses droits et sa place au sein de la communauté", selon ses propres termes. Catherine Tegera réside dans le quartier de Kinanira II, situé dans la zone de Musaga, commune de Mugere, au sud de la ville de Bujumbura. C'est de là qu'elle continue à œuvrer, ancrée dans sa communauté et au service de ceux qui en ont le plus besoin. Son engagement sans faille et sa capacité à transformer les vies font d'elle une source d'inspiration et un pilier essentiel dans la lutte contre les violences basées sur le genre au Burundi.