Les alcools forts font des ravages au Burundi : appels à l'interdiction

Au Burundi, des habitants de la commune de Rumonge ont signalé les effets préoccupants des boissons à forte teneur en alcool, une situation qui soulève de vives inquiétudes au sein des communautés locales. Ces boissons, souvent bon marché et facilement accessibles, sont devenues une source majeure de problèmes sanitaires et sociaux. C.A. Un jeune homme de Gatete, est l'un des nombreux individus qui consomment régulièrement des boissons telles que Kick, Suisse et Boss Licker, selon les témoignages recueillis auprès de son entourage. La consommation de ces produits a des répercussions directes et souvent dramatiques sur la vie quotidienne des familles. À Bururi, Odile Ndayikeza, résidant sur la colline de Kajabure, a décrit des situations profondément humiliantes vécues lorsque son père consommait ces boissons de manière excessive, témoignant de la dégradation des relations familiales. N.T. Un voisin attentif aux dynamiques locales, a affirmé que de nombreux hommes de la localité consacrent la majeure partie de leurs revenus à l'achat de ces produits. Cette allocation disproportionnée des ressources financières a des conséquences désastreuses pour les foyers, entraînant un manque criant de fournitures scolaires essentielles et de nourriture adéquate pour leurs enfants, compromettant ainsi leur bien-être et leur avenir. Ferdinand Nduwimana, un observateur des comportements locaux, a noté avec inquiétude que « beaucoup de personnes qui consommaient ces boissons passaient leurs journées devant les boutiques ou traînaient dans des buvettes au lieu de travailler. Leur état de santé se détériorait progressivement. » Cette observation met en lumière non seulement les problèmes de santé, mais aussi la perte de productivité et l'impact économique sur les familles et la communauté.

Problèmes sanitaires et sociaux croissants

Les conséquences de cette consommation excessive d'alcool ne se limitent pas aux difficultés financières et aux tensions familiales ; elles touchent aussi directement la santé et la vie des individus. P.N. Un résident du quartier de Gatete, a fait état d'un décès récent, attribué directement à une consommation excessive de ces boissons, soulignant la gravité de la situation. Il a également mentionné qu'une autre personne de son entourage souffrait d'un gonflement alarmant des jambes et du visage, des symptômes souvent associés à des affections hépatiques ou rénales graves dues à l'alcool. Les observations faites sur place par les habitants révèlent une dépendance telle que les consommateurs de ces alcools forts peuvent rester jusqu'à trois jours sans manger, ce qui affaiblit considérablement leur organisme et les rend vulnérables à d'autres maladies.

Lydie Nimpagaritse, également originaire de la même colline, a affirmé avec force que ces boissons étaient à l'origine de nombreux conflits conjugaux et de la destruction de familles entières. Elle a témoigné de l'impact personnel de cette situation, déclarant : « Ce que je dis, je le vis au quotidien. » Elle a ajouté des détails poignants sur la dynamique familiale altérée : « lorsqu’un homme consomme ces boissons, il ne peut plus vivre harmonieusement avec son épouse. C’est la déchéance à coup sûr. Quand il rentre à la maison, il cherche souvent la dispute. On entend des cris presque tous les jours dans le foyer. » Ces témoignages brossent un tableau sombre de la vie familiale sous l'emprise de l'alcool.

Vianney Arakaza, un autre résident préoccupé, a confirmé que ces boissons avaient gravement affecté la santé de nombreux consommateurs, avec des signalements fréquents de décès ou de blessures. « Il arrivait souvent d’entendre qu’une personne était décédée ou blessée après les avoir consommées », a-t-il précisé, insistant sur la fréquence de ces incidents tragiques. Arakaza a cependant noté une évolution, bien que lente, dans les habitudes de consommation ; « Aujourd’hui, les habitants s’habituent progressivement à consommer d’autres boissons comme la bière de banane », a-t-il dit, suggérant un début de changement culturel, peut-être en réponse aux problèmes rencontrés.

Actions administratives et mesures locales

Face à l'ampleur de ces problèmes, les autorités locales ont commencé à prendre des mesures concrètes. Augustin Minani, administrateur de la commune de Rumonge, a confirmé que des actions avaient été entreprises, notamment en fixant un délai précis aux commerçants pour vider leurs stocks existants et cesser de s’approvisionner en ces boissons problématiques. Minani a observé une forte dépendance chez certains consommateurs, constatant avec inquiétude : « Nous avons constaté une forte dépendance chez certains consommateurs. Beaucoup ne mangent plus correctement. Ils s’affaiblissent et deviennent improductifs. » Cette dépendance a des répercussions directes sur l'économie locale et le bien-être général de la population. Ferdinand Nduwimana, secrétaire exécutif de la commune de Bururi, a reconnu que ces boissons étaient largement consommées et vendues dans de nombreux magasins de sa juridiction, ce qui rendait le contrôle particulièrement difficile. Nduwimana a également noté, comme il l'avait fait précédemment, que « beaucoup de personnes qui consommaient ces boissons passaient leurs journées devant les boutiques ou traînaient dans des buvettes au lieu de travailler. Leur état de santé se détériorait progressivement. » Cette observation réitérée note la persistance du problème et ses multiples facettes. En réponse à cette situation alarmante, l'administration communale de Bururi a récemment reçu des instructions claires et fermes interdisant la commercialisation et la consommation de ces produits sur son territoire, marquant une étape importante dans la lutte contre ce fléau.

Sur la colline de Nyavyamo, les efforts semblent porter leurs fruits. Vianney Arakaza a rapporté que ces boissons n'étaient pratiquement plus commercialisées, ce qui constitue une avancée significative. Arakaza avait précédemment souligné les dangers associés à ces produits, affirmant : « Il arrivait souvent d’entendre qu’une personne était décédée ou blessée après les avoir consommées. » Son constat actuel témoigne d'une amélioration notable de la situation locale. Il a également constaté un changement dans les habitudes de consommation locales, notant : « Aujourd’hui, les habitants s’habituent progressivement à consommer d’autres boissons comme la bière de banane. » Ces alternatives moins nocives sont perçues comme un progrès. D.N. Un autre résident de Nyavyamo, estime que l'interdiction de ces boissons a permis de réduire considérablement leurs effets néfastes sur la communauté, confirmant l'efficacité des mesures prises. L'administration de Rumonge, soucieuse de consolider ces acquis et d'empêcher un retour des produits illicites, prévoit par ailleurs d'installer une barrière de contrôle sur la colline de Rutumo. Cette mesure vise spécifiquement à empêcher l'entrée de ces boissons dans la commune, renforçant ainsi la stratégie de prévention et de contrôle.

Cadre réglementaire et défis de production

Le problème réside parfois non seulement dans la consommation excessive, mais aussi dans le non-respect des normes par les producteurs eux-mêmes. Ces derniers augmentent fréquemment la teneur en alcool au-delà des niveaux autorisés, rendant les boissons encore plus dangereuses. Il est également préoccupant de constater que d'autres produits alcoolisés interdits, comme l'« Igiti », continuent d'être fabriqués et consommés dans certaines localités de la commune de Bururi, défiant les régulations en vigueur. L'administration de Bururi affirme, de son côté, sanctionner activement les producteurs et les vendeurs qui enfreignent la loi, tout en menant des campagnes de sensibilisation continues auprès de la population pour l'informer des dangers. Ces boissons bénéficiaient auparavant d'une certification officielle du Bureau Burundais de Normalisation et de Contrôle de la Qualité (BBN), ce qui soulevait des questions sur l'efficacité des contrôles passés. Le site web du BBN, qui sert de référence pour les normes nationales, répertorie les boissons autorisées ainsi que les usines de fabrication qui ont reçu leur agrément, offrant un cadre de référence pour la légalité des produits. Les sanctions pour les irrégularités constatées par le BBN peuvent être sévères et inclure la fermeture pure et simple de l'usine fautive, démontrant la volonté théorique de faire respecter les normes. Dans une optique de renforcement des contrôles, des projets sont en cours pour vérifier si les activités autorisées par les permis délivrés correspondent réellement aux pratiques réelles des usines sur le terrain, une étape clé pour garantir la conformité et la sécurité des produits.

Perspectives et nouvelles réglementations

Le gouvernement burundais est également conscient de l'ampleur du problème. Le Premier ministre Nestor Ntahontuye, abordant la question, a déclaré que les producteurs de ces boissons s'acquittent de leurs impôts, reconnaissant ainsi leur contribution fiscale, tout en reconnaissant l'existence potentielle d'irrégularités significatives dans les pratiques de fabrication. M. Ntahontuye a également admis sans équivoque que certaines boissons alcoolisées pouvaient avoir des effets néfastes importants sur la santé de leurs consommateurs, soulignant la nécessité d'une intervention.

De nouvelles mesures réglementaires concernant les alcools forts sont en préparation et prévoient leur conditionnement obligatoire dans des bouteilles en verre plutôt qu'en plastique, une décision qui vise à améliorer la qualité et la sécurité des produits. L'application de cette exigence est prévue pour le budget de l'État 2026-2027, donnant aux acteurs de l'industrie un horizon temporel pour s'adapter. Les producteurs recevront un délai raisonnable pour se conformer à cette nouvelle exigence de la mise en bouteille en verre, afin d'éviter une rupture brutale de la chaîne d'approvisionnement tout en assurant la transition. Le Premier ministre a précisé les intentions des autorités concernant le suivi des pratiques industrielles : « Nous prévoyons également de vérifier si les activités autorisées par les permis délivrés correspondent réellement à ce qui est pratiqué sur le terrain dans les usines. » Cette démarche de vérification approfondie vise à garantir que les fabricants respectent scrupuleusement les normes de production et les spécifications de leurs permis, assurant ainsi la sécurité et la santé des consommateurs burundais.