La Conférence des évêques catholiques du Burundi (CECAB) a publié mardi 9 juin une déclaration forte, suite à son assemblée plénière ordinaire tenue du 1er au 5 juin à Bujumbura. Les évêques y dénoncent la dégradation de la situation socio-économique et institutionnelle du pays, alertant sur des défis croissants qui affectent profondément la population burundaise. À la tête de la CECAB se trouve l'évêque Joachim Ntahondereye, qui est à la tête du diocèse de Muyinga, situé dans le nord-est du Burundi. Sa direction a été essentielle dans la formulation de ce communiqué qui met en lumière les préoccupations pastorales et sociales de l'Église catholique.
Crise économique et pénuries persistantes
Les évêques ont signalé des pénuries persistantes de carburant et de médicaments dans les établissements de santé à travers le pays. Cette situation contribue à une dégradation des conditions de vie et d'accès aux services essentiels pour la population burundaise, rendant difficile l'accès aux soins et augmentant le coût de la vie quotidienne. Les conséquences de ces pénuries se font sentir dans tous les secteurs, de la mobilité à la santé publique, affectant particulièrement les plus vulnérables.
Les récoltes de la saison agricole dernière n'ont pas atteint les attentes, une situation attribuée aux retards dans la distribution des engrais et à des schémas de précipitations irréguliers. Ce déficit de production agricole menace davantage la sécurité alimentaire dans le pays, exacerbant la faim et la malnutrition dans de nombreuses régions. L'approvisionnement insuffisant en produits agricoles de base a un impact direct sur les ménages et l'économie locale.
L'infrastructure routière, quant à elle, est dans un état de délabrement avancé, ce qui entrave considérablement la circulation des biens et des personnes. Ces problèmes de transport affectent l'économie locale et la distribution des produits essentiels, augmentant les coûts et les délais pour acheminer les marchandises vers les marchés et les populations. Le mauvais état des routes limite également l'accès aux services publics et aux opportunités économiques pour de nombreux Burundais.
Exode des compétences et fuite des cerveaux
Des départs massifs de professionnels et de jeunes diplômés sont observés au Burundi. Des médecins, des enseignants, des jeunes diplômés et des fonctionnaires quittent le pays en raison des conditions de vie et de travail, selon les observations de la Conférence des évêques catholiques du Burundi (CECAB). Cet exode de compétences s'ajoute aux défis socio-économiques déjà mentionnés par les évêques, créant un vide difficile à combler dans des secteurs vitaux. La CECAB a souligné que cette situation compromet le développement à long terme du pays, en privant les secteurs clés de personnel qualifié et expérimenté. Le départ de ces professionnels représente une perte significative pour la nation, affectant notamment les services publics essentiels comme la santé et l'éducation, et réduisant la capacité du pays à innover et à se développer.
Atteintes aux libertés fondamentales
Les évêques ont dénoncé l'organisation d'activités officielles les dimanches, affirmant que cela empêchait certains paroissiens d'assister aux offices religieux. Cette pratique est perçue comme une ingérence dans la liberté de culte et une contrainte imposée aux citoyens. Selon la CECAB, des contributions sont imposées aux citoyens pour les partis politiques, y compris à des personnes n'en étant pas membres, ce qui soulève des questions sur la liberté d'association et les pratiques financières.
La Conférence des évêques catholiques du Burundi s'est également alarmée de la découverte récurrente de corps dans diverses régions du pays sans que les auteurs ne soient identifiés. Elle a souligné que cette situation contribuait à un climat d'insécurité généralisée, semant la peur et l'incertitude parmi la population et laissant de nombreuses familles sans réponses. L'absence d'identification des responsables de ces actes tragiques nourrit un sentiment d'impunité.
La CECAB a rapporté que des individus sont maintenus en détention malgré des décisions de justice favorables. Cela inclut, selon les évêques, des cas d'acquittements prononcés ou de peines ayant été purgées, ce qui constitue une violation flagrante des droits fondamentaux et du principe de l'État de droit. Cette pratique érode la confiance du public dans le système judiciaire et les institutions.
Réactions passées et appel à la gouvernance
La Conférence des évêques catholiques du Burundi (CECAB) affirme que le développement du pays dépend d'une gouvernance responsable, du respect des libertés, de la justice et de la promotion du bien commun. Ces principes sont considérés comme les piliers essentiels pour construire une société stable et prospère, où les droits de chaque citoyen sont garantis et respectés. La déclaration des évêques est un appel clair aux autorités pour qu'elles s'engagent dans cette voie.
En septembre 2019, les déclarations des évêques avaient déjà suscité des réactions critiques de la part du pouvoir en place. Willy Nyamitwe, alors chef de la communication à la présidence, avait notamment visé certains évêques catholiques, les accusant de motivations politiques. Il avait déclaré à l'époque : « Certains évêques devraient être défroqués, car c'est devenu une habitude : à la veille des élections, ils doivent cracher leur venin de haine à travers des messages incendiaires. Bon sang ! Quoi de plus normal, puisqu'ils ne sont même pas des parangons de piété. » Cette réaction illustre la tension persistante entre l'Église catholique et le gouvernement burundais concernant les questions de gouvernance et de droits humains.