Évaluation approfondie de l'aide aux réfugiés au camp de Mahama au Rwanda

Mahama : le HCR veut revoir son système d’assistance aux réfugiés
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Au Rwanda, les agences humanitaires et les autorités chargées de la gestion des réfugiés ont lancé une évaluation approfondie et de grande envergure des conditions de vie et du système d'assistance dans les camps, notamment celui de Mahama. Cette initiative vise à obtenir une image précise des conditions de vie réelles des réfugiés au sein du camp de Mahama. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), en collaboration avec le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Ministère chargé de la gestion des urgences (MINEMA), a spécifiquement lancé cette évaluation générale du système d'aide humanitaire dans le camp de réfugiés de Mahama, situé dans l'est du Rwanda. L’évaluation cherche à comprendre les défis rencontrés par les populations déplacées et à identifier les axes d’amélioration de l’aide fournie. Elle doit servir de base pour des ajustements futurs des programmes d'assistance humanitaire.

Contexte des contestations actuelles et de la catégorisation

Cette initiative vise à réviser les mécanismes de ciblage de l'aide alimentaire et monétaire, fortement contestés par une partie des bénéficiaires. Cette opération fait suite à plusieurs litiges liés au système de catégorisation sociale mis en œuvre il y a plus d'un an, lequel a entraîné la perte totale de toute aide monétaire et alimentaire pour une partie des réfugiés. Depuis plus d'un an, les réfugiés de Mahama sont répartis en trois catégories basées sur leur niveau de vulnérabilité supposé. Cette catégorisation est au cœur des préoccupations et des réclamations des réfugiés.

Les personnes jugées les plus vulnérables, appartenant à la première catégorie, reçoivent environ 6800 francs rwandais par mois, selon les données disponibles. En revanche, les individus considérés comme moins vulnérables, classés dans la deuxième catégorie, perçoivent la moitié de ce montant, soit environ 3400 francs rwandais mensuels. Les réfugiés classés dans la troisième catégorie sont présumés disposer d'un revenu mensuel et, de ce fait, ne reçoivent aucune aide financière ni alimentaire. Cette méthode de classification a été la source principale des contestations actuelles, poussant les agences humanitaires et les autorités à réévaluer l'efficacité et l'équité des allocations. La perception d'injustice et les difficultés rencontrées par les réfugiés de la troisième catégorie, qui se sont souvent retrouvés sans aucune ressource, ont rendu cette révision impérative.

Méthodologie de l'évaluation

L'évaluation en cours se déroule directement auprès des ménages du camp de Mahama. Cette approche, menée maison par maison, permet une collecte de données précise et personnalisée. Les chefs de famille sont invités à répondre à une série de questions détaillées, portant sur leur identité, leurs conditions de vie actuelles, leur alimentation, leur logement, leurs vêtements, leurs éventuels revenus mensuels et leurs projets futurs. Ce questionnaire exhaustif vise à brosser un tableau complet de la situation de chaque ménage.

Des responsables du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), du Programme alimentaire mondial (PAM) et du Ministère chargé de la gestion des urgences (MINEMA) appellent les réfugiés à participer activement à cet exercice. Ils présentent cette démarche comme bénéfique pour les populations concernées, soulignant qu'une participation complète et honnête est essentielle pour garantir l'exactitude des données et, par conséquent, l'efficacité des ajustements futurs de l'aide. Cette opération devrait durer plus d'un mois, nécessitant un engagement soutenu de la part des équipes d'évaluation et des réfugiés eux-mêmes. L'objectif est de s'assurer que toutes les voix soient entendues et que les besoins réels soient identifiés avec la plus grande précision possible.

Objectifs à long terme et intégration

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), l'évaluation en cours vise également à préparer un programme d'autonomisation économique et de réintégration sociale mieux adapté aux réfugiés. Cette initiative s'inscrit dans une perspective de soutien à plus long terme pour les populations déplacées, allant au-delà de la simple assistance d'urgence. L'objectif est de permettre aux réfugiés de devenir plus autonomes et de s'intégrer de manière durable dans la société rwandaise.

Le gouvernement rwandais, avec l'appui de ses partenaires humanitaires, souhaite par ailleurs transformer progressivement les camps de réfugiés en « villages intégrés ». Cette démarche fait partie du programme « Integrated Settlements » (Établissements Intégrés), qui vise à favoriser une intégration durable des réfugiés au sein des communautés d'accueil. Ce programme ambitieux cherche à offrir aux réfugiés un cadre de vie plus stable et des opportunités de développement économique et social, réduisant ainsi leur dépendance à l'aide humanitaire. L'intégration des infrastructures et des services dans les communautés hôtes est un pilier central de cette stratégie.

Les données collectées lors de cette évaluation serviront en outre à une étude plus large. Cette étude est menée par Enviro-Climate Nexus Knowledge Hub Solutions Ltd, en partenariat avec le HCR et le Ministère chargé de la gestion des urgences (MINEMA). Elle concerne non seulement les camps de réfugiés mais également les réfugiés urbains installés à Kigali et Huye, offrant une vision plus globale des conditions de vie et des besoins sur l'ensemble du territoire rwandais. Cette approche holistique permettra de développer des politiques d'aide et d'intégration plus cohérentes et efficaces, adaptées aux différentes situations des réfugiés à travers le pays.

Réactions et participation des réfugiés

L'évaluation intervient à un moment clé où les réfugiés de Mahama, comme ceux d'autres camps, expriment leur frustration face aux disparités dans la distribution de l'aide. La participation active des réfugiés est donc considérée comme un élément clé pour le succès de cette démarche, car elle permet de s'assurer que les futurs ajustements répondent réellement à leurs besoins et préoccupations. Les équipes d'évaluation ont mis l'accent sur la transparence et l'écoute pour encourager une participation maximale.

Le Rwanda accueille actuellement plus de 138 000 réfugiés, principalement originaires de la République démocratique du Congo et du Burundi, selon les chiffres officiels. Cette population importante et diversifiée rend la tâche de l'évaluation et de la gestion de l'aide particulièrement complexe. La situation au camp de Mahama est emblématique des défis plus larges auxquels le Rwanda et ses partenaires humanitaires sont confrontés pour assurer une aide équitable et efficace. Les résultats de cette évaluation sont donc très attendus, non seulement par les réfugiés eux-mêmes, mais aussi par les agences humanitaires et le gouvernement rwandais, qui espèrent qu'elle mènera à des améliorations tangibles et durables dans la vie des populations déplacées. L'engagement continu de toutes les parties prenantes sera essentiel pour transformer les conclusions de l'évaluation en actions concrètes et bénéfiques.