Le journaliste Jean Bigirimana, travaillant pour le groupe de presse Iwacu, a disparu le 22 juillet 2016 au Burundi. Cette disparition non résolue marque désormais dix ans de silence à compter du 22 juillet 2026, selon les informations disponibles. Jean Bigirimana aurait été arrêté par des agents des services de renseignement généraux, suggèrent les faits rapportés. Cependant, l'enquête ouverte pour élucider cette affaire n'a, à ce jour, apporté aucune réponse permettant d'établir la vérité sur ce qui lui est arrivé. Le sort de Jean Bigirimana reste inconnu, et les circonstances exactes de sa disparition demeurent opaques, alimentant les préoccupations des organisations de défense de la liberté de la presse.
Les circonstances de la disparition
Le 22 juillet 2016, Jean Bigirimana se rendait à Muramvya pour une réunion professionnelle lorsque sa disparition a eu lieu. Des témoins ont rapporté qu'il a été forcé de monter dans une camionnette par des agents du Service national de renseignement (SNR). Cette arrestation forcée, observée par plusieurs personnes, a immédiatement soulevé des inquiétudes quant à sa sécurité et son intégrité physique. Avant sa disparition, le journaliste avait reçu des menaces, accusé d'être du côté de l'opposition. Ces menaces, perçues comme des tentatives d'intimidation, s'inscrivaient dans un contexte politique tendu au Burundi. Quelques jours après sa disparition, deux corps en mauvais état ont été retrouvés dans une rivière. Ces corps ont été inhumés sans test ADN ni expertise permettant de les identifier formellement, laissant les proches de Jean Bigirimana et la communauté journalistique dans l'incertitude la plus totale. L'absence d'identification formelle a empêché de confirmer ou d'infirmer si l'un de ces corps était celui du journaliste disparu. Jean Bigirimana avait débuté sa carrière journalistique en 2010 à la radio privée Rema FM, où il avait acquis une solide expérience avant de rejoindre le groupe de presse Iwacu.
L'enquête au point mort
Jean Bigirimana était âgé de 37 ans au moment de sa disparition, laissant derrière lui une famille et des collègues désemparés. Le groupe de presse Iwacu a déposé une plainte contre X en août 2016 afin de faire la lumière sur les circonstances de cet événement. Cette démarche judiciaire visait à contraindre les autorités à mener une investigation approfondie et transparente. La procédure lancée par Iwacu était destinée à obtenir des réponses concernant le sort du journaliste et à identifier les responsables de sa disparition. Malgré cette plainte, les progrès de l'enquête sont restés extrêmement limités, voire inexistants.
Les collègues du journaliste ainsi que les témoins de son arrestation n'ont pas été entendus par la police, selon des informations rapportées. Ce manque d'auditions, jugé clé pour toute enquête sérieuse, a soulevé de vives questions quant à l'exhaustivité et à la crédibilité de l'enquête menée par les autorités burundaises. L'absence de témoignages clés dans le processus d'investigation a été notée par des observateurs et des organisations de défense des droits humains, qui y voient un signe de la stagnation de l'affaire.
Reporters sans frontières (RSF) a tenté de contacter le Procureur général, le Président de la Cour suprême et le porte-parole de la Cour suprême, mais sans succès. Ces tentatives de communication visaient à obtenir des éclaircissements sur l'état d'avancement de l'enquête et les démarches entreprises par les autorités judiciaires pour résoudre ce dossier. L'organisation a cherché à dialoguer avec les plus hautes instances judiciaires du Burundi concernant cette affaire, mais ses requêtes sont restées sans réponse, renforçant le sentiment d'un manque de volonté politique d'élucider la vérité. L'impasse de l'enquête, combinée à l'absence de communication des autorités, a alimenté les craintes d'une obstruction délibérée à la justice.
Un climat de répression médiatique
Le contexte de la disparition de Jean Bigirimana s'inscrit dans une période particulièrement difficile pour la presse burundaise, caractérisée par une répression croissante et une restriction des libertés. Quatre reporters du groupe Iwacu ont été arrêtés en 2019 alors qu'ils couvraient l'incursion d'un groupe armé, et ont passé 430 jours en détention. Cette arrestation arbitraire et leur longue détention ont mis en lumière les risques encourus par les journalistes dans l'exercice de leurs fonctions au Burundi, où l'information est souvent perçue comme une menace par le pouvoir en place.
Le site web d'Iwacu a été bloqué au Burundi de 2017 à 2022, ce qui a restreint considérablement l'accès à l'information pour les citoyens burundais et a entravé le travail de ce média indépendant. Ce blocage, d'une durée de cinq ans, a illustré la volonté des autorités de contrôler le flux d'informations et de museler les voix critiques. Cette mesure a eu un impact significatif sur la capacité d'Iwacu à informer le public et à poursuivre son rôle de contre-pouvoir.
Le Burundi se classe 119ème sur 180 pays et territoires dans l'édition 2026 du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF. Ce classement reflète une situation préoccupante pour les professionnels des médias dans le pays, où les menaces, les arrestations et l'impunité des crimes contre les journalistes sont monnaie courante. La position du Burundi dans cet indice témoigne des défis persistants auxquels sont confrontés les journalistes locaux dans leur quête d'une information libre et indépendante.
Appels à la vérité et à la justice
Reporters sans frontières (RSF) dénonce cette impunité persistante concernant la disparition de Jean Bigirimana. L'organisation exhorte les autorités à rompre leur silence et à faire la lumière sur le sort du journaliste. RSF a régulièrement interpellé les responsables burundais pour exiger des réponses et la manifestation de la vérité dans ce dossier, soulignant que chaque jour sans réponse est un jour de plus pour l'injustice. L'organisation a souligné que l'absence de progrès dans l'enquête crée un climat d'insécurité permanent pour les professionnels des médias au Burundi, les poussant à l'autocensure ou à l'exil.
L'organisation internationale a appelé les autorités à prendre des mesures concrètes pour que justice soit rendue et à honorer leurs engagements en matière de droits humains. Elle a rappelé l'importance fondamentale de garantir la sécurité des journalistes et de lutter contre l'impunité pour les crimes commis à leur encontre, car ces crimes sapent les fondements mêmes de la démocratie et de l'État de droit. RSF a insisté sur le fait que la résolution de l'affaire Jean Bigirimana serait un signal fort de la part du gouvernement burundais en faveur de la liberté de la presse et du respect des droits humains.
En juillet 2023, le président burundais Évariste Ndayishimiye a déclaré : « Nous ne pouvons pas vivre dans un pays où il n'y a pas de justice. » Cette déclaration, prononcée lors d'une occasion publique, a été accueillie avec un mélange d'espoir et de scepticisme par les organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse. Elle intervient dans un contexte où ces organisations continuent de demander des comptes sur plusieurs cas de disparitions et d'agressions contre des journalistes, y compris celui de Jean Bigirimana. La communauté internationale et les défenseurs des médias attendent désormais que ces paroles soient suivies d'actions concrètes et d'une volonté politique ferme d'élucider la vérité sur le sort de Jean Bigirimana et de tous les autres journalistes disparus ou victimes d'actes de violence au Burundi. La résolution de cette affaire symbolique serait un pas décisif vers le rétablissement de la confiance et la promotion d'un environnement médiatique plus sûr et plus libre.