Pénurie d'engrais à Bubanza : la colère des agriculteurs face à l'inflation du marché noir

Bubanza : colère et inquiétudes des agriculteurs face à une pénurie persistante d’urée
Photo: SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Des agriculteurs de la commune de Bubanza, située dans la province de Bujumbura, dans l'ouest du Burundi, dénoncent une pénurie persistante d'engrais chimique de type urée. Cette situation a conduit à une absence totale de distribution d'urée dans la commune jusqu'à présent, selon les déclarations des agriculteurs. Le prix habituel d'un sac d'urée de 50 kg ne dépasse pas 66 000 francs burundais, mais les agriculteurs sont confrontés à des prix bien plus élevés sur le marché noir en raison de cette pénurie, ce qui met en péril leurs activités agricoles et la sécurité alimentaire locale.

Les promesses non tenues

Les agriculteurs de Bubanza affirment avoir déjà payé pour bénéficier des engrais lors des saisons culturales A et B. Ces paiements anticipés avaient pour objectif de garantir l'approvisionnement en intrants agricoles essentiels pour leurs récoltes, une pratique courante visant à sécuriser les fournitures. La non-réception des produits malgré ces paiements suscite une frustration croissante parmi la population agricole locale, qui se sent lésée et impuissante face à cette situation.

À ce jour, seuls les engrais de type Imbura (DAP) ont été distribués pour la saison agricole A, laissant de nombreux agriculteurs sans l'urée qu'ils avaient commandée et payée. Cette distribution partielle n'a pas répondu aux besoins spécifiques de toutes les cultures et de tous les sols, exacerbant les difficultés. L'absence de l'urée, un élément nutritif clé, complique la mise en œuvre de leurs plans de culture et risque d'affecter les rendements à venir de manière significative, menaçant la subsistance de nombreuses familles. La dépendance à cet intrant est telle que son absence crée un vide difficilement comblable par d'autres moyens pour les cultures exigeantes.

L'envolée des prix sur le marché noir

La culture du riz, essentielle pour de nombreux agriculteurs de Bubanza et pilier de l'économie locale, nécessite l'utilisation d'urée pour garantir une production satisfaisante, selon les observations locales. Cette dépendance rend la pénurie actuelle particulièrement problématique pour les récoltes à venir, car sans l'apport nécessaire, la qualité et la quantité des récoltes de riz pourraient être gravement compromises.

Face à cette carence, le marché noir est devenu l'unique recours pour de nombreux agriculteurs désespérés. Sur ce marché, le prix d'un sac d'urée de 50 kilogrammes a atteint environ 250 000 francs burundais, une somme exorbitante. Ce montant représente une augmentation significative par rapport au prix officiel de 66 000 francs burundais, pesant lourdement sur les budgets des exploitants agricoles, qui voient leurs marges bénéficiaires s'évaporer et leurs coûts de production exploser. Cette flambée des prix rend l'accès à l'engrais pratiquement impossible pour une grande partie des petits agriculteurs.

Dans ce contexte de rareté, la situation pourrait encore s'aggraver. Certains estiment que le prix de l'urée pourrait grimper jusqu'à 350 000 francs burundais si aucune livraison n'est effectuée pour les saisons agricoles A et B. Cette prévision note les inquiétudes profondes concernant l'impact prolongé de la pénurie sur l'accessibilité des intrants et, par conséquent, sur la sécurité alimentaire de la région. L'incertitude quant aux approvisionnements futurs ajoute une pression considérable sur les agriculteurs, qui peinent à planifier leurs prochaines récoltes.

Réponse ministérielle et alternatives

Face à cette crise, le ministère de l'Agriculture a publié un communiqué de presse le 13 mai 2026, répondant aux préoccupations concernant la disponibilité des intrants agricoles. Dans ce communiqué, la ministre Calinie Mbarushimana a invité les citoyens à creuser des fosses à compost afin de produire leurs propres engrais naturels. Cette initiative vise à offrir une alternative aux engrais chimiques dont la pénurie persiste, en encourageant des pratiques agricoles plus durables et autonomes.

Pour soutenir cette recommandation, une campagne nationale dédiée à l'installation de fosses à compost est prévue du 17 au 31 mai à travers le pays. Cette campagne a pour objectif de former et d'équiper les agriculteurs pour qu'ils puissent produire leurs propres fertilisants organiques, réduisant ainsi leur dépendance aux produits chimiques importés et coûteux. Ces mesures interviennent alors que la saison culturale C devrait débuter le mois prochain, soulignant l'urgence de trouver des solutions pour les agriculteurs avant le lancement d'une nouvelle période de semis et de croissance. La mise en place de ces alternatives est perçue comme une nécessité pour pallier les défaillances de l'approvisionnement en engrais chimiques.

L'impact sur les récoltes futures

La période propice à la fertilisation des champs est déjà révolue, ce qui fait craindre des conséquences négatives sur les rendements agricoles à venir. Le manque d'urée au moment critique de la croissance des plantes pourrait entraîner une baisse significative de la productivité, affectant directement les revenus des agriculteurs et la disponibilité des denrées alimentaires.

Les difficultés ne se limitent pas à la seule commune de Bubanza. Des agriculteurs d'autres régions du Burundi signalent également des retards de livraison des engrais, des quantités réduites et l'obligation d'attendre de nouveaux approvisionnements sans calendrier précis. Cette situation généralisée indique un problème structurel dans la chaîne d'approvisionnement des intrants agricoles à l'échelle nationale. Ces difficultés entravent la planification agricole et la productivité des cultures, menaçant la sécurité alimentaire du pays dans son ensemble et suscitant une inquiétude grandissante parmi la population rurale. La capacité des agriculteurs à nourrir leurs familles et le reste de la population est directement affectée par cette crise prolongée.