Controverse sur le financement des infrastructures routières au Burundi

Photo via Iwacu-burundi

Dr. Diomède Ninteretse a été interrogé le 14 octobre 2026 concernant la nouvelle politique gouvernementale de contribution au bitumage des routes au Burundi. L'expert a d'abord rappelé les exigences de la gestion publique en déclarant : « Gouverner ce n’est pas seulement annoncer des mesures. C’est aussi planifier, financer, exécuter et contrôler. »

Concernant les risques financiers pour la population, Dr. Diomède Ninteretse a souligné : « Le citoyen risque de payer deux fois. Normalement, en payant les impôts et taxes, le citoyen a déjà payé la facture. » Enfin, il a précisé les limites de cette stratégie de financement en affirmant : « La contribution citoyenne peut être un complément mais pas une substitution. Elle ne devrait pas devenir une substitution au financement public. »

Une charge financière disproportionnée

Le gouvernement burundais a fixé le taux de contribution à 61 773 BIF par mètre carré pour le bitumage des routes. Ce montant constitue la base de calcul pour les propriétaires fonciers riverains des infrastructures concernées par cette politique.

Les modalités d'application de cette mesure imposent des charges financières variables selon la longueur de la façade des parcelles. Un propriétaire disposant d'une façade de 10 mètres est ainsi tenu de verser une somme totale de 1 853 190 BIF pour les travaux de bitumage situés devant son terrain.

Pour les parcelles plus vastes, la note s'alourdit proportionnellement. Un propriétaire possédant une façade de 20 mètres doit s'acquitter d'un paiement de 3 706 380 BIF. Ces montants, calculés selon le tarif établi par les autorités, représentent la participation financière exigée pour le financement du réseau routier. Ces chiffres reflètent l'application stricte de la tarification gouvernementale imposée aux riverains.

Le poids économique sur les citoyens

Le salaire moyen au Burundi s'élève à environ 120 000 BIF. Ce niveau de revenu place les contributions exigées des riverains pour le bitumage des routes dans une perspective économique particulière, au regard du coût unitaire fixé par les autorités. Pour un propriétaire dont la façade de parcelle mesure 10 mètres, le montant à verser de 1 853 190 BIF équivaut à plus de 15 mois de salaire moyen. Cette charge financière s'alourdit davantage pour les parcelles de 20 mètres, dont la participation requise de 3 706 380 BIF représente environ 31 mois de salaire moyen.

Parallèlement à ces exigences financières adressées aux citoyens, le gouvernement burundais a récemment approuvé un budget global de 6 000 milliards BIF pour financer diverses activités. Cette enveloppe budgétaire, validée par les autorités, couvre l'ensemble des programmes d'action de l'État pour l'exercice en cours. La juxtaposition de ce montant total, alloué aux priorités nationales, et de la capacité contributive des particuliers, mesurée par le revenu mensuel moyen, constitue l'un des points de friction soulevés par la nouvelle politique de financement des infrastructures routières. Les riverains des zones concernées, dont les capacités financières se situent dans la moyenne nationale, font face à ces versements obligatoires dont le calcul est strictement indexé sur la longueur de leurs façades foncières. Les données budgétaires nationales et les revenus des ménages illustrent le décalage entre les besoins de financement des infrastructures routières et le pouvoir d'achat des citoyens.