L'Économie Sociale et Solidaire au Burundi : Potentiel et Défis

Un atelier a été organisé au Burundi afin de mobiliser et de sensibiliser les parties prenantes, notamment les médias, les services étatiques et d'autres partenaires. L'objectif était de mieux promouvoir la contribution des entreprises de l'économie sociale et solidaire (ESS) au développement local. Les pratiques de solidarité, d'entraide et d'organisation collective sont considérées comme des traditions ancestrales au Burundi, ancrant ainsi l'ESS dans le tissu social et culturel du pays. Une deuxième catégorie d'entreprises, comprenant des entités commerciales telles que les banques et les industries, peut également s'inscrire dans l'économie sociale et solidaire. Cela est possible si ces entreprises s'engagent à opérer dans l'intérêt de la communauté au moment de leur accréditation, selon les définitions de l'ESS. L'objectif de cet atelier était spécifiquement de mobiliser et de sensibiliser les parties prenantes, y compris les médias, les services étatiques et d'autres partenaires, afin de mieux promouvoir la contribution de ces entreprises à un développement local durable et inclusif.

Les Fondements de l'ESS

La première catégorie d'entreprises de l'économie sociale et solidaire comprend les associations sans but lucratif, les coopératives et les sociétés coopératives. Cette catégorie inclut également les mutuelles de santé communautaires et les syndicats, selon les définitions établies pour le secteur. Ces entités se distinguent par leur structure et leur mission, souvent axées sur des objectifs sociaux plutôt que sur la maximisation du profit. Elles sont considérées comme des piliers essentiels de l'ESS au Burundi, incarnant les principes de solidarité et de gestion démocratique.

Ces entreprises de l'économie sociale et solidaire mettent l'être humain au centre de l'activité économique. Elles privilégient également la solidarité, la coopération et l'intérêt collectif dans leur fonctionnement. Cette approche diffère des modèles économiques traditionnels en plaçant les valeurs sociales et environnementales au même niveau, voire au-dessus, des considérations financières, contribuant ainsi à une création de richesse plus équitable et durable. Elles s'efforcent de concilier la création de richesse avec l'inclusion sociale, la génération d'emplois et l'amélioration générale des conditions de vie des populations.

Acteurs et Initiatives Clés

Les mutuelles de santé communautaires contribuent au développement local en facilitant l'accès aux soins de santé et en participant à la sensibilisation pour la prévention des maladies, a déclaré Espérance Kaneza. Ces mutuelles jouent un rôle clé en aidant leurs membres à mutualiser leurs ressources pour accéder aux soins de santé, ce qui améliore considérablement l'accès aux soins et contribue à réduire les dépenses de santé catastrophiques pour les ménages. Les coopératives burundaises s'activent dans la formation, la production, la transformation, la commercialisation et l'exportation, couvrant un large éventail d'activités économiques essentielles.

Le Consortium des coopératives de café (Cococa), par exemple, regroupe plusieurs coopératives qui exportent du café à l'étranger, générant ainsi des devises pour le pays et soutenant l'économie locale. L'Union Haguruka des Coopératives Multifilières (Uhacom) rassemble plus de trente coopératives impliquées dans le stockage et la transformation de produits agricoles en farine, jus ou huile, ajoutant de la valeur aux productions locales et renforçant la sécurité alimentaire.

Les mutuelles de santé communautaires aident leurs membres à mutualiser leurs ressources pour accéder aux soins de santé, améliorant ainsi l'accès aux soins et réduisant les dépenses de santé catastrophiques. Pendant la période 2025-2026, chaque membre de ces mutuelles a contribué environ 46 000 FBu pour couvrir un ménage de deux à six personnes, démontrant un engagement financier significatif de la part des adhérents. Cependant, Espérance Kaneza a noté que « Le taux d’adhésion reste largement faible », soulignant un défi majeur pour la pérennité de ces structures. L'Agence nationale de régulation des sociétés coopératives (Anacoop) dispose d'un service d'inspection pour s'assurer que les coopératives respectent la législation en vigueur, garantissant ainsi la bonne gouvernance et la conformité au sein du secteur coopératif.

Défis et Obstacles Majeurs

Le secteur de l'Économie Sociale et Solidaire (ESS) au Burundi est confronté à des obstacles significatifs qui freinent son plein essor. L'accès au financement et aux marchés représente un défi majeur pour les organisations, limitant leur capacité à investir et à se développer. De même, la formalisation et la professionnalisation de leurs structures sont des enjeux cruciaux, souvent entravés par des procédures complexes et un manque de ressources. Une connaissance insuffisante et un manque de visibilité affectent également le développement de l'ESS, rendant difficile pour ces entreprises de se faire connaître et de bénéficier du soutien nécessaire. Certains acteurs démontrent une faible compréhension du concept même d'économie sociale et solidaire, ce qui peut nuire à la cohérence et à l'efficacité des initiatives.

Les mutuelles de santé communautaires rencontrent des difficultés spécifiques, notamment l'absence d'une loi obligeant les citoyens à souscrire une assurance, ce qui entraîne un faible taux d'adhésion. Cette lacune législative rend la mutualisation des risques plus difficile et fragilise leur modèle économique. Ces mutuelles sont également confrontées à l'absence de certains cadres réglementaires, à des problèmes d'approvisionnement tels que le manque de médicaments dans diverses structures de santé et pharmacies, et à l'augmentation constante des prix des médicaments, ce qui impacte directement la qualité et l'accessibilité des soins offerts. Dans le secteur de la santé, un manque de culture de prévoyance au sein de la population est observé, nécessitant une sensibilisation accrue aux mutuelles de santé communautaires pour encourager une meilleure adhésion et compréhension de leurs avantages. Enfin, l'Agence nationale de régulation des sociétés coopératives (Anacoop) supervise plus de 18 000 coopératives, un nombre qui rend leur contrôle intégral difficile en raison d'un manque de ressources humaines et matérielles, ce qui peut compromettre la régulation efficace du secteur.

Appels à l'Action et Perspectives

Ces entreprises contribuent à concilier création de richesse, inclusion sociale, emploi et amélioration des conditions de vie, démontrant leur rôle multifacette dans le développement durable du Burundi. Les médias sont sollicités pour mieux promouvoir les initiatives locales, donner la parole aux acteurs de l'ESS et mettre en lumière les expériences réussies des coopératives, des mutuelles de santé et des groupes d'épargne. Une couverture médiatique plus approfondie pourrait aider à sensibiliser le public et les décideurs à l'importance de ce secteur. Libère Bukobero, qui a déjà noté que « Nous avons déjà des coopératives actives dans la formation, la production, la transformation, la commercialisation et l’exportation », a également appelé à une augmentation de l'enveloppe budgétaire allouée à l'Anacoop. Selon M. Bukobero, « Il faudrait vraiment augmenter l’enveloppe budgétaire allouée à cette agence » afin de renforcer ses missions de sensibilisation et d'inspection, essentielles pour garantir la pérennité et le développement harmonieux des coopératives burundaises. Un renforcement de l'Anacoop permettrait une meilleure supervision des plus de 18 000 coopératives qu'elle encadre, malgré les difficultés actuelles liées au manque de ressources.