Des glissements de terrain, effondrements de sols et ravins en expansion affectent actuellement la région s'étendant de Cibitoke aux montagnes surplombant Bujumbura, créant une situation de crise environnementale et humanitaire de plus en plus préoccupante. Ces phénomènes ont entraîné la destruction d'habitations et de terres cultivées, comme en témoigne la situation sur la colline de Rusiga où un glissement de terrain a causé des dégâts importants, engloutissant des parcelles entières et menaçant la subsistance des populations locales. À Murambi, dans la commune de Cibitoke, des résidents proches de la rivière Nyamagana ont également subi la destruction de leurs champs et de leurs maisons, leurs moyens de subsistance étant gravement compromis. à Gikungu-rural, situé dans la zone de Gihosha, commune de Ntahangwa, un vaste ravin a provoqué d'importantes pertes d'infrastructures et de terres, contraignant des familles entières à se relocaliser face à l'avancée inexorable de l'érosion.
L'ampleur des dégâts
Sur la colline de Rusiga, dans la commune de Cibitoke, un glissement de terrain a englouti environ dix hectares de terres, transformant des paysages agricoles en zones dévastées. Les habitations et les terres cultivées ont été directement touchées par ce phénomène dévastateur, laissant de nombreuses familles sans abri et sans ressources. La situation ne cesse de s'aggraver, et les habitants des environs de la rivière Rusizi sont en état d'alerte permanent alors que les glissements de terrain se rapprochent dangereusement de leurs champs et de leurs habitations, menaçant de couper l'accès à leurs moyens de subsistance. Dans le quartier de Kamesa, situé dans la zone de Musaga au sein de la commune de Mugere, des glissements de terrain ont provoqué l'effondrement de maisons, de palmiers à huile et d'arbres fruitiers dans un ravin en expansion, illustrant la force destructrice de ces mouvements de terrain.
La situation sur la colline de Rusiga a commencé à se dégrader de manière significative en 2022, mais les racines du problème remontent à plusieurs décennies. Des rizières, des champs de sorgho et des manguiers, essentiels à l'alimentation et à l'économie locale, ont été emportés par le glissement de terrain, anéantissant des années de travail. Les canaux d'irrigation, construits avec effort par des bienfaiteurs pour soutenir l'agriculture locale, ont été partiellement détruits dans les zones affectées, rendant l'accès à l'eau plus difficile pour les cultures restantes. Les infrastructures publiques, telles que les routes vitales pour le transport et le commerce, ainsi que les installations de la Regideso (Régie de production et de distribution d'eau et d'électricité), sont également menacées par les glissements de terrain à Kamesa, ce qui pourrait avoir des répercussions majeures sur l'approvisionnement en services essentiels pour la population.
Causes et facteurs contributifs
Le phénomène de glissements de terrain sur la colline de Rusiga a débuté dans les années 1990 avant de prendre une ampleur significative à partir de 2002, marquant un tournant dans la gravité de la situation. L'émergence d'une petite source d'eau, suivie de crevasses et de glissements de terrain de grande ampleur, est avancée par certains comme une cause principale de ce phénomène sur la colline de Rusiga. Cette apparition d'eau souterraine aurait fragilisé les sols, les rendant plus susceptibles aux mouvements.
L'extraction illégale et anarchique d'or dans la rivière Nyamagana ou son bassin est citée comme un facteur contributif majeur aux glissements de terrain. Ces activités non réglementées, souvent menées sans considération pour l'environnement, sont soupçonnées de fragiliser les sols et d'accroître leur vulnérabilité aux mouvements de terrain, exacerbant ainsi la situation dans les zones avoisinantes. Le déboisement, souvent lié à ces activités minières ou à l'expansion agricole non contrôlée, est également un facteur aggravant, car il prive les sols de la protection naturelle offerte par la végétation.
Face à ces événements dévastateurs, l'administration a appelé la population à conserver son calme, insistant sur le fait qu'il s'agit de phénomènes naturels et non surnaturels. Ce rappel vise à dissiper d'éventuelles interprétations erronées, parfois ancrées dans des croyances locales, et à recentrer l'attention sur les causes géologiques et environnementales des glissements de terrain, afin de promouvoir une approche rationnelle et scientifique de la gestion de crise. Les autorités cherchent ainsi à éviter la panique et à encourager la coopération pour trouver des solutions durables.
Témoignages et appels à l'aide
Bosco Niyingabire, conseiller en communication pour la commune de Cibitoke, a confirmé la connaissance de longue date du problème des glissements de terrain et des dégâts matériels importants qu'ils occasionnent. Il a souligné que cette problématique n'est pas nouvelle pour la commune. La commune de Cibitoke, selon lui, manque toutefois des moyens techniques et financiers suffisants pour intervenir efficacement et enrayer ces glissements de terrain, ce qui entrave considérablement les efforts de prévention et de réparation. Cette lacune en ressources rend la tâche d'assistance aux populations sinistrées d'autant plus ardue.
Gaspard Ndikubwayo, un habitant de 62 ans et père de huit enfants, est l'une des nombreuses victimes de cette catastrophe. Il a été contraint de quitter son domicile et loue désormais des terres pour la culture, témoignant de la précarité dans laquelle se retrouvent de nombreuses familles. Il se souvient que le phénomène a débuté dans les années 1990, mais n'était pas alarmant à l'époque. "En fait, le phénomène a commencé dans les années 90. Mais, ce n’était pas encore inquiétant. On pensait que ce mouvement va s’arrêter. Voilà qu’en 2002, le phénomène a pris de l’ampleur," a-t-il déclaré, décrivant la progression insidieuse de la menace.
Selon M. Ndikubwayo, la situation est devenue intenable, les résidents craignant pour leur sécurité et celle de leurs proches. "Nous avons pris le large. Car, on pensait qu’un jour, nous risquions de subir le même sort que nos maisons, nos cultures, etc. " a-t-il ajouté, décrivant la décision déchirante de sa famille de déménager pour échapper au danger imminent. Cette décision, bien que nécessaire, a eu des conséquences financières et sociales importantes pour sa famille.
Les autorités locales alertent par ailleurs sur le risque de blocage de la rivière Rusizi si des travaux urgents ne sont pas entrepris pour stabiliser les berges et déblayer les zones affectées. Ce scénario pourrait entraîner la perte de vastes étendues de terres destinées à la culture du coton et des bananes, menaçant ainsi les moyens de subsistance de nombreuses familles qui dépendent directement de ces cultures pour survivre. Un tel blocage aurait des répercussions économiques et alimentaires désastreuses pour toute la région.
Dans le quartier de Mugoboka, un père de famille qui avait construit sa maison avec un prêt bancaire a tout perdu dans un glissement de terrain avant même d'avoir pu rembourser son crédit. Il est maintenant contraint de payer un loyer pour se loger, ajoutant un fardeau financier considérable à sa détresse. Cette situation illustre la vulnérabilité des populations face à ces catastrophes naturelles, qui peuvent anéantir en un instant les efforts de toute une vie. La communauté internationale et les organisations humanitaires sont appelées à soutenir les efforts locaux pour faire face à cette crise grandissante et apporter une aide concrète aux populations sinistrées.