Le Parlement burundais a approuvé le 9 octobre 2026 une prolongation de quatre ans du mandat de la Commission vérité et réconciliation (CVR). Cette décision législative intervient alors que le précédent mandat de la Commission vérité et réconciliation devait prendre fin le 25 octobre 2026.
Origines et cadre légal
La Commission vérité et réconciliation (CVR) a été établie en 2014, conformément aux dispositions de l'Accord d'Arusha pour la paix et la réconciliation signé en août 2000. Cette institution vise à traiter les conséquences de la guerre civile au Burundi, un conflit ayant entraîné plus de 300 000 décès selon les estimations des Nations unies. La législation régissant les activités de la CVR encadre strictement le déroulement de ses enquêtes. Les textes de loi prévoient des peines d'emprisonnement allant de un à trois ans pour toute entrave aux investigations ou pour la transmission d'informations fausses. Ces sanctions pénales s'accompagnent d'amendes financières fixées entre cinq et dix millions de francs burundais pour les contrevenants.
Désaccords sur les massacres
Pierre Claver Ndayicariye, président de la Commission vérité et réconciliation, a qualifié les massacres de 1972 de « génocide contre les Hutus du Burundi » le 20 décembre 2021. Cette prise de position a marqué une étape dans les travaux de l'institution concernant l'histoire du pays.
Évariste Ndayishimiye a exprimé une réserve sur cette qualification quelques mois plus tard. En mai 2022, le président a déclaré qu'il n'était pas encore temps de classer officiellement les tueries de 1972 en tant que génocide. Cette divergence d'appréciation entre le chef de l'État et le président de la Commission vérité et réconciliation illustre la complexité des travaux mémoriels en cours au Burundi. La question de la dénomination des événements passés demeure un point central des discussions politiques entourant le mandat de l'organisme.
Critiques de la société civile
Le Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC) a exprimé son opposition à la prolongation du mandat de la Commission vérité et réconciliation (CVR). Cette organisation a publiquement critiqué la décision législative adoptée par le Parlement. Dans ses observations, le Forum pour le renforcement de la société civile met en garde contre le risque d'une mémoire sélective entretenue par les travaux de la commission. Selon cette structure, la poursuite des activités dans les conditions actuelles pourrait aggraver les fractures nationales au Burundi. Les représentants du Forum pour le renforcement de la société civile estiment que l'approche adoptée par l'institution ne favorise pas l'apaisement durable des tensions au sein de la population. Cette position reflète les préoccupations de certains acteurs de la société civile concernant la gestion des dossiers mémoriels par la commission. Le Forum pour le renforcement de la société civile craint que la prolongation du mandat ne renforce les divisions existantes plutôt que de contribuer à une réconciliation nationale inclusive.