Le président burundais accuse l'Église catholique de politiser la pauvreté

Le président Evariste Ndayishimiye et son épouse Angeline Ndayishimiye entourés d’évêques catholiques
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Le président burundais Évariste Ndayishimiye a adressé de vives critiques à l'encontre de l'Église catholique et de certaines organisations de la société civile, les accusant de politiser la pauvreté. Ces accusations ont été portées avec fermeté, marquant une nouvelle étape dans les relations parfois tendues entre l'État et ces institutions influentes. Lors d'une réunion tenue au palais présidentiel Ntare Rushatsi à Bujumbura, Évariste Ndayishimiye a déclaré : « Imaginez-vous une organisation de la société civile qui ne fait que huer le gouvernement sans aucune autre action constructive. Qu’elle prêche plutôt par l’exemple en développant ses propres membres, et nous pourrons l’écouter. » Cette interpellation directe note l'attente présidentielle d'actions concrètes plutôt que de simples critiques.

Le président a également interpellé directement l'Église catholique, affirmant : « Prenez par exemple l’organisation Église catholique, elle a plus de 70 % de la population burundaise. Imaginez si elle disait : “je ne veux plus de pauvres au sein de mes membres”. À quoi ressemblerait le Burundi ? » Cette remarque vise à mettre en lumière la responsabilité perçue de l'Église dans le développement socio-économique de ses fidèles. Il a ajouté que certains responsables religieux méconnaissaient leur rôle, citant : « Vous entendrez un évêque dire qu’il y a la famine dans le pays alors que ses propres fidèles ont faim. Il ne connaît pas son rôle. Que fait-il pour que ses membres travaillent ? » Ces propos, empreints d'une certaine véhémence, traduisent une exigence de la part du chef de l'État envers les leaders religieux.

Critiques du clergé catholique

Les critiques du président Évariste Ndayishimiye interviennent après la publication d'un communiqué de la Conférence des évêques catholiques du Burundi (CECAB). La CECAB avait tenu sa réunion du 1er au 5 juin à Bujumbura, un rassemblement régulier où les évêques abordent les questions pastorales et sociales. Dans son communiqué, la conférence épiscopale avait notamment mentionné les pénuries persistantes de carburant et de médicaments, des problèmes qui affectent directement le quotidien des citoyens burundais. Elle avait également souligné l'augmentation du coût de la vie, une préoccupation majeure pour de nombreux ménages. Les évêques avaient aussi signalé une dégradation des infrastructures, essentielle au développement économique du pays, et un exode des travailleurs qualifiés, ce qui représente une perte de capital humain significative. Le communiqué de la CECAB avait attiré l'attention sur la découverte récurrente de corps sans vie dans différentes régions du pays, un point sensible qui soulève des questions sur la sécurité et la stabilité. Le discours du président, au cours duquel il a formulé ces reproches, a duré plus de cinq heures, témoignant de l'importance qu'il accordait à cette riposte.

Réactions présidentielles et rôle

Ces déclarations ont été formulées lundi, lors de la neuvième réunion de la Commission Nationale de Protection Sociale (CNPS). Cette commission joue un rôle clé dans la définition et la mise en œuvre des politiques visant à améliorer le bien-être social de la population. C'est dans ce cadre institutionnel important que le président Évariste Ndayishimiye s'est exprimé longuement, critiquant ouvertement l'Église catholique et certaines organisations de la société civile pour leur approche de la pauvreté. La profondeur et la durée de son intervention ont marqué les esprits, soulignant la gravité des accusations.

Les relations entre les autorités burundaises et l'Église catholique sont régulièrement marquées par des tensions, un phénomène qui n'est pas nouveau dans l'histoire du pays. Historiquement, l'Église, forte de son influence et de son réseau étendu à travers le territoire, a souvent joué un rôle d'observateur critique de la situation sociale et politique du pays. Ce nouvel épisode intervient dans un contexte où la Conférence des évêques catholiques du Burundi (CECAB) avait récemment mis en lumière des difficultés économiques et sociales, incluant des pénuries et une hausse du coût de la vie. Ces observations de la CECAB sont souvent perçues comme un baromètre des préoccupations populaires.

Contexte des tensions

Les tensions actuelles s'inscrivent dans un contexte où la Conférence des évêques catholiques du Burundi (CECAB) avait récemment publié un communiqué détaillant une situation socio-économique jugée préoccupante. Ce communiqué mettait en lumière des difficultés diverses, notamment des pénuries de carburant et de médicaments, des biens de première nécessité dont la disponibilité est clé pour la population. Il évoquait également une augmentation du coût de la vie, rendant l'accès aux produits de base de plus en plus difficile pour de nombreux Burundais, et une dégradation des infrastructures, entravant le développement et la connectivité du pays. Le rapport signalait aussi l'exode des travailleurs qualifiés, un phénomène qui prive le Burundi de compétences essentielles à sa croissance, et la découverte récurrente de corps sans vie dans plusieurs régions du pays, un fait qui alimente l'inquiétude et les interrogations sur la sécurité nationale.

L'Église catholique, à laquelle appartient plus de 70 % de la population burundaise, exerce une influence considérable dans le pays. Cette proportion élevée de fidèles confère à l'institution un rôle social et politique important, la positionnant comme un acteur majeur dans l'observation et la critique des réalités nationales. Sa voix porte loin et est attentivement écoutée, non seulement par ses membres, mais aussi par l'ensemble de la société civile et les autorités. Le président Ndayishimiye, par ses récentes déclarations, semble vouloir redéfinir les limites de cette influence et la nature de l'engagement de l'Église dans les affaires publiques, exigeant une participation plus proactive au développement plutôt qu'une simple fonction de critique. Ce bras de fer met en lumière les défis complexes de la gouvernance et de la cohabitation entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel au Burundi.