Cinq partis politiques d'opposition burundais ont exprimé leur rejet de la poursuite des préparatifs pour l'élection présidentielle de 2027, exigeant un dialogue politique inclusif préalable. Dans un communiqué commun publié le 8 mai 2026, ces formations ont dénoncé la CENI, la jugeant déséquilibrée et incapable de garantir des élections transparentes, crédibles et apaisées. Cette déclaration a coïncidé avec une réunion organisée par la CENI à Bujumbura pour les partenaires électoraux.
Les partis signataires – Uprona, Sahwanya-Frodebu, Codebu, CDP et CNL – ont annoncé leur intention d'utiliser "tous les moyens politiques, légaux et démocratiques" pour obtenir une recomposition crédible de l'institution électorale. Ils visent à privilégier un cadre de consultation distinct pour appeler à un dialogue sincère avant toute continuation du calendrier électoral. Keffa Nibizi a affirmé que les problèmes rencontrés par la CENI en 2025 font craindre pour la prochaine élection présidentielle. Patrick Nkurunziza a ajouté qu'ils refusent d'être de simples participants à un processus prédéterminé, soulignant qu'une CENI contestée ne peut organiser sereinement un scrutin présidentiel d'une telle importance.
Irrégularités des élections passées
Les partis d'opposition ont exprimé de fortes réserves concernant l'organisation et les résultats des élections législatives et municipales de 2025. Ces formations ont dénoncé plusieurs irrégularités ayant entaché le scrutin après la proclamation des résultats des élections législatives de 2025. Parmi elles figurait l'exclusion violente de représentants de partis de plusieurs bureaux de vote, des intimidations d'électeurs et d'assesseurs, des cas présumés de votes multiples et des arrestations illégales de représentants politiques. Les partis d'opposition ont également dénoncé un décompte des voix opaque, affirmant que des suffrages obtenus par d'autres formations avaient été attribués au CNDD-FDD.
Lors des élections législatives de 2025, le parti APDR s'était classé en neuvième position, tandis que Ranac occupait la onzième place. Des recours avaient été déposés à l'époque auprès des institutions compétentes, notamment à la Présidence de la République et à la Cour Constitutionnelle. Olivier Nkurunziza, président d'Uprona, a expliqué que la non-participation de son parti aux réunions de la CENI relevait d'une question de responsabilité due aux graves irrégularités observées lors des élections de 2025, et non d'un boycott. Il a en outre précisé à ce sujet que « le manque de réponse appropriée à ces recours laisse subsister de sérieuses préoccupations quant à la crédibilité des institutions électorales ».
Olivier Nkurunziza a insisté sur le fait que « les élections de 2025 ont été marquées par plusieurs irrégularités graves : intimidation des électeurs, bourrage des urnes, vote avant l’heure officielle, manque de neutralité de certains membres des bureaux de vote ainsi que la présence illégale et les intimidations opérées par des jeunes affiliés au parti au pouvoir autour et parfois à l’intérieur des centres de vote ». Il a estimé que participer aux préparatifs électoraux sans une réforme préalable équivaudrait à cautionner un système ne garantissant ni transparence ni équité. Pour le dirigeant de l'Uprona, « C’est la raison pour laquelle nous demandons qu’il y ait un dialogue sincère pour discuter de toutes ces questions ». Il a ajouté que « Nous croyons au dialogue politique, aux mécanismes légaux et à la pression démocratique pacifique pour obtenir une Ceni réellement indépendante, équilibrée et crédible ».
Le parti CNDD-FDD exerce un contrôle sur l'appareil d'État, selon l'article. Olivier Nkurunziza a également affirmé que « L’opposition burundaise dispose d’idées, de cadres compétents, d’un projet politique alternatif capable de répondre aux préoccupations des citoyens que sont, entre autres, la vie chère, le chômage, la justice sociale, la gouvernance et les libertés publiques ». Keffa Nibizi a de son côté déclaré que la population burundaise est épuisée et qu'après la reprise des élections en 1993, les citoyens avaient espéré une relance économique et le respect des droits humains, mais qu'ils avaient au contraire connu un déclin.
Demandes de l'opposition
Au cours de la réunion, le président de l'APDR, Gabriel Banzawitonde, et le président de Ranac, Aloys Baricako, ont quitté la salle après avoir dénoncé ce qu'ils ont qualifié de « processus déséquilibré ». Ces partis réclament des « réformes institutionnelles et légales capables de restaurer la confiance des citoyens et des acteurs politiques dans le système électoral burundais ». Ils ont également sollicité le chef de l'État pour qu'il facilite l'ouverture d'un « dialogue politique inclusif afin d'examiner les irrégularités dénoncées et d'assurer un traitement adéquat des recours déposés ». Une correspondance à cet effet a été transmise au Président le 4 avril 2026.
Keffa Nibizi, président de Codebu, a affirmé que le pays a connu un recul dans divers secteurs, y compris la démocratie, les droits humains, la politique, l'économie et la société. Il a déclaré que « La population burundaise est fatiguée » et que « Malheureusement, nous avons connu plutôt un recul. Si on regarde le pouvoir d’achat de la population, il n’a fait que dégringoler ». Olivier Nkurunziza a souligné que la force de son parti et de l'opposition réside dans la légitimité de leurs revendications, notant que d'autres formations politiques, organisations de la société civile et citoyens partagent les mêmes préoccupations. Selon Olivier Nkurunziza, l'opposition dispose d'idées, de cadres compétents et d'un projet politique alternatif pour répondre aux préoccupations des citoyens, telles que la vie chère, le chômage, la justice sociale, la gouvernance et les libertés publiques.
Patrick Nkurunziza, président de Sahwanya-Frodebu, a déclaré que les enjeux de 2027 vont au-delà de la seule alternance politique, se demandant si le Burundi organisera une véritable élection ou simplement un renouvellement d'un système prédéterminé. Il a mis en garde contre le risque de conduire le pays vers une crise de légitimité institutionnelle en l'absence de réformes sérieuses. Patrick Nkurunziza a insisté sur l'idée que « Si les règles du jeu sont transparentes et équitables, le peuple burundais peut créer la surprise ». Il a par ailleurs indiqué que si les demandes de l'opposition ne sont pas satisfaites, ils refuseront de participer à ce qu'il a qualifié de « mise en scène électorale » dépourvue de garanties minimales de transparence.
Analyse et perspectives
Keffa Nibizi, président de Codebu, a noté que le pouvoir d’achat de la population burundaise avait continuellement diminué, en raison de pénuries de produits essentiels tels que le carburant et les médicaments, de l'augmentation des prix alimentaires, de salaires insuffisants pour les fonctionnaires et de loyers jugés insupportables. M. Nibizi estime que, pour opérer un changement dans un système présidentiel, il est impératif que le parti au pouvoir et le président soient remplacés, impliquant ainsi une transformation systémique et non pas seulement un changement de personne.
Le président de l'Olucome, Gabriel Rufyiri, a affirmé que la commission chargée de la préparation des élections ne semblait pas indépendante et que les partis ayant refusé de participer à la réunion préparatoire n'avaient pas tort. M. Rufyiri a également exprimé l'avis que l'opposition politique burundaise disposait de moins en moins de moyens pour exiger ou imposer quoi que ce soit aux autorités en place. « On a besoin d’élections libres, transparentes, inclusives et apaisées. Une fois que ces quatre facteurs ne sont pas réunis, vous comprenez que c’est un grand problème », a-t-il déclaré.
M. Rufyiri a observé qu'une peur généralisée régnait parmi les Burundais et que la presse n'était pas libre, soulignant ainsi le manque de liberté d'expression dans le pays. « Il y a de la peur chez les Burundais de façon générale. La presse non plus n’est pas libre quoi que disent les autorités publiques. Donc, la liberté d’expression reste lacunaire au Burundi », a-t-il détaillé, ajoutant que « La peur ronge bon nombre de Burundais » et qu'« Il y a un problème d’expression dans ce pays ». Gabriel Rufyiri a par ailleurs déclaré que le budget annoncé pour la prochaine élection, estimé à environ 115 milliards de francs burundais, ne constituait pas le problème principal, mais plutôt sa gestion.
De son côté, Alexis Manirakiza, juriste et professeur d'université, a jugé que les chances de voir les revendications des partis d'opposition satisfaites étaient minimes. « Le ton paternaliste adopté pour répondre à leurs préoccupations n’est guère encourageant », a-t-il précisé.
Réaction présidentielle
Le Président de la République, déjà désigné candidat du CNDD-FDD à sa propre succession pour 2027, s'est exprimé sur les réseaux sociaux. Sur la plateforme X, il a indiqué avoir pris connaissance du message des cinq partis politiques d'opposition. Le chef de l'État a promis de les rencontrer prochainement afin d'engager un dialogue visant à l'apaisement et à l'unité nationale. Cette déclaration présidentielle intervient alors que l'opposition dénonce le processus électoral en cours et réclame des réformes institutionnelles avant toute poursuite des préparatifs des élections de 2027.