Générose Nacumi, poétesse et chanteuse burundaise originaire de Kirundo, est décédée le mardi 14 juillet, a-t-on appris de sources locales. Surnommée la « rossignole de Kirundo » en raison de la clarté et de la beauté de sa voix, elle était célèbre pour ses performances vocales et poétiques qui ont marqué son époque. Selon des proches, sa santé se dégradait depuis plusieurs années, affaiblissant progressivement celle qui fut une icône musicale. Elle aurait vécu les dernières années de sa vie dans la pauvreté et l'oubli, une situation qui contraste avec la richesse de son apport culturel. « Je suis née en 1948, je n’ai pas pu fréquenter l’école, mes parents n’y voyaient aucun intérêt », avait-elle déclaré, soulignant les difficultés de son enfance et le manque d'opportunités éducatives pour les jeunes filles de sa génération. Elle avait également affirmé, avec une pointe de regret : « J’aurais aimé y aller moi aussi », exprimant son désir inassouvi d'instruction.
Une vie dédiée à la musique et à la poésie
Générose Nacumi était reconnue pour ses chants mélodieux, caractéristiques de la région de Kirundo, dont elle portait fièrement les couleurs culturelles. Sa voix unique et son style distinctif ont fait d'elle une figure important de la scène musicale burundaise. Elle était particulièrement célèbre pour sa chanson « Nkoni yera », un titre qui a résonné auprès de nombreux auditeurs et est resté gravé dans les mémoires. Sa carrière musicale a débuté au sein d'un groupe de jeunes filles affilié à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), une organisation qui lui a offert une première plateforme pour exprimer son talent. Ce groupe a remporté la première place lors d'un concours de folklore organisé à Muyinga dans les années 1970, une victoire qui a marqué le début de sa reconnaissance publique.
Les chansons de Générose Nacumi, véritables trésors du patrimoine burundais, ont été enregistrées dans les studios de La Voix de la Révolution, devenue aujourd'hui la RTNB (Radio Télévision Nationale du Burundi), à Bujumbura. Ces enregistrements, qui ont permis de sauvegarder une partie de son œuvre pour les générations futures, témoignent de la richesse de son répertoire et de la profondeur de ses textes. Parmi ces enregistrements figure le titre « Wararaye », qu'elle a interprété après de nombreuses sollicitations, preuve de la popularité de ses compositions auprès du public et des professionnels. Son engagement artistique a contribué à valoriser la musique traditionnelle burundaise et à la faire connaître au-delà des frontières de sa région natale.
Parcours et regrets personnels
Née en 1948, Générose Nacumi n'a pas eu l'opportunité de fréquenter l'école, ses parents ne percevant pas l'intérêt d'une éducation pour les filles à cette époque, selon ses propres déclarations. Cette absence d'instruction formelle l'a profondément marquée. Elle a exprimé une jalousie sincère et compréhensible envers ses frères et d'autres jeunes filles qui, elles, avaient pu aller à l'école et bénéficier des avantages de l'éducation. Ce sentiment d'injustice l'a accompagnée tout au long de sa vie, influençant parfois son regard sur le monde et sur sa propre destinée.
La chanteuse a également partagé des regrets personnels concernant sa descendance, affirmant n'avoir eu que des filles. D'après elle, cette situation aurait entraîné des mauvais traitements et des persécutions à son égard, une réalité douloureuse dans certaines cultures où la préférence pour les héritiers masculins est forte. Elle a même confié que ses frères l'auraient reniée pour cette raison, ajoutant une couche de souffrance et d'isolement à son existence. Ces épreuves personnelles ont façonné son parcours et ont souvent transparaît dans la mélancolie et la profondeur de ses chants. Malgré ces difficultés, elle a continué à puiser dans sa force intérieure pour créer et partager son art.
Critique de la scène musicale actuelle et préservation de son art
Générose Nacumi avait émis des critiques acerbes concernant la musique contemporaine. Elle estimait que celle-ci manquait de mélodie, se montrait excessivement rythmique et bruyante, et qu'elle était trop souvent dénuée de poésie et de sens profond. Elle déplorait également le fait que les jeunes ne la sollicitaient pas pour apprendre la culture qu'elle considérait comme mourante, craignant que les traditions musicales et poétiques ne se perdent avec le temps. Cette observation reflétait sa préoccupation pour la transmission du patrimoine culturel burundais.
La chanteuse exprimait une réticence à interpréter de nouveau ses chansons, expliquant cette prudence par l'altération de sa voix, devenue rauque avec l'âge et les épreuves de la vie. Consciente de l'évolution de sa capacité vocale, elle préférait ne pas trahir la qualité originelle de ses œuvres, soucieuse de préserver l'intégrité artistique de son héritage. Elle craignait que sa voix actuelle ne rende pas justice à la splendeur de ses interprétations passées, préférant laisser les souvenirs de sa voix d'antan intacts.
Malgré cette réserve à chanter, elle était capable de réciter de longues strophes poétiques de ses chansons, démontrant ainsi la richesse de son répertoire et sa mémoire infaillible des textes. Ces récitations mettaient en lumière la profondeur lyrique de son œuvre, même si sa voix chantée n'était plus celle d'antan. Cette capacité à restituer l'essence poétique de ses compositions a permis de maintenir un lien avec son public et de témoigner de la force de ses écrits, même lorsque sa voix mélodieuse s'était estompée.
Héritage et mémoire
Le décès de Générose Nacumi a suscité une vague d'hommages au Burundi, rappelant l'importance de son œuvre pour le patrimoine culturel du pays. Sa disparition marque la perte d'une figure emblématique de la musique traditionnelle burundaise, dont le style a influencé plusieurs générations d'artistes. Ses chansons sont considérées comme un témoignage précieux de la poésie et des mélodies de la région de Kirundo, offrant un aperçu authentique des traditions musicales burundaises. Bien que sa carrière ait été marquée par des difficultés personnelles et un sentiment d'oubli, son héritage musical demeure une référence important pour la culture burundaise.
Aujourd'hui, des voix s'élèvent pour que sa mémoire soit honorée dignement et que son répertoire soit préservé pour les générations futures. La reconnaissance de son talent et de sa contribution est essentielle pour que la « rossignole de Kirundo » continue de résonner dans les cœurs et les esprits, assurant ainsi la pérennité de son œuvre au-delà de sa propre existence.