Une mesure interdisant la circulation des motards après 20h a été mise en place dans la commune de Kirundo, située dans la province de Kirundo. Cette restriction, qui affecte directement les moyens de subsistance de nombreux transporteurs, a suscité de vives réactions. La décision a été justifiée par des motifs de sécurité par Jean Berchmans Ndikuriyo, l'administrateur de ladite commune.
Selon M. Ndikuriyo, certains individus utiliseraient les motos pour se déplacer discrètement la nuit, afin de commettre des actes troublant l'ordre public. Il a précisé que ces agissements nocturnes menacent la tranquillité et l'ordre public au sein de la communauté. La restriction vise ainsi à prévenir ces incidents et à renforcer la sécurité des habitants, en limitant les opportunités pour ces activités illicites de se produire sous le couvert de l'obscurité. L'administrateur a souligné que l'objectif principal est de garantir un environnement plus sûr pour tous les résidents de Kirundo.
Sanctions et impact économique
Les motards de Kirundo affirment que cette restriction a considérablement diminué leurs revenus, le transport de nuit constituant une part importante de leur activité quotidienne. Pour beaucoup d'entre eux, les heures après 20h représentaient une période lucrative, essentielle pour compléter leurs gains journaliers et subvenir aux besoins de leurs familles. Des témoignages concordants indiquent que les conducteurs de moto pris en infraction après 20 heures sont passibles d'une amende de 50 000 francs burundais. Cette somme représente une part significative de leurs revenus et peut être difficile à payer pour des travailleurs dont les marges sont déjà faibles. Leurs engins peuvent également être saisis pour une durée allant jusqu'à un mois, ajoutant une pénalité financière et logistique significative à la sanction initiale. La saisie d'un véhicule de travail pendant une telle période équivaut à une suspension de leur activité, les privant de toute source de revenu pendant un mois entier.
Cette mesure a également eu un impact direct sur les tarifs de transport nocturne. Dans certains cas rapportés, les tarifs pour les trajets effectués de nuit auraient doublé, reflétant la rareté de l'offre et le risque accru encouru par les rares motards opérant malgré l'interdiction. Cette augmentation des prix pèse lourdement sur les résidents qui dépendent des mototaxis pour leurs déplacements essentiels après 20h. La conséquence est une difficulté accrue pour les citoyens de se déplacer, que ce soit pour des raisons professionnelles, médicales ou personnelles, engendrant une pression économique supplémentaire.
Contexte sécuritaire et accusations de discrimination
Des motards protestataires à Kirundo affirment que la mesure de couvre-feu n'est pas appliquée de manière égale. Selon leurs déclarations, certains conducteurs proches des Imbonerakure continuent de circuler librement la nuit sans être interpellés par les autorités. Cette situation soulève de sérieuses questions quant à l'équité de l'application de la réglementation et suggère une possible discrimination dans les contrôles effectués par les forces de l'ordre. Les motards dénoncent ce qu'ils perçoivent comme un traitement préférentiel, sapant la légitimité de la mesure de sécurité.
Les Imbonerakure sont décrits comme la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti présidentiel au Burundi. Cette affiliation politique des individus prétendument exemptés de l'interdiction ajoute une dimension politique complexe aux préoccupations déjà exprimées par les motards. L'allégation de traitement préférentiel pour des membres d'une organisation liée au parti au pouvoir alimente le sentiment d'injustice et d'arbitraire parmi les motards ordinaires, qui subissent de plein fouet l'impact économique du couvre-feu sur leurs revenus et leurs activités de transport nocturne. Cette perception d'une justice à deux vitesses exacerbe les tensions et rend difficile l'acceptation de la mesure par la population concernée.
Réactions des motards et résidents
Face à cette situation, les motards appellent les autorités à revoir la décision de couvre-feu et à garantir une application équitable des règles pour tous les conducteurs à Kirundo, sans distinction ni favoritisme. Ils estiment que les sanctions imposées, à savoir une amende de 50 000 francs burundais et la saisie du véhicule pendant un mois, sont excessives et disproportionnées par rapport à l'infraction. Ces mesures, selon eux, ont un impact direct et dévastateur sur leur capacité à subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles, déjà affectés par la restriction drastique de leurs heures de travail. Ils plaident pour des sanctions plus clémentes et des alternatives qui ne compromettent pas entièrement leur gagne-pain.
Parallèlement, des résidents de Kirundo signalent que la disponibilité réduite des motos la nuit a entraîné une augmentation significative des prix du transport nocturne. Le coût des trajets a parfois doublé, rendant les déplacements essentiels après 20h difficiles et coûteux pour la population. Cette situation crée une pression économique supplémentaire pour ceux qui dépendent des mototaxis pour leurs activités ou leurs urgences, tels que les déplacements vers les hôpitaux ou pour des raisons professionnelles impérieuses. L'absence de transports abordables après une certaine heure limite la mobilité des citoyens et peut avoir des conséquences négatives sur leur accès aux services de base.
Les habitants de Kirundo, confrontés à ces nouvelles réalités, expriment l'espoir de voir émerger une solution équilibrée. Ils souhaitent que celle-ci concilie les impératifs de sécurité mis en avant par l'administration communale et les réalités économiques des motards et de la population. L'objectif est de trouver un terrain d'entente qui permette de maintenir l'ordre public sans pour autant pénaliser de manière excessive les moyens de subsistance des transporteurs et l'accès aux services de transport pour les résidents. La recherche d'un compromis semble être une préoccupation partagée par les différentes parties prenantes, qui espèrent un dialogue constructif avec les autorités pour alléger les contraintes actuelles.