Au Rwanda, les agences humanitaires et les autorités en charge de la gestion des réfugiés ont lancé une vaste évaluation des conditions de vie et du système d'assistance dans les camps, notamment celui de Mahama. Cette initiative vise à réviser les mécanismes de ciblage de l'aide alimentaire et monétaire, fortement contestés par une partie des bénéficiaires. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), en collaboration avec le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Ministère en charge de la gestion des urgences (MINEMA), a précisément initié cette évaluation du système d'aide humanitaire dans le camp de réfugiés de Mahama, situé dans l'est du pays. Ces efforts de vérification des conditions de vie et de l’assistance sont rapportés le 18 mai 2026.
Contexte de l'évaluation
Cette opération d'évaluation fait suite à plusieurs différends survenus après la mise en œuvre d'un système de catégorisation sociale il y a plus d'un an, ce qui a entraîné la perte de l'intégralité de l'aide monétaire et alimentaire pour certains réfugiés. Depuis plus d'un an, les réfugiés du camp de Mahama sont répartis en trois catégories distinctes, définies selon leur niveau de vulnérabilité supposé. Cette classification a directement influencé l'accès aux différentes formes d'assistance. La mise en place de ce système a suscité de vives réactions parmi la population réfugiée, d'où la nécessité de cette réévaluation approfondie.
Le gouvernement rwandais, en collaboration avec ses partenaires humanitaires, a également exprimé le souhait de transformer progressivement les camps de réfugiés en « villages intégrés », dans le cadre du programme des « Établissements Intégrés ». Cette initiative vise à modifier la nature de l'accueil et de l'intégration des populations déplacées, en offrant des perspectives à plus long terme que le simple statut de camp. Le Rwanda accueille actuellement plus de 138 000 réfugiés, dont la majorité est originaire de la République Démocratique du Congo et du Burundi. Ces populations sont réparties dans plusieurs camps à travers le pays, dont celui de Mahama, qui est l'un des plus importants et des plus anciens. La pression démographique et les besoins croissants de ces populations rendent cette évaluation d'autant plus clé.
Méthodologie et participation
L'évaluation des conditions de vie et du système d'assistance dans le camp de Mahama est menée de manière individualisée, maison par maison. Cette approche vise à recueillir des données précises et détaillées sur chaque ménage résident. Elle permet aux évaluateurs de comprendre les réalités spécifiques de chaque famille, au-delà des généralisations.
Les chefs de famille sont invités à répondre à une série de questions, couvrant des aspects variés de leur vie quotidienne. Ces questions portent notamment sur leur identité, leurs conditions de vie actuelles, leur régime alimentaire, les caractéristiques de leur logement et de leurs vêtements. L'enquête aborde également la question de leurs revenus mensuels potentiels et de leurs projets d'avenir, afin d'évaluer leur autonomie et leurs perspectives à long terme. Cette collecte de données exhaustive est essentielle pour une compréhension nuancée des besoins et des capacités des réfugiés. Les informations recueillies permettront d'ajuster les programmes d'aide de manière plus équitable et efficace.
L'opération d'évaluation devrait s'étendre sur une durée de plus d'un mois. Cette période prolongée a pour objectif de garantir une collecte exhaustive et rigoureuse des informations auprès de l'ensemble des résidents du camp, assurant ainsi la fiabilité des résultats. Le temps alloué est considéré comme nécessaire pour couvrir les milliers de ménages présents dans le camp et pour permettre aux enquêteurs de mener des entretiens approfondis.
Mécanismes d'aide contestés
Les mécanismes d'attribution de l'aide financière aux réfugiés du camp de Mahama sont différenciés selon un système de catégorisation. Les personnes considérées comme les plus vulnérables perçoivent mensuellement environ 6 800 francs rwandais. Ce montant vise à couvrir une partie des besoins essentiels de cette catégorie de population, tels que l'alimentation complémentaire, les produits d'hygiène ou d'autres dépenses courantes non couvertes par l'aide en nature.
Une deuxième catégorie de réfugiés, jugés moins vulnérables, reçoit une aide réduite de moitié par rapport au groupe le plus précaire. Ces individus obtiennent ainsi 3 400 francs rwandais par mois. Ce système de distribution est directement lié à la classification des ménages établie par les agences humanitaires et les autorités rwandaises, cherchant à optimiser l'allocation des ressources limitées.
Les réfugiés classés dans la troisième catégorie, supposés disposer d'un revenu mensuel, ne bénéficient d'aucune aide financière. Cette approche est basée sur l'évaluation de leur autonomie économique potentielle, les rendant inéligibles aux allocations monétaires. C'est cette catégorisation, et en particulier la perte totale d'aide pour certains, qui a généré de nombreuses contestations et a motivé la présente évaluation. Les réfugiés concernés par cette suppression d'aide ont souvent exprimé leur désarroi face à des critères de vulnérabilité qu'ils jugent parfois arbitraires ou incomplets.
Réactions des réfugiés
Cette initiative vise à réviser les mécanismes de ciblage de l’aide alimentaire et monétaire, fortement contestés par une partie des bénéficiaires. Des responsables du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), du Programme alimentaire mondial (PAM) et du Ministère en charge de la gestion des urgences (MINEMA) appellent les réfugiés à participer activement à cet exercice. Ils présentent cette démarche comme bénéfique pour les populations concernées, soulignant que leur participation est essentielle pour garantir une évaluation juste et des ajustements pertinents. Les agences espèrent que cette transparence et cette implication directe des réfugiés permettront de rétablir la confiance et d'améliorer l'efficacité de l'aide humanitaire.