La CVR sollicite l'expérience des hauts fonctionnaires retraités pour la réconciliation nationale

Les participants ont souligné que la véritable réconciliation commerce au niveau individuel. (Photo Eric Sabumukama)
Photo via Lerenouveau

La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) a organisé, le mardi 2 juin 2026, une réunion clé à Gitega. Cet événement visait spécifiquement à solliciter l'expérience inestimable des hauts fonctionnaires d'État retraités. L'objectif principal de cette rencontre était de discuter de leur contribution potentielle et concrète au processus délicat et fondamental de réconciliation nationale, actuellement en cours au Burundi. La tenue de cette réunion note l'importance accordée par la CVR à l'intégration de toutes les couches de la société burundaise dans cette démarche essentielle pour l'avenir du pays.

Un appel à la mémoire vivante

Lors de cette session, les fonctionnaires retraités ont été invités à partager librement et ouvertement leurs témoignages sur les événements vécus et observés au cours des différentes crises profondes qui ont marqué le passé douloureux du Burundi. Ces récits personnels, souvent empreints d'une grande charge émotionnelle et historique, sont jugés absolument essentiels pour le travail de la Commission Vérité et Réconciliation. Ils constituent une source d'informations précieuse, permettant de reconstituer les faits et de comprendre les dynamiques des conflits passés.

Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR, a souligné avec force le rôle important et irremplaçable que les personnes âgées, et particulièrement les hauts fonctionnaires retraités, peuvent jouer dans le processus complexe de réconciliation des Burundais. Il a affirmé avec conviction que les retraités constituent une véritable « mémoire vivante de la nation », dont l'expérience et la perspective sont inestimables pour comprendre les enjeux profonds du passé et en tirer les leçons nécessaires pour construire un avenir apaisé. Leur connaissance des rouages de l'État et des décisions prises durant les périodes de troubles offre un éclairage unique.

Selon M. Ndayicariye, ces tragédies successives ont profondément et durablement affecté l’unité nationale, laissant des cicatrices profondes dans le tissu social burundais. Il a insisté sur le fait qu’aucune réconciliation durable et significative ne peut être envisagée sans la manifestation pleine et entière de la vérité, ni sans la reconnaissance sincère et empathique de la souffrance endurée par les victimes. Il a également ajouté que la réconciliation véritable exige bien plus qu'un simple pardon formel ; elle requiert la capacité fondamentale de comprendre la douleur d’autrui et de la considérer avec la même sensibilité et la même humanité que sa propre souffrance. Cette approche est jugée indispensable pour panser les plaies du passé.

Le mandat et les périodes couvertes

La Commission Vérité et Réconciliation s'intéresse particulièrement aux périodes de crises aiguës ayant jalonné l'histoire du Burundi, des moments qui ont façonné les divisions actuelles. L'assassinat tragique du Prince Louis Rwagasore en 1961 est souvent cité comme un point de basculement, marquant le début d'une série d'événements tragiques pour le pays. D'autres crises majeures sont survenues en 1965, 1972, 1988 et 1991, contribuant chacune à diviser profondément la nation et à alimenter des cycles de violence. La crise du 21 octobre 1993, avec ses conséquences dévastatrices, est également un point central des investigations de la CVR, car elle représente une période de bouleversements majeurs. Ces épisodes sont considérés comme des moments clés pour comprendre les divisions persistantes et les souffrances vécues par la population burundaise. La CVR s'efforce de recueillir des témoignages et des preuves pour chaque période afin de dresser un tableau complet des événements.

Le mandat de la CVR couvre une période étendue et ambitieuse de l'histoire burundaise. Il s'étend précisément de 1885 à 2008. Cette vaste période permet à la Commission d'examiner les racines profondes des conflits et des injustices, depuis l'époque coloniale jusqu'aux années plus récentes. L'inclusion de cette longue période historique est clé pour comprendre les origines complexes des tensions intercommunautaires et des violences politiques qui ont marqué le Burundi. En remontant si loin dans le temps, la CVR cherche à identifier les facteurs structurels et les événements déclencheurs qui ont conduit aux tragédies successives. L'objectif est de reconstituer le passé avec la plus grande fidélité possible et de favoriser un processus de réconciliation durable, basé sur une compréhension partagée de l'histoire. Cette approche holistique vise à garantir que toutes les victimes et toutes les périodes de souffrance soient prises en compte, jetant ainsi les bases d'une paix véritable et pérenne.

La perspective des participants

Les participants à la rencontre, des hauts fonctionnaires d'État retraités, ont, quant à eux, souligné collectivement que la véritable réconciliation commence avant tout au niveau individuel. Ils ont estimé qu’une personne doit d’abord se réconcilier avec elle-même, accepter son histoire personnelle et son vécu, y compris les épreuves et les traumatismes, afin de mieux comprendre les autres et de vivre en harmonie avec eux au sein de la communauté nationale. Cette perspective met en lumière l'importance de la guérison intérieure comme préalable à la cohésion sociale. Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR, a réaffirmé que les tragédies successives ont profondément affecté l’unité nationale, créant des clivages qui nécessitent une attention particulière. Il a insisté sur le fait qu’aucune réconciliation durable ne peut être envisagée sans la manifestation de la vérité historique ni la reconnaissance pleine et entière de la souffrance des victimes, éléments fondamentaux pour panser les plaies du passé. M. Ndayicariye a également précisé que la réconciliation véritable exige une capacité profonde à comprendre la douleur d’autrui et à la considérer avec la même sensibilité et la même compassion que sa propre souffrance, soulignant l'importance de l'empathie dans ce processus complexe.

Prochaines étapes de la CVR

La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) continue ses efforts inlassables pour approfondir le processus de réconciliation nationale. Elle prévoit d'organiser une série de rencontres avec différents segments de la population burundaise. Ces consultations visent à recueillir un large éventail de témoignages et de perspectives sur les événements passés et les voies à suivre pour parvenir à une réconciliation durable et inclusive. Le dialogue avec diverses couches de la société, y compris les jeunes, les femmes, les leaders communautaires et les groupes de victimes, est jugé absolument essentiel pour bâtir un consensus national solide et assurer l'appropriation du processus par l'ensemble des citoyens. La CVR entend ainsi renforcer la portée et la légitimité de ses travaux par une approche fondamentalement inclusive, intégrant les expériences, les attentes et les espoirs de tous les Burundais, afin de construire un avenir de paix et d'unité.