Deux nouveaux corps ont été découverts le mercredi 5 août dans la province de Gitega, soulevant de vives inquiétudes et une forte demande d'éclaircissements parmi la population locale. L'un des corps identifiés est celui d'Euphrème Tuyikeze, âgé de 39 ans. Son cadavre a été retrouvé près de son domicile situé sur la colline de Rukoba, dans la commune et la province de Gitega, le même jour. Ces découvertes macabres interviennent dans un contexte où les habitants réclament avec insistance l'ouverture d'enquêtes approfondies, crédibles et indépendantes pour élucider les circonstances de ces décès et apporter des réponses aux familles endeuillées.
Deux décès troublants et des thèses contradictoires
Le corps d'Alexis Nduwimana, un agronome âgé de 37 ans, a été retrouvé mercredi sur la colline de Gasongati, dans la commune de Gishubi. Selon le témoignage d'une personne présente sur les lieux, Alexis Nduwimana a été découvert pendu par une corde attachée à l'intérieur de sa maison. Édouard Bizimana, chef de la colline de Gasongati, a confirmé cette découverte. Il a évoqué le suicide comme cause possible du décès, établissant un lien avec des croyances occultes. Cependant, certains habitants de Gasongati contestent fermement la thèse du suicide, suggérant qu'Alexis Nduwimana aurait pu être tué et que son corps aurait été placé de manière à simuler un suicide. Des conflits fonciers ont été mentionnés par certains résidents comme un motif possible de sa mort, ajoutant à la complexité de l'affaire. Le corps d'Alexis Nduwimana a été transporté à la morgue de l'Hôpital Espoir de Kibuye pour des examens post-mortem approfondis afin de déterminer les causes exactes de son décès. Parallèlement, Georges Ishoboravyose, chef de la colline de Rukoba, a suggéré qu'une crise d'épilepsie associée à l'ivresse pourrait être la cause du décès d'Euphrème Tuyikeze, une explication qui n'a pas encore été confirmée par une autopsie.
Un contexte sécuritaire provincial alarmant
Ces découvertes s'inscrivent dans une série préoccupante d'incidents. Une douzaine de personnes ont été tuées ou découvertes mortes en l'espace de dix jours dans la province de Gitega, selon les observations locales. Depuis le 26 juillet, une douzaine d'individus ont ainsi péri ou ont été retrouvés sans vie dans cette même province, soulignant une détérioration rapide de la situation sécuritaire. La province de Gitega est régulièrement citée parmi les provinces du Burundi où des assassinats, des disparitions et des découvertes de corps sont signalés avec une fréquence alarmante. Cette situation a conduit la Ligue Iteka, une organisation de défense des droits humains reconnue pour son travail de documentation, à classer Gitega parmi les provinces les plus touchées par les violations des droits humains à travers le pays. Cette classification met en lumière la gravité et la persistance des défis sécuritaires et des enjeux de droits humains dans cette région.
Réactions nationales et internationales et appels à l'action
Face à cette multiplication des cas, les habitants de Gitega réclament avec force des enquêtes crédibles et indépendantes pour élucider les circonstances de ces décès et identifier les responsables. Les nombreux cas d'assassinats et de découvertes de corps dans la province ont déjà suscité l'inquiétude non seulement au niveau local mais aussi auprès d'acteurs nationaux et internationaux. Les évêques catholiques du Burundi ont exprimé leur vive préoccupation face à cette situation, appelant à la justice et à la protection des populations. De même, Fortuné Gaëtan Zongo, le Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l'homme au Burundi, a manifesté son inquiétude concernant la vague de violence et les violations des droits humains rapportées dans la province. Le président Évariste Ndayishimiye a pour sa part accusé les évêques catholiques d'adopter des positions critiques à l'égard du gouvernement burundais, ce qui note une tension entre les autorités et certaines voix de la société civile et religieuse concernant la gestion de cette crise.