Les agriculteurs de la commune de Ruyigi, dans la province de Buhumuza au Burundi, n'ont pas reçu d'engrais chimiques depuis trois saisons culturales, une situation qui, selon plusieurs d'entre eux, a aggravé leurs difficultés économiques. Cette pénurie à Ruyigi n'est pas un cas isolé, l'accès aux engrais chimiques et autres intrants agricoles demeurant une préoccupation majeure pour les producteurs dans différentes régions du Burundi. La non-disponibilité de ces produits essentiels compromet les rendements agricoles et impacte directement la subsistance des populations rurales, menaçant la sécurité alimentaire et les revenus des ménages.
Trois saisons sans engrais, des conséquences lourdes
Plusieurs agriculteurs affirment n'avoir pas reçu d'engrais chimiques depuis trois saisons culturales, et ce malgré diverses démarches entreprises auprès des autorités locales et nationales. Cette absence prolongée d'intrants essentiels a eu des répercussions désastreuses sur leurs récoltes et, par extension, sur leur capacité à générer des revenus. Les citoyens expriment leur lassitude et leur profond découragement face à des annonces répétées qui, selon eux, ne débouchent pas sur des résultats concrets sur le terrain. Ils se sentent abandonnés face à une problématique qui met en péril leur mode de vie et leur avenir.
Pour financer leurs activités agricoles et subvenir à leurs besoins familiaux les plus élémentaires, certains agriculteurs ont été contraints de prendre des décisions difficiles, comme la vente de parcelles de terre héritées ou de leur bétail, des actifs souvent considérés comme un filet de sécurité. D'autres ont contracté des prêts bancaires, parfois à des taux élevés, dans l'espoir d'investir dans l'agriculture et d'améliorer leurs rendements. Cependant, en l'absence d'engrais et face à des récoltes insuffisantes, ils se retrouvent désormais dans l'incapacité de rembourser ces emprunts, augmentant ainsi leur endettement et leur précarité financière. La situation a, selon plusieurs agriculteurs, considérablement aggravé leurs difficultés économiques, les plongeant dans un cycle de pauvreté.
Nouvelle campagne d'enregistrement : espoirs et craintes
Une nouvelle opération d'enregistrement des bénéficiaires d'engrais chimiques s'est récemment achevée, suscitant un mélange d'espoir prudent et de scepticisme parmi la population agricole. Cette opération clé s'est déroulée sur une période de trois jours à travers le pays et s'est terminée mercredi dans la commune de Ruyigi, marquant une étape importante dans la gestion des intrants agricoles. Dans le cadre de cette initiative, Boussessia Nkezimana, deuxième vice-président de l'Assemblée nationale, a effectué une visite de terrain intensive. Il a parcouru sept zones de la commune de Ruyigi lundi et mardi, s'entretenant avec les agriculteurs et supervisant le déroulement de l'enregistrement.
Malgré l'engagement des autorités, les agriculteurs craignent que cette nouvelle opération d'enregistrement ne connaisse le même sort que les précédentes, qui n'avaient pas toujours abouti à une distribution efficace et équitable des engrais. Des inquiétudes persistantes sont exprimées quant à la disponibilité réelle des engrais au moment clé des semailles, période où leur application est la plus efficace pour garantir de bonnes récoltes. La question du prix reste une préoccupation majeure : les agriculteurs redoutent que les tarifs proposés ne soient inabordables pour les petits producteurs, qui constituent la majorité de la population agricole burundaise.
Des citoyens ont également signalé des problèmes logistiques et humains lors de cette campagne. Ils ont notamment rapporté un manque d'expertise chez certains agents d'enregistrement, ce qui pourrait compromettre la fiabilité des données collectées. Un équipement technique insuffisant pour mesurer correctement les superficies agricoles a été pointé du doigt, soulevant des doutes sur la précision des allocations futures. Plus grave encore, des habitants ont accusé certains responsables locaux au niveau des collines d'exiger de l'argent pour des procédures liées à l'opération d'enregistrement, introduisant une forme de corruption qui pénaliserait les agriculteurs déjà en difficulté. Face à ces allégations, des mesures ont été prises : à Masama, des responsables locaux mis en cause par la population pour de telles pratiques ont été remis aux services de sécurité, comme l'a indiqué Boussessia Nkezimana, soulignant la volonté des autorités de lutter contre ces abus.
Promesses et assurances officielles face aux défis
Face à ces défis et aux frustrations exprimées par les agriculteurs, les autorités ont réagi avec fermeté. Elles ont prévenu que les individus tentant d'entraver le processus d'enregistrement des bénéficiaires d'engrais seraient considérés comme commettant une « haute trahison contre leur pays », un avertissement qui note la gravité avec laquelle le gouvernement perçoit l'importance de cette opération pour la sécurité alimentaire nationale.
Boussessia Nkezimana, deuxième vice-président de l'Assemblée nationale, a réitéré l'engagement de l'État en assurant que la question des engrais chimiques faisait l'objet d'un suivi attentif et prioritaire au plus haut niveau de l'État. Selon M. Nkezimana, le président Évariste Ndayishimiye s'est personnellement saisi du dossier, démontrant la haute importance accordée à cette problématique. L'objectif déclaré est de trouver une solution durable aux difficultés récurrentes liées à l'approvisionnement et à la distribution des intrants agricoles, afin de garantir la productivité du secteur agricole et la stabilité économique des ménages ruraux. Ces déclarations interviennent alors que la nouvelle campagne d'enregistrement des bénéficiaires d'engrais chimiques vient de s'achever, suscitant à la fois des attentes renouvelées et des inquiétudes persistantes parmi les agriculteurs burundais, qui espèrent voir enfin leurs efforts récompensés par des récoltes abondantes.