Gitega : Une conférence-débat pour structurer le leadership politique féminin

La capitale politique du Burundi, Gitega, a accueilli vendredi 31 juillet une conférence-débat axée sur le leadership politique féminin et la gouvernance locale inclusive. Cet événement a été organisé par l'Institut Néerlandais pour la Démocratie Multipartite (NIMD) dans le cadre du projet ARPO, dont l'intitulé complet est « Appui au Renforcement des Partis politiques et des Organisations de la Société civile en tant que « Gardiens » de la représentativité et de la participation des femmes et des jeunes à la vie politique ». Le projet ARPO bénéficie d'un financement de l'Union Européenne, soulignant l'importance internationale accordée à cette initiative.

Des représentants de partis politiques, de ligues féminines, de la société civile, des autorités administratives et des médias ont participé à cette rencontre. L'objectif de la conférence est de poser les bases d'élections pacifiques, équitables et durables au Burundi, en favorisant une participation plus équilibrée et représentative de tous les segments de la population. Gitega a été sélectionnée pour accueillir ce débat, qui constitue le cinquième du projet ARPO, marquant une étape significative dans le déploiement de cette série d'événements à travers le pays.

Contexte du projet ARPO

Quatre sessions préliminaires à l'événement de Gitega se sont déroulées à Bujumbura, en 2025 et 2026. Ces rencontres précédentes ont permis d'identifier et de cartographier les barrières structurelles qui entravent le leadership politique féminin au Burundi, offrant une base solide pour les discussions ultérieures. Selon les organisateurs, l'objectif national pour le Burundi est de s'inscrire dans la vision « Burundi 2040-2060 », une perspective à long terme qui vise à consolider le développement et la stabilité du pays. Le projet ARPO s'inscrit pleinement dans cette vision, en cherchant à renforcer les fondations démocratiques et la participation citoyenne.

L'Institut Néerlandais pour la Démocratie Multipartite (NIMD), initiateur du projet ARPO, a pour mission de promouvoir la démocratie, le dialogue politique inclusif et de renforcer les partis politiques à travers le monde. Cette mission globale se traduit sur le terrain par des actions concrètes comme cette conférence-débat à Gitega. Léonard Ndikiminwe, responsable de programme chez NIMD Burundi, a souligné l'importance de ces initiatives pour le paysage politique burundais. Il a insisté sur le fait que le renforcement des capacités des femmes et des jeunes est une condition sine qua non pour l'établissement d'une démocratie véritablement représentative. L'objectif global du projet est de formaliser un espace d'échange direct entre les élus, la société civile et les instances décisionnelles des partis politiques. Cette démarche vise à renforcer la participation des femmes et des jeunes dans la vie politique burundaise, conformément aux aspirations de représentativité et d'inclusion, et à garantir que leurs voix soient entendues et prises en compte dans les processus décisionnels.

Barrières structurelles et psychologiques

M. Dancie Nzojibwami, Directeur des Affaires Administratives, Juridiques et Politiques au Ministère de l'Intérieur, du Développement Communal et de la Sécurité Publique du Burundi, a participé aux échanges, apportant la perspective gouvernementale sur ces enjeux cruciaux. Le faible taux de représentation féminine dans les instances décisionnelles des partis politiques locaux a été un point central des discussions. Dans ces structures, la présence des femmes reste souvent inférieure à 15% lorsque les quotas légaux ne sont pas strictement appliqués, illustrant un défi persistant en matière d'égalité des sexes dans la sphère politique. Cette statistique met en lumière le besoin urgent d'actions ciblées pour corriger ce déséquilibre.

Les participants ont identifié plusieurs obstacles entravant la pleine participation des femmes, allant des préjugés socioculturels aux contraintes économiques et au manque de soutien. Irakozekungabira Emmanuelli, représentante de l'association des minorités Batwa, a souligné la nécessité d'une approche inclusive pour garantir que toutes les couches de la société soient représentées, y compris les groupes traditionnellement marginalisés. Sa contribution a mis en évidence l'importance de ne laisser personne de côté dans la quête d'une gouvernance plus représentative. La députée Béatrice Bukuru a également apporté sa contribution aux discussions, insistant sur l'importance de renforcer les capacités des femmes afin qu'elles puissent briguer et occuper des postes de responsabilité. Elle a plaidé pour des programmes de formation et de mentorat qui doteraient les femmes des outils nécessaires pour exceller en politique. Une autre intervenante notable, la députée Suavis Habonarugira, a mis en avant les préjugés sociaux et les stéréotypes qui découragent souvent les femmes de s'engager en politique, soulignant la nécessité de changer les mentalités et de promouvoir une culture d'égalité.

Manirakiza Marie Béatrice, de la Coordination des Associations Féminines du Burundi (CAFOB) à Gitega, a partagé son expérience sur le terrain, offrant un aperçu des réalités locales. Elle a rappelé que des femmes comme la cheffe de la colline Kibande à Gitega, une mère de famille, ou Pascasie Bizosi, membre de la classe dirigeante de cette même colline, représentent des exemples concrets de leadership féminin à l'échelle locale. Ces exemples servent de source d'inspiration et démontrent que le leadership féminin est non seulement possible, mais aussi effectif et bénéfique pour les communautés. Le Chef de Cabinet du Gouverneur de Gitega, Gérard Nibigira, a également participé à la conférence, témoignant de l'engagement des autorités locales à soutenir ces initiatives et à travailler en collaboration avec les organisations de la société civile et les partis politiques. Les discussions ont convergé vers l'idée que lever ces barrières structurelles et psychologiques est essentiel pour atteindre une réelle égalité de représentation et une gouvernance locale plus inclusive, en ligne avec les aspirations démocratiques du Burundi.

Voix et perspectives des participants

Le format des discussions adopté par l'Institut Néerlandais pour la Démocratie Multipartite (NIMD) pour cette conférence-débat s'est distingué par une approche de « débat café » horizontal. Cette méthodologie vise à favoriser une expression libre et ouverte parmi les participants, encourageant ainsi un échange d'idées non hiérarchisé et interactif. En privilégiant ce cadre, le NIMD entendait créer un environnement propice à la discussion approfondie des défis et des opportunités liés à la participation des femmes dans la vie politique locale, permettant à chacun de s'exprimer sans contrainte.

Ce choix méthodologique a permis aux diverses parties prenantes, incluant des représentants de partis politiques, des ligues féminines, des acteurs de la société civile, des autorités administratives et des médias, de partager leurs perspectives sur un pied d'égalité. L'objectif était de dépasser les cadres formels habituels pour libérer la parole et recueillir des témoignages et des propositions variés, garantissant ainsi une richesse d'informations et de points de vue. Les participants ont ainsi pu aborder des sujets tels que le faible taux de représentation féminine dans les instances décisionnelles et les barrières structurelles et psychologiques qui entravent l'engagement des femmes en politique, en proposant des solutions innovantes et adaptées.

L'approche du « débat café » a également facilité l'identification de solutions concrètes et adaptées au contexte burundais, en tirant parti de l'expérience et de l'expertise des participants. En encourageant la discussion ouverte, le NIMD cherchait à stimuler la co-construction d'une stratégie visant à renforcer le leadership politique féminin et à promouvoir une gouvernance locale plus inclusive, conformément aux objectifs du projet ARPO. Cette méthode participative s'inscrit dans la volonté de l'organisation de promouvoir le dialogue politique inclusif et de renforcer les partis politiques, en mettant l'accent sur la représentativité et la participation des femmes et des jeunes à la vie politique. Le choix de ce format visait à garantir que toutes les voix, y compris celles des minorités comme les Batwa représentés par Irakozekungabira Emmanuelli, puissent être entendues et prises en compte dans les réflexions, contribuant ainsi à l'élaboration de politiques plus justes et équitables. Les échanges ont également mis en lumière l'importance de la collaboration entre les différentes parties prenantes pour atteindre ces objectifs, soulignant que le renforcement du leadership féminin est une responsabilité partagée.