Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme au Burundi, Fortuné Gaëtan Zongo, a présenté ses conclusions à la 72ème session du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies à Genève. Lors de cette présentation clé, Monsieur Zongo a affirmé sa disponibilité pour un échange avec le gouvernement burundais, déclarant : « Depuis ma nomination, je demeure disponible pour engager un dialogue constructif avec le gouvernement burundais sous toute forme qu’il jugera appropriée ». Il a souligné le manque d'enquêtes sérieuses sur les violations des droits humains, ajoutant : « Aucune enquête sérieuse n’a été menée. Aucune responsabilité n’a été établie. Aucune justice n’a été rendue ».
Pendant la session, plusieurs nations ont exprimé des positions divergentes quant à l'avenir du mandat. Le Venezuela, le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo ont ainsi plaidé pour la fin du mandat spécifique concernant le Burundi, privilégiant le dialogue et la coopération technique comme voie à suivre. En réponse à ces discussions et aux préoccupations persistantes, Fortuné Gaëtan Zongo a rappelé un principe fondamental du droit international : « Aucun État ne peut renvoyer une personne vers un pays où elle risque la torture, une disparition forcée ou une exécution extrajudiciaire ». Il a conclu en appelant le Conseil à soutenir le peuple burundais, dont les droits et la dignité sont au cœur de son mandat : « Je pense au paysan sur sa colline, à la jeune femme qui attend des soins, aux familles qui cherchent leurs proches disparus. C’est le peuple burundais, en quête de justice, que ce Conseil ne peut abandonner ».
Constatations du Rapporteur spécial
Fortuné Gaëtan Zongo a affirmé qu'aucune amélioration structurelle des droits de l'homme n'a été observée au Burundi, malgré quelques mesures ponctuelles prises par les autorités burundaises. Cette évaluation met en lumière une situation préoccupante, persistant malgré les efforts déclarés. Le mandat de ce Rapporteur spécial a été établi en octobre 2021 et a été renouvelé en 2025, témoignant de la reconnaissance internationale de la nécessité d'un suivi continu de la situation des droits humains dans le pays. Monsieur Zongo a précisé que son mandat n'est « ni un mandat d'accusation ni de condamnation », mais plutôt un rôle essentiel de suivi, de dialogue et d'accompagnement, visant à améliorer concrètement la situation des droits fondamentaux.
Dans ce contexte, les journalistes, les blogueurs et les défenseurs des droits de l'homme continuent d'être poursuivis en vertu de dispositions pénales pour des chefs d'accusation tels que « atteinte à l'intégrité territoriale de la nation » ou pour « diffusion de fausses informations ». Cette situation entrave gravement la liberté d'expression et le travail des acteurs de la société civile. L'indépendance du pouvoir judiciaire demeure également gravement compromise, selon les conclusions du Rapporteur spécial, ce qui affecte directement la capacité des citoyens à obtenir justice et réparation.
Les informations recueillies par son mandat brossent un tableau sombre des violations des droits humains. Ces données indiquent que plus de 400 personnes ont été tuées et plus de 200 ont été victimes de disparitions forcées depuis 2020. Ces chiffres alarmants soulignent l'ampleur de la crise. Une déclaration conjointe publiée le 1er septembre 2025 par plusieurs procédures spéciales des Nations Unies a documenté de manière exhaustive 605 exécutions extrajudiciaires, 892 détentions arbitraires, 62 cas de torture et 200 cas de violences sexuelles. Ces statistiques détaillées renforcent les préoccupations exprimées par le Rapporteur spécial.
Le Rapporteur spécial a néanmoins relevé la libération provisoire de plusieurs détenus, un signe positif bien que ponctuel. Parmi eux figurent la journaliste Sandra Muhoza, le citoyen Kenny Claude Nduwimana, ainsi que l'ancien Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni. Ces libérations s'inscrivent dans un contexte où Fortuné Gaëtan Zongo a maintenu sa disponibilité pour un échange constructif avec le gouvernement burundais, réitérant sa déclaration : « Depuis ma nomination, je demeure disponible pour engager un dialogue constructif avec le gouvernement burundais sous toute forme qu’il jugera appropriée ». Il a également souligné un manque persistant d'enquêtes sérieuses sur les violations des droits humains, affirmant avec force qu'« Aucune enquête sérieuse n’a été menée. Aucune responsabilité n’a été établie. Aucune justice n’a été rendue ». Face à la gravité de la situation et aux risques encourus par les citoyens, le Rapporteur spécial a rappelé qu'« Aucun État ne peut renvoyer une personne vers un pays où elle risque la torture, une disparition forcée ou une exécution extrajudiciaire ». Il a conclu en appelant le Conseil des droits de l'homme à soutenir la population burundaise, en déclarant : « Je pense au paysan sur sa colline, à la jeune femme qui attend des soins, aux familles qui cherchent leurs proches disparus. C’est le peuple burundais, en quête de justice, que ce Conseil ne peut abandonner ».
Contexte socio-économique et politique
Le Burundi connaît une crise des droits humains profonde et persistante depuis avril 2015, date à laquelle des troubles politiques majeurs ont éclaté. Cette crise continue d'affecter tous les aspects de la vie dans le pays. Les élections législatives et communales de 2025, remportées par le parti au pouvoir CNDD-FDD avec un score écrasant de 96,5% des voix, se sont déroulées dans un climat marqué par des intimidations généralisées, des arrestations arbitraires et des restrictions significatives des libertés fondamentales, soulevant des questions sur la légitimité du processus. La ligue des jeunes du CNDD-FDD, connue sous le nom des Imbonerakure, suivrait un entraînement paramilitaire dans plusieurs provinces du pays, ce qui accroît considérablement le risque de violences et d'instabilité avant l'élection présidentielle clé de 2027.
Sur le plan économique, la situation est également préoccupante. L'inflation au Burundi a atteint un pic alarmant de 45,5% en avril 2025 et est restée élevée à 20,8% en mai 2026. Ce taux est plus du double de la moyenne observée au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est, ce qui pèse lourdement sur le pouvoir d'achat des ménages. Des pénuries chroniques de carburant continuent de perturber gravement les transports, d'affecter l'accès aux services de santé essentiels et de freiner l'ensemble de l'économie du pays. Ces difficultés économiques s'ajoutent à une pauvreté déjà généralisée, avec plus de 70% des Burundais vivant sous le seuil de pauvreté, rendant leur quotidien extrêmement difficile.
Dans ce contexte complexe, les retours de réfugiés burundais depuis la Tanzanie se sont accélérés de manière significative depuis début 2025. Cependant, des informations crédibles font état de pressions exercées sur les réfugiés pour qu'ils acceptent le rapatriement, soulevant des inquiétudes quant au caractère volontaire de ces retours. Face à l'échéance électorale, 32 partis politiques ont exprimé le 15 mai 2026 leur engagement en faveur d'une élection présidentielle transparente et pacifique en 2027, un appel clé pour l'avenir démocratique du pays.
Réactions et appels internationaux
Le gouvernement burundais a rejeté catégoriquement les conclusions du Rapporteur spécial, qualifiant le mécanisme de surveillance des droits humains de « hostile » et de « politisé ». Cette prise de position intervient alors que Fortuné Gaëtan Zongo a présenté son rapport devant le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, soulignant une persistance des violations des droits humains dans le pays et la nécessité d'une action. Le rejet du gouvernement burundais contraste fortement avec les appels internationaux à la coopération.
Parallèlement, les bailleurs de fonds internationaux sont invités à mobiliser 82 millions de dollars pour financer un plan conjoint de rapatriement et de réintégration des réfugiés burundais. Ce financement est jugé essentiel pour accompagner les retours massifs observés depuis début 2025, dans un contexte où des pressions sur les réfugiés ont été signalées, ce qui rend d'autant plus importante une réintégration digne et volontaire.
La Commission Nationale Indépendante des Droits de l'Homme (CNIDH) du Burundi a reconnu l'existence de défis en matière de droits humains, adoptant une position plus nuancée que le gouvernement. Cependant, l'institution a également salué les efforts du gouvernement, mettant en avant des réformes judiciaires et des mesures qui ont permis de réduire la population carcérale de 14%. Cette évaluation, bien que reconnaissant des problèmes, contraste avec le tableau plus alarmant dressé par le Rapporteur spécial et les organisations internationales.
Enfin, l'Union européenne, les pays du Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg), ainsi que les États nordiques et baltes ont réaffirmé leur soutien indéfectible au mandat du Rapporteur spécial. Ces entités internationales ont conjointement appelé le Burundi à rouvrir le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) dans le pays, espérant ainsi faciliter une meilleure surveillance, un dialogue constructif et une assistance technique sur la situation des droits fondamentaux.