Au Burundi, l'agriculture demeure la principale source de subsistance pour une grande partie de la population rurale, avec une dépendance marquée des communautés rurales vis-à-vis des récoltes pour leur survie économique et alimentaire. Dans ce contexte, les habitants de la zone de Kajondi, au sein de la commune de Matana, dénoncent une absence préoccupante des engrais FOMI Imbura et Bagara, pourtant essentiels pour des cultures vivrières de base comme le maïs, les haricots et les pommes de terre. Ces intrants sont cruciaux pour garantir des rendements suffisants et assurer la sécurité alimentaire des ménages. Cette pénurie s'inscrit dans un problème plus large et alarmant : dans plusieurs régions du pays, des agriculteurs affirment avoir payé pour des engrais qu'ils n'ont jamais reçus, parfois sur plusieurs saisons agricoles successives, sapant ainsi leur confiance et leur capacité à planifier leurs cultures.
Situation sur le terrain
Dans la province de Burunga, les agriculteurs des communes de Matana et Bururi sont confrontés à une nouvelle pénurie d'engrais. Cette situation soulève de vives inquiétudes quant aux rendements agricoles futurs dans cette région du Burundi, où la production alimentaire est déjà sous pression. La rareté des intrants agricoles essentiels, tels que les engrais, est un problème récurrent qui touche l'agriculture burundaise, menaçant la stabilité de la production vivrière nationale.
Cette pénurie ne se limite pas à l'ensemble des communes, mais affecte spécifiquement plusieurs zones clés de production. Les zones de Nyagasasa et Muramba, toutes deux situées dans la commune de Matana, sont particulièrement touchées par ce manque d'engrais, rendant difficile la préparation des sols et l'ensemencement. De même, la zone de Bamba-Muzenga, relevant de la commune de Bururi, subit également les conséquences de cette situation, laissant craindre des répercussions négatives sur les récoltes à venir pour les populations locales. Les agriculteurs de ces zones se retrouvent démunis face à l'impossibilité d'accéder aux produits nécessaires à une agriculture productive.
Causes de la pénurie
Les stocks d'engrais disponibles ont été entièrement distribués durant la saison agricole C, ne laissant aucune réserve pour la saison en cours ou les suivantes, selon des sources locales. La société FOMI (Fertilisants Organo-Minéraux Industriels du Burundi), acteur majeur dans la production et la distribution d'engrais au Burundi, est confrontée à des contraintes significatives qui entravent ses capacités d'approvisionnement. L'entreprise fait face à une pénurie de devises étrangères, ce qui limite considérablement l'importation des matières premières essentielles à la fabrication des engrais, un problème qui affecte de nombreux secteurs économiques du pays. Cette dépendance aux importations pour les intrants de base fragilise l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement.
Cette situation est aggravée par le monopole actuel sur la distribution des engrais. Cette structure de marché unique est pointée du doigt comme un facteur limitant l'accès aux intrants agricoles pour les cultivateurs, créant des goulots d'étranglement et un manque de flexibilité. Elle exacerbe les difficultés d'approvisionnement et contribue aux pénuries constatées sur le terrain, affectant directement la disponibilité des produits pour les agriculteurs burundais et augmentant leur vulnérabilité.
Témoignages et inquiétudes
Dans plusieurs localités, des agriculteurs affirment avec amertume avoir payé des intrants agricoles pendant plusieurs saisons sans jamais les recevoir. Ces paiements anticipés représentent souvent une part importante de leurs revenus, et leur perte a un impact dévastateur. Des retards de livraison concernent spécifiquement des engrais à base d'urée et de dolomie, pour lesquels des paiements anticipés avaient été effectués pour les saisons agricoles A et B, sans que les produits ne soient jamais livrés. Cette situation de non-livraison après paiement a érodé la confiance et mis de nombreux agriculteurs dans une situation financière précaire, les privant des moyens nécessaires pour optimiser leurs cultures.
La disponibilité des intrants est considérée comme un facteur déterminant pour la stabilité alimentaire au Burundi, soulignant l'importance critique de ces approvisionnements pour les cultivateurs locaux. Sans engrais, les rendements diminuent drastiquement, menaçant la subsistance des familles et la sécurité alimentaire de régions entières. Cette situation génère une profonde inquiétude parmi les agriculteurs qui dépendent de ces produits pour assurer leurs récoltes et, par extension, la sécurité alimentaire de leurs familles et de la région. L'absence de ces intrants pourrait entraîner une réduction significative de la production agricole, avec des conséquences à long terme sur l'économie rurale et la nutrition des populations.
Réactions officielles
Les autorités administratives et agricoles des communes concernées confirment la pénurie d'engrais, reconnaissant l'ampleur du problème. Ces acteurs reconnaissent la gravité de la situation, qui impacte directement les agriculteurs dans des zones telles que Nyagasasa, Muramba et Bamba-Muzenga. La reconnaissance officielle de cette rareté note l'ampleur du défi auquel est confrontée la production agricole locale, et la nécessité d'une intervention rapide pour éviter une crise alimentaire majeure. Les discussions sont en cours pour trouver des solutions durables à cette problématique récurrente.