Les femmes entrepreneures au Burundi : défis et perspectives

Francine Nduwayezu, experte en banque et finance, et Dorine Irakoze, propriétaire d'un restaurant, posent ensemble.
Photo: Eric Tuyishemeze via Lerenouveau

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Au Burundi, de nombreuses femmes entreprennent pour subvenir aux besoins de leurs familles, selon des observations générales. Cette démarche entrepreneuriale est souvent motivée par la nécessité de soutenir leur foyer et d'assurer un revenu stable. Cependant, elles rencontrent des difficultés notables dans l'accès au financement, un obstacle majeur à la croissance et à la pérennité de leurs activités. L'accès au crédit bancaire s'avère particulièrement ardu pour les entrepreneures, principalement en raison des garanties exigées par les banques, qui sont souvent difficiles à fournir pour celles qui ne possèdent pas d'actifs suffisants ou de garanties formelles.

Obstacles financiers majeurs

Un manque de capital représente l'un des principaux problèmes rencontrés par les femmes entrepreneures au Burundi, selon des observations rapportées. Ce défi financier initial limite considérablement leur capacité à investir dans leurs entreprises, à acheter des stocks ou à développer leurs opérations. Cette difficulté est aggravée par un manque de confiance manifesté par certains partenaires financiers et commerciaux envers les initiatives portées par des femmes. Une perception parfois erronée de leur capacité à gérer une entreprise ou à rembourser des prêts peut freiner l'obtention de soutiens essentiels, créant un cercle vicieux où le manque de capital initial entrave la preuve de leur potentiel.

Dorine Irakoze, propriétaire d'un restaurant situé dans la Commune Mukaza, a illustré cette réalité en démarrant son activité avec un capital initial modeste. « Faute de garanties pour demander un prêt auprès des banques, j’ai emprunté une petite somme chez un proche, afin de commencer mon business », a déclaré Dorine Irakoze. Son expérience note la difficulté d'accès aux crédits bancaires pour les femmes entrepreneures qui ne peuvent souvent pas fournir les garanties requises par les institutions financières traditionnelles. Ce recours à l'emprunt informel, souvent auprès de la famille ou d'amis, est une conséquence directe des obstacles structurels au financement formel, limitant ainsi les possibilités d'expansion et de professionnalisation de leurs entreprises.

Défis opérationnels et personnels

Au-delà des contraintes financières, les femmes entrepreneures sont également confrontées à un éventail de défis opérationnels et personnels qui entravent leur progression. Elles manquent souvent de formation en gestion, ce qui peut affecter leur capacité à planifier, organiser et diriger efficacement leurs entreprises. À cela s'ajoutent des responsabilités familiales importantes, qui occupent une part considérable de leur temps et de leur énergie, rendant difficile la conciliation entre vie professionnelle et vie privée. Les dépenses ménagères et les impôts représentent également des charges financières supplémentaires qui pèsent sur leurs revenus d'entreprise. Ces multiples contraintes pèsent sur leur capacité à développer leurs entreprises, à investir dans leur propre formation ou à consacrer le temps nécessaire à la stratégie et à la croissance.

La forte concurrence sur le marché rend difficile la réalisation de bénéfices substantiels pour ces entrepreneures. Dans un environnement économique où de nombreux acteurs se disputent les mêmes clients, les marges de manœuvre sont souvent réduites. Pour attirer ou fidéliser leur clientèle, elles sont parfois contraintes de réduire leurs prix, ce qui affecte directement leurs marges bénéficiaires et, par conséquent, leur capacité à réinvestir dans leur activité ou à générer un revenu décent. Cette stratégie est souvent nécessaire pour rester compétitives dans un environnement économique tendu, mais elle peut fragiliser la viabilité à long terme de l'entreprise.

Parallèlement, les prix des marchandises qu'elles achètent augmentent fréquemment, tandis que les clients souhaitent payer moins pour les produits finis. Cette pression double, à la fois sur les coûts d'approvisionnement et sur les prix de vente, complexifie la viabilité économique de leurs activités. Elles se retrouvent prises en étau entre des fournisseurs dont les tarifs augmentent et des consommateurs qui recherchent les prix les plus bas, réduisant encore leurs profits potentiels.

Pistes pour le développement

Pour soutenir efficacement les entrepreneures burundaises et leur permettre de surmonter ces obstacles, plusieurs pistes d'action sont recommandées. Il est essentiel de renforcer les formations en gestion financière, en marketing et en outils numériques. Cette approche vise à améliorer leurs compétences essentielles pour la pérennité et la croissance de leurs activités économiques, leur offrant les outils nécessaires pour mieux gérer leurs finances, promouvoir leurs produits et s'adapter aux évolutions du marché.

L'implémentation de crédits adaptés aux petites entrepreneures est également suggérée afin de faciliter leur accès aux financements, souvent entravé par les exigences bancaires traditionnelles. Des produits financiers conçus spécifiquement pour leurs besoins, avec des conditions de garantie plus flexibles, pourraient débloquer leur potentiel de croissance. Enfin, la création d'espaces d'échange dédiés aux femmes entrepreneures est préconisée. Ces plateformes leur permettraient de partager leurs expériences, de mutualiser les bonnes pratiques et de développer des solutions collectives face aux défis rencontrés dans leur parcours entrepreneurial, favorisant ainsi la solidarité et le développement de réseaux professionnels. ---