Au camp de réfugiés de Nakivale, situé dans le sud-ouest de l'Ouganda, l'accès à l'eau potable constitue désormais un défi majeur. Cette situation contraint les habitants à parcourir de longues distances pour s'approvisionner en ressources hydriques essentielles. La crise s'aggrave dans cette installation, où les besoins fondamentaux peinent à être satisfaits pour les populations déplacées. Les infrastructures existantes ne parviennent plus à subvenir aux demandes croissantes, exacerbant les difficultés quotidiennes des réfugiés. De nombreux témoignages font état de parcours quotidiens épuisants pour atteindre des points d'eau souvent insuffisants, une réalité qui pèse lourdement sur la vie des résidents.
Pénurie d'eau et désespoir
Depuis plus de trois mois, les robinets publics, les sources et les fontaines situés à l'intérieur et aux alentours du camp de Nakivale ont cessé de fournir de l'eau. Cette situation contraint de nombreux réfugiés à entreprendre de longs trajets pour s'approvisionner. Certains habitants se rendent ainsi au lac Nakivale, situé à environ huit kilomètres du camp, pour y puiser de l'eau, malgré la distance et les risques associés à la consommation d'eau non traitée. Ce périple quotidien est devenu une routine exténuante pour des milliers de personnes.
Un défi supplémentaire est apparu récemment : actuellement, même les puits présents dans la zone sont à sec, aggravant la pénurie déjà critique. Par le passé, l'établissement public Nsamizi, chargé des programmes WASH (eau, assainissement et hygiène) au sein du camp, avait procédé au forage de puits publics. L'eau provenant de ces puits n'était pas destinée à la consommation directe, mais était utilisée pour la cuisine et d'autres usages domestiques essentiels. La non-disponibilité de cette ressource, même pour des usages non potables, représente une dégradation significative des conditions de vie. L'assèchement de ces sources vitales laisse les communautés dans une situation de grande vulnérabilité, sans alternative viable pour leurs besoins en eau.
Conséquences sanitaires et économiques
Des sources médicales rapportent une augmentation alarmante des cas de maladies liées au manque d'eau potable et d'hygiène à Nakivale. Ces patients présentant des symptômes de choléra et de typhoïde sont principalement des enfants, des femmes enceintes et des mères allaitantes, des groupes particulièrement vulnérables aux maladies hydriques. La propagation de ces maladies infectieuses est une conséquence directe de l'accès limité à une eau salubre, ce qui met en péril la santé publique de l'ensemble du camp. Le personnel médical est confronté à une pression croissante pour gérer ces épidémies potentielles avec des ressources limitées.
La pénurie d'eau impacte également le bétail, un aspect clé de l'économie locale et de la subsistance de nombreuses familles. Plusieurs vaches meurent chaque jour en raison du manque d'eau et de pâturages, entraînant des pertes économiques directes pour les habitants qui dépendent de ces animaux pour leur revenu et leur alimentation. Cette situation met en péril les moyens de subsistance de nombreuses familles de réfugiés, ajoutant une couche de difficultés économiques à la crise humanitaire.
Dans ce contexte de rareté, un marché informel de l'eau s'est développé. Des individus équipés de bicyclettes transportent de l'eau depuis des sources lointaines et vendent un jerrycan de 20 litres jusqu'à 10 000 shillings ougandais. Ce prix exorbitant rend l'eau inaccessible pour la majorité des réfugiés, qui peinent déjà à satisfaire leurs besoins alimentaires de base. Ce commerce, bien que vital pour ceux qui peuvent se le permettre, note l'ampleur de la crise et l'exploitation des besoins fondamentaux des habitants.
Contexte et ressources limitées
Le camp de Nakivale accueille plus de 150 000 réfugiés, parmi lesquels plus de 33 000 Burundais, ce qui en fait l'un des plus grands et des plus anciens camps de réfugiés en Ouganda. Cette population importante exerce une pression considérable sur les ressources et les infrastructures existantes, qui sont déjà insuffisantes.
L'agence des Nations Unies, le HCR, reconnaît les difficultés actuelles et déclare manquer de ressources financières suffisantes pour répondre à tous les besoins des populations. Ce manque de financement entrave gravement la capacité de l'agence à mettre en œuvre des solutions durables et à fournir l'aide nécessaire en matière d'eau, d'assainissement et d'hygiène. Le HCR a récemment mis en œuvre plusieurs réductions de l'aide alimentaire destinée aux réfugiés, exacerbant davantage la précarité des conditions de vie et la vulnérabilité des habitants du camp. Cette réduction de l'aide alimentaire, combinée à la crise de l'eau, crée une situation humanitaire de plus en plus désastreuse pour les réfugiés de Nakivale. La communauté internationale est appelée à agir pour faire face à cette crise multifacette.