Professionnels des médias burundais : appel à l'accès à l'information dans un environnement fragile

Mireille Kanyange, présidente de la Maison de la presse du Burundi, lors d’une conférence de presse à Bujumbura
Photo: DR/SOS Médias Burundi via Sosmediasburundi

Le Burundi a progressé de six places dans le classement 2026 de Reporters sans frontières (RSF), se hissant de la 125e position en 2025 à la 119e sur 180 pays, selon les données publiées. Cette amélioration intervient alors que la Journée mondiale de la liberté de la presse est célébrée annuellement le 3 mai, une date dédiée à la promotion des principes fondamentaux de la liberté de la presse et à la défense des médias contre les attaques. Les professionnels des médias burundais continuent de revendiquer un meilleur accès à l'information et des conditions de travail sécurisées dans un environnement jugé fragile, soulignant l'importance clé d'une presse libre pour le développement démocratique et social du pays.

Classement mondial et contexte burundais

La publication de l'Indice mondial de la liberté de la presse 2026 par Reporters sans frontières (RSF) a mis en lumière une situation globale préoccupante pour les journalistes à travers le monde. Le classement global de 2026 est marqué par un déclin historique de la liberté de la presse, selon les estimations de RSF, reflétant une détérioration généralisée des conditions d'exercice du journalisme dans de nombreuses régions. Dans ce contexte mondial difficile, la légère amélioration du Burundi, bien que modeste, est perçue comme un signe encourageant mais insuffisant au regard des défis persistants.

L'organisation estime que l'environnement médiatique burundais demeure fragile et fait face à plusieurs défis structurels et opérationnels. Parmi ceux-ci figurent les restrictions d'accès à l'information, qui entravent la capacité des journalistes à couvrir pleinement les événements et à informer le public. S'ajoutent à cela les pressions exercées sur les journalistes, qui peuvent prendre diverses formes, allant de l'intimidation aux menaces, ainsi que les difficultés économiques rencontrées par les médias, lesquelles affaiblissent leur indépendance et leur capacité à opérer de manière durable. Bujumbura, en tant que capitale économique du Burundi, concentre les agences des Nations unies, les représentations diplomatiques et l'administration centrale, ce qui en fait un point névralgique pour l'information et la communication dans le pays.

Défis persistants pour la presse

Mireille Kanyange, une figure de proue de la défense des droits des journalistes au Burundi, a dénoncé le refus persistant de certains fonctionnaires de répondre aux journalistes, en particulier ceux des médias privés. Ce comportement crée une inégalité d'accès à l'information et limite la capacité des médias privés à remplir leur rôle de chien de garde de la démocratie. Elle a regretté la discrimination à laquelle sont confrontés plusieurs journalistes de médias privés et a appelé de manière insistante à un accès équitable à l'information pour tous les professionnels des médias, quel que soit leur employeur ou leur ligne éditoriale.

Le paysage médiatique burundais continue de subir les conséquences profondes et durables de la crise de 2015, une période tumultueuse déclenchée par la candidature controversée de l'ancien président Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat. Cette période de crise a été marquée par des événements tragiques pour la presse indépendante, notamment la destruction de plusieurs médias indépendants, qui ont été réduits au silence par la force. La répression a également contraint à l'exil forcé d'une centaine de journalistes, privant le pays d'une partie significative de ses voix critiques et expérimentées. Une répression soutenue contre la presse critique a également eu lieu pendant cette période, créant un climat de peur et d'autocensure. Dans ce contexte tendu, les journalistes qui tentent de travailler de manière indépendante et de rapporter des faits non conformes au discours officiel sont souvent assimilés à des « ennemis de la nation », une accusation grave qui met en péril leur sécurité et leur légitimité.

Appels à la collaboration et à l'accès

La Maison de la presse du Burundi, une organisation clé pour la promotion de la liberté de la presse dans le pays, a plaidé avec ferveur pour une collaboration non discriminatoire entre les autorités et les professionnels des médias. Cette organisation a souligné l'importance capitale d'un accès équitable à l'information pour tous les acteurs du paysage médiatique, arguant que c'est une condition sine qua non pour une information juste et complète. Mireille Kanyange, en tant que présidente de la Maison de la presse du Burundi, a affirmé avec conviction que « l'information est un bien public », insistant sur la nécessité impérieuse de garantir sa libre circulation et sa disponibilité pour le public. Cette déclaration met en lumière le droit fondamental des citoyens à être informés et le rôle essentiel des journalistes dans ce processus.

L'appel lancé par la Maison de la presse vise à instaurer un environnement où les journalistes, qu'ils soient issus de médias privés ou publics, puissent exercer leur métier sans entraves ni favoritisme, dans le respect des principes éthiques et déontologiques de la profession. Un tel environnement est jugé indispensable pour renforcer la confiance du public dans les médias et pour permettre une couverture médiatique pluraliste et diversifiée. Une collaboration constructive entre les autorités et les médias est perçue comme un levier pour surmonter les tensions passées et actuelles, et pour bâtir un avenir où la liberté de la presse est non seulement reconnue, mais aussi effectivement garantie.

Perspectives et enjeux futurs

Mireille Kanyange a déclaré avec force que « le journaliste n'est pas un ennemi du pays, mais un partenaire stratégique essentiel à la transformation sociale et au développement économique et social ». Cette déclaration vise à démystifier la perception négative des journalistes et à noter leur contribution positive à la société. Elle met en avant le rôle constructif que les médias peuvent jouer dans la promotion du dialogue, la transparence et la responsabilisation.

Ces propos font écho à des déclarations antérieures du président Évariste Ndayishimiye lui-même, qui a affirmé par le passé « jamais sans les médias » en février 2021, reconnaissant ainsi leur importance. Il a souligné l'importance des médias dans la transformation sociale et le développement lors d'une déclaration faite le 1er décembre 2025. Ces déclarations publiques des plus hautes autorités contrastent cependant avec les défis opérationnels concrets et les restrictions persistantes auxquels sont confrontés les professionnels des médias burundais sur le terrain. La dissonance entre les discours officiels et la réalité vécue par les journalistes note la nécessité d'actions concrètes pour traduire ces engagements en améliorations tangibles des conditions de travail et de l'accès à l'information. La communauté médiatique burundaise espère que les promesses de collaboration se concrétiseront par des réformes qui garantiront une plus grande liberté et sécurité pour tous les journalistes.